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Full text of "Description de Paris, et de ses edifices, avec un précis historique et des observations sur le caractère de leur architecture, et sur les principaux objets d'art et de curiosité qu'ils renferment;"

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Description de Paris, et ï 
de ses édifices: [i. ptie. Des églises mWW 

Jacques Guillaume Legrand, Charles Paul Landon llll 



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DESCRIPTIOJNV- 

DE PARIS 

ET 

DE SES EDIFICES, 



ITBC VJX niciS mSTOBXQUB ET DES OBSEEVÀTlOIif SOE LE 
CAEACTBRB DE I.EUft AECEITECTimB , ET SUE LES PEUTCIPAUX 

OBJliTS D ART ET DE CURIOSITÉ Qu'iLS RENFERMENT; 

Pae J. g. LEGRAND, Ard^tecte des Honaments publics , Ins- 
pecteur des Bâtiments en construction dans la Commune de 

Paris, Membre et Secrétaire du Conseil des Travaux publics 
du (iéparteinent de ia Seine , de pluMeurs Sociétés Savantes 
et Littéraires; 

Et par G. P. I«ANDON , Peintre , ancien Pensionnaire de TAcadàmè 
de France à Rome , Membre de plusieurs Sociétés Savantes et litté- 

téraires , Auteur des Aunales du Musée , etc. etc. 

• 

Oanvgie enrichi d^^us dccenfPiamehes, gnam et amhréet en tmUe* 
douce, €Ufec nu Plan exatt ék Pans de tes emMlissemetUs, 



TOME PREMIER. 



A PARIS, 



CBEZ C* P* LAI^DO^, PEIET&E, £DIT£UE-PE0^1Lii:i AiRi^ ^ 



QUAI BOMAPAETE, I. 



• 1806. 



I 



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77/ 



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AVIS. 



Pour donner une j uste idée des monuments de Paris 
les plus remarquables y soit par leur importance ^ soit 
par le genre de leur décoration , nous avons pensé que 
la meilleure manière de les présenter aux amateurs 
sur les planches de ce Eecueil| était par des plaç^ et 
des élévations géométriques , qui détaillent à-^-fois 
rétendue 9 la distribution et les justes proportions des 
édifices, avec infiniment plus de précision que des 
mes perspectives qui ne donnent qu^un seul aspect ^ 
et où Ton est obligé souvent de sacrifier à Feffet pit*- 
toresque les parties les plqs précieuses de Fensemble* 
Les artistes peuvent d'ailleurs faire usage des dessins 
géométriques , «oit pour faire exàsuter dans différents 
pays des monuments du même genre, soit pour l'int- 
tmciion de leurs élevés j et, avec ces de&sins, il leur 
est également facile de se figurer l'effet en perspec«- - 
tive^ ou même d'en rendre le tableau, soit pour les 
décorations théâtrales, soit pour Tomement des ca- 
binets , s'ils le jugent convenable. Joindre les façades 
en perspective aux élévations géométriques e&t été , 
selon nous , un double emploi , qui n'eût fait que ^ 
^renchérir Touvrage et le leiidre plus volumineux , 
sans offrir assez d'avantages pour balancer ces incon^ 
vénients. » 

Kotts avons cru devoir n'ajouter au trait de ces fa^ 



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Vj ATIS* 

çades , rendues avec toute la pureté qu'elles coiupor- 
tenty que des ombres légères et suffisantes pour in- 
diquer les pleins et les vides , ou seulement les iortes 
saillies des avantKx>rps , plutôt que de les surcharger 
d'ombres -et de teintes multipliées. On sait que sou* 
Tent elles altèrent et dénaturent les formes de rarchi» 
tecture , lorsqu'elle est réduite sur une petite échelle, 
et qu'elles la rendent confuse et d'un aspect mono- 
tone , au lieu de présenter cette fraîcheur d^un édifice 
nouvellement exécuté, alors quil conserve encore la 
blancheur de la pierre neuve , et toute la pureté de 
ses profils. 

Les avis de plusieurs artistes que nous avons con-^ 
suites sur cet objet, se sont trouvés entièrement con- 
formes au nôtre , et nous avons pensé que les amateurs 
partageraient cette opinion. 

Quant aux plans , ib sont tous réduits sur une 
. échelle commune, afin que Ton puisse comparier plus 
facilement, et d'un seul coup-d'œil, l'étendue des 
divers édifices. On a teint tous les massifs en noir , 
afin d'en mieux faire distinguer les formes, et ils 
sont dessinés très-en petit pour que l'on embrasse 
leur ensemble au premier aspect , ce qui ne peut avoir 
lieu lorsque l'œil est obligé de parcourir une graii(.le 
superficie. 

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INTRODUCTION. 



Sans vouloir eclaircir l'origine incertaÎDe des 
Gaulois et des Francs , ni prétendre assurer ce 
que fut Paris dans ces temps reculés, et qu'on 
peut dire inconnus , un enchaînement de faits. 
Trais ou fabuleux , dans un cadre historique, et 
la généalogie de ces lois gaulois depuib Jaj>liet, 
Tun des trois fils de Noé , rapportée par Berose 
et continuée dans les Supplémeuts de Manétlion, 
sont trop curieux et présentent une suite hé- 
roïque trop illustre pour que les Parisiens ne 
soient pas enorgueillis d'unq source aussi an^» 
cienne et aussi brillante. 

Kous pensons faire plaisir à nos lecteurs eu 
leur présentant ici un tableau rapide de cette 
succession de rois, qui nous donnent pour aïeux 
Hercule et Jupiter, que les Grecs ont tenté de 
nous dérober adroitement pour ennoblir les an-^ 
tiques annales de leur patrie , devenue celle des 
arts d'imagination. 

C est donc rentrer dans notre patrimoine que 



VllJ IliT&OBUCTIOIC. 

de donner à l'abrégé de l'histoire de Paris Tin- 
troduction qui suit (*). 

SamoihèSy tiis de Japhet, peupla les Gaules ^ 
il succéda à Gomer, son frère, qui doiiiia le nom 
de Gomérites aux Gaulois. 

A Samothès succéda son fils Magas , ou Magogf 
second roi des Samothéens , ou Gaulois. Son 
noin , en langue scythe y signifie architecte j par- 
ce qu'il commença à bâtir des maisons et des 
' TîUes : il fonda Rouen sous le nom de Maga, 
On lui attribue aussi i invention de l'écriture 
bien long-temps avant Cadmus. Romus, dix- 
huitiemeroi gaulois, ayant restauré cette ville, 
y joignit son nom , d'où Rothoma^us, D^autres 
veulent que Magus soit le mot persan , qui. si- 
gnifie niçLgCf sage ou devin , parce que ce roi 
rassembla et donna des lois aux Gaulois disper- 
sés dans les forêts et les cavernes. La ville de 
Trêves fut , dit-on , bâtie sous son règne par i 
Trebète, fils de Ninus, qui fuyait le courroux 
de Sémiramis , sa mere. . 

SaroJi y fils tic Magog, lui succéda après un 

(*) Je ne dois point omettre de dire ici que j'ai , pour former 

cet extrait, beaaconp puisé dans l'Abrégé Philosophique de 
l'Histoire de Paris et de la ! laace , par Je savant Beguillct , ([lu 
sert d'introdiH tion au voyage pittoresque de la l*raiice , publié 
par M. Lamy , ea piu»ieurs volumes 



1k 



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INTRODUCTION. ' 1% 

règne de cmquante-un ans , et fonda des écoles 
et des académies. Il bâtit aussi Toulouse , et y 
institua une société savante. On appela SarO'- 
nideSy de son iioiii, une secte de pliilosophes, 
les plus anciens théologiens des Gaulois. Saron 
passa en Egypte pour visiter Isis^ et périt à son 
retour dans Tisthme de Corinthe , qui ^ de son 
nom, prit celui de goljè saronique. . 

NarnnèSj fils de Saron , étant mort avant son ' f 
pere , /^/jz^^petit-tlls de ce dernier, lui succéda 
au troue, iau du monde 2066, 4io ans après 
le déluge , et institua les Druydes , ces prêtres 
célèbres , philosophes , et juges des Gaulois , et . 
il établit leur premier collège dans le pays des 
Carnutes , entre Chartres et Dreux , qui devint 
le heu ordinaire des grandes asseuibiées de la 
nafionr « 

Bardas I»' succéda à Drjus, après quatorze 
ans de règne. On le regarde comme l'inventeur 
de la poésie et de la musique réunies ( car on 
chanta les premiers vers), et comme le fonda- 
teur des Bardes^ autre secte de philosophes 
gaulois, qui ciiautaicut les hauts faits de^ héros 
morts pour la patrie , et leur créaient ainsi de4 
successeurs. 

■ 

A Bardus succéda Longo , son fils , après 
soixante-trois ans de règne. 11 institua les as- 



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X IKTBODUGTXOK. 

semblées générales de la natioo ^ fonda la ville 

de Langres , dite LingoneSy conquit TAngleteiTe 

et la Germanie y et soumit , avec Bardas ^ son 
fils, la nation des. Lombards, Longo-Bardi. 
• Ce Bardas II succéda à son pere , Tan du 
monde 2 1 66 , 5 1 o du déluge ; il régna vingt-sept 
ans , et laissa son fils Celtes en trop bas âge pour 
gouverner. 

Le prince Lucus fut donc roi des Gaules : il 
" fonda la ville de Toal^ et ses habitants furent 
iiommés Lucemes. On veut aussi q^u'il ait donné 
fion nom aux Lacotétiens , que le géographe 
Ptolomée indique sur les bords de la Seine , et 
qui ue peuvent être que les Parisiens, dont la 
capitale est nommée Lacatetia par Strabon , et 
Lutetia par l'empereur Julien. 
. . A Lacus succéda Celtes^ dont nous jrenons 
de parier, et c'est de ce neuvième roi que les 
Gaulois, nommes alors Samothéens et Goina^ 
riens y de leurs premiers rois , prirent le nom de 
Celtes , qui , en phénicien , signifie embrase- 
ment; parce que, sous son règne, les yastes 
forets des Pyrénées furent embrasées , d où ces 
flernieres furent ainsi nommées Montagnes de 
fea. Celtes n'eut qu'une fille , nommée Gala-- 
thée mariée au grand Hercule^ surnommé Gau- 
lois, Lybien où plutôt Egyptien d'origine, fiU 



iKTBODncrioir. xj 

A'OsiriSj et comme lui, déifié long-temps avant 

la naissance de ce jeune Hercule grec , à qui 
ces peuples subtils et inventifs attribuèrent tous 
les exploits du premier : quoi qu'il en soit, cet 
Hercule est compté pour dixième roi des Gaules , 
Tan du monde ii%lfi , et du déluge Sga. 11 régna 
trente-trois ans, eut un ûls qu'il nomma Ga* 
lathesy du nom de sa iiiei e , fonda la ville d'A- 
lise, en Bourgogne , ^/«e^ia , célèbre par le siège 
qu'en fit Juies-César, Tan de Rome 701 ; il fut 
aussi \e pere de Nemau$u$, fondateur de la ville 
de Nîmes, en Languedoc i^). On dit que cet 
Hercule fameux transporta le culte dilsls dans 
les Gaules, et lui bâtit un temple, d'où les 
Parisiens ont tiré leur nom. Melun, qu'il fonda, 
et dont le nom latin est Isia, lui doit aussi le 
sien. Cet Hercule est le même que les Gaulois 
appelaient Ogmius dans leur idiome , et que 
Lucien dépeint comme un vieillard chauve 
et majestueux^ attirant à lui une multitude 
d'hommes, dont les oreilles étaient attachées 
au bout de sa langue par des chaînes d'or, 
emblème ingénieux du charme de son élo- 
quence, et qui, peut-être , le fit identifier avec 

C) yoyez i* Abrégé de l'Histoire de cette TÎUe « pbcé à la téte 
àa fnmûief Tutame det Anti^uitéi de It France , per Clénaseta, 



Xlj IlTTRODUCTIOir* 

le Mercure gaulois , dieu du Commerce et de 
l'Elu(j[ueuce , l'un des patrons tlci» Grecs c^xxi 
nous rempruntèrent aussi. 

Ce fils du grand Hercule , Gaiat/ies Z*'; lui 
succéda 9 et donna son nom aux Gaulois qui, 
auparavant 9 s'appelaient, comme nous l'avons 
TU, Satnothéens y Gomérieiis ^ et Celtes, Il pas^a 
ensuite en Sicile , que son frère Tuscus lui avait 
cédée , alx)rda en Asie, et soumit cette contrée, 
qui, de son nom, fut nommée Galatie, puis 
Gallogrece , et présentement JVaiolie. 

Après Galathes y Narboriy son fils, fut roi des 
Gaules ; c'est lui qui vraisemblablement fonda 
Narbonne, et donna son nom à toute la Gaule 
Narbohnaise. 

Son fils Lugdus régna trente-six. ans, et fut 
aussi le fondateur de Lyon^ Lugdunum. C'est 
à 1 époque reculée de son règne, qu'on place 
la j laissa iice de Moïse. 

Beligius ou Belgius^ fils et successeur de 
Lugdus f donna son nom aux Belges et à la 
Belgique y et mourut sans postérité. 

Les Gaulois choisirent alors pour les gou- 
verner un descendant à' Hercule, Jasius y roi 
dltalie , dont le père , surnommé Jupitery était 
fils de Tuscus et petit-fils Hercule. On place 
sous son règne le délugede Deucalion en Grece^ 



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IH7R.OD U CT I O XllJ 

une pluie de feu eu Ethiopie , et un embrase- 
ment universel en Afrique* Son règne, fécond 
en événements , dura cinquante ans ; il fut tué 
par Dardanus y son frère , qui se sauva en 
Grèce 9 et y fonda Dardame^ nommée depuis 
Troie y de Tros^ son petit-fils : ainsi les Troyens 
étaient d'origine gauloise ; et si l'on veut , après 
le sac de cette ville , célèbre par les poésies 
d'Homere, en faire revenir quelques princes 
dans leur pays originaire , il n'y a qu'un mot à 
dire pour que le beau Pâmait douae son nom 
à la ville de Paris. Cependant la.généalogiè des 
rois gaulois prend une autre route \ suivons-la 
donc , sauf à revenir un peu sur nos pas en 
faveur du berger Iroyen. . 

Après la mort de Jasius, Coribaute , son fils 
unique , conserva le royaume d'Italie ; mais les 
Gaulois élurent AllobroXy autre descendant 
à' Hercule y qui régnait dans le Dauphiné et la 
Savoie, et donna son nom aux AUobroges. 

Romus y dont nous avons déjà parle , suceeda 
àcet^//oÀroa!r;il est le fondateur de l'ancienne 
capitale des Vermandois , dans la Belgique « 
nommée Romandin par Ptolomëe , et Vero- 
mandin par César. On lui attribue aussi la ion- 
dation des villes de Romans et dè Valence en 
Dauphiné, qu i |>ortaient l'ancien nom deRome, 



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ziy iKTliODUCTioir* 

parce que P«(i.Yî , en grec , signifie valeur j cou-- 
rage, et qu'il répond au mot latin Falentia. 

Pâris ^uccéda à son père Roinus, et régna 
Tingt-neuf ans : c'est de ce roi que les Parisiens 
et Paris, leur capitale, précédemment nommée 
Lutetia , Lutece , prirent leur nom actuel. Ce 
Paris ^ dans cette filiation , ne pourrait être le 
prince troyen , à moins de substituer quelque 
autre tradition , ainsi que Font fait plusieurs 
historiens romanciers y à celle - ci , que nous 
allons toujours suivre. 

Lemanusy fils et héritier de Paris, régna 
pendant soixante-sept ans, et n'est célèbre que 
par la,colonie qu'il ëtabht sur les bords du lac 
de Genève , appelée, de son iioiu, le lac Léman. 
Alors florissail: le Jupiter crëtois. 

Olbius, ûis et successeur de Lemanus, régna 
quinze ans. On lui attribue la fondation A*Olbia, 
. Olty, dans la gaule Narbonnaise. C'est vers ce 
temps que Cadmus porta en Grèce les carac- 
tères gaulois , et non phéniciens ; ces derniers 
ne firent que les répandre par le commerce. 
Mais on a vu plus haut , et nous n'en devons 
pas douter, que Satnothès et Saron, premiers 
rois gaulois, en furent les inventeurs. 

Galaihes II, qui régna après Olbius, son 
pere , vainquit les Sarmates , et soumit TAngle- 



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* 



INTRODUCTIOIC. XT 

terre, qu'il nomma Olbion, oxx Albion^ du nom 
de son père; il étendit ses conquêtes jusqu^à 
rembouchure de VObj d'Olbius^ sur la mer 
Blanche, dont le cap voisin prit le nom de Cel- 
tique : il régna cinquante ans ^ et laissa un em- 
pire florissant à son fils Namnètes^ c^ui fonda la 
colonie des Namnètes ou Nantois. 

C est vers ce temps que 1 Heicule jeune des 
Grées se rendit célèbre par ses exploits ; et que 
les* Argonautes , au retour de Texpédition de 
Colcbos, vinrent par terre dans les Gaules , où 
ils firent alliance avec les Celtes , et descendi- 
rent le Rhône depuis sa source jusqu'à la mer. 

A Namnètes succéda RemuSj son fils, qui fut 
le vingt-deuxième roi des Gaulois, et le dernier 
de la race dUercule. On lui attribue la fon- 
dation de la colonie des Âhénwis, Hhemi, de 
6oa nom. 

Francus^ fils d'Hector, du grand Hector, ce 
terrible rival d^Adbille, succéda à Remus, son 
beau-pcre, dans l'empire des Gaules. On le 
nomme aussi Francion* Il se sauva, des ruines 
de Troie, en Pannonie, où il bâtit la ville de 
SicambriCf en Thonneur de sa tante Sicambria, 
sœur de Priam.: de là il vint dans les Gaules, 
où il épousa la fiUé de Remus. On: n'a pas man* 
que de continuer la suite des successeurs de 



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XVJ Ilf TRODUCTIOK. 

Fràncus à l'empire des Gaules jusqu*à Claris f 
noire premier roi chrétien, époque où Thistoire 
de France prend uji caractère de vérité : mais 
d'où Yient ce second fils d'HecCor y dont Homère 
ne parle point, pour jeter plus d intérêt, sans 
doute , sur le jeune Astyanax et sur Androma* 
que , sa mere ? Dictys de Crète nous l'apprend. 
Il donne deux fils à Hector; Astyanax, qui eut 
le surnom de Scamandre , et Laodmnas. Un 
autre auteur, Auaxicrale, dans ses Argolides, 
donne ausn à Hector deux fils lë^times , qu'il 
nomme Scamandre et Amplimée ; plus un bâtard 
qui mourut au sac de Troie : les deux autres 
fils furent sauvés. Scamandre, Tainé des deux, 
ou Astyanax, se retira vers les Palus-Mëotides, 
où il fonda un nouvel empire, et c'est ce même . 
Scamandre, auquel Manélhon donne le nom de 
Francusy qui devient roi des Gaules par son 
mariage avec la fille de Hemas, descendant 
d'Hercule. Ainsi nous sommes issus de la race 
de Priam d'un coté , et du sang d'Hercule de 
l'autre. 

Franeusy pour conserver le souvenir de son 
ancienne patrie , fonda une nouvelle Troie en 
Champagne ; ensuite il bâtit ou embellit la ville 
des Lucotétiens , dans une ile de la Seine , et 
lui donna le nom du beau Paris, son oncle. 



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INTRODUCTIOîr*. xvij . 

I)'autres veulent enûjx que ce soit Pam lui-^ 
même, q^i? aj)rès la ruiiie de Troie, soit venu 
fonder ou embellir, dans Lutece, la ville d# 
Pans , et lui laisser son nom : or , lorsque , sur 
de telles matières /on ne doit choisir que p^rmi 
les fables, on peut , si Ton veut /donner la pré- 
férence aux plus agréables* 

Si l'on cherche Torigine des âoms Paris èt 
Lutece dans la langue celtique, on trouve que 
le dernier signifiie habitation au milieu, de la 
rivière f et que Paris ^ composé des deux mots 
paretjySj veut dire homme de vaisseaux; parce/ 
que , de tout temps , les Parisiens ont fait le 
cuiiiiuerce par eau. La Seine , Sequana, vient 
aussi du mot celtique ^uan ou squan^ qui si*» 
gnifie tortueux 9 à cause de^ sinuosités de son 
cours depuis Paris jusqu^à son embouchure ; 
enlin le nom de badaux^ dont on a voulu faire 
un surnon injurieux aux Parisiens, n'a, en lan- 
gue celtique , d'autre signification que celle de 
batelier on, matelot. 

Si ces ëtymologies ne sont pas les véritables, 
ou ue peut nier, du inoms, qu'elles n'aient 
beaucoup de Vraisemblance. Ne sont-elles pas 
préférables à celles qui font dériver Lutetia du 
mot latin lutus ou luti^ de la fange ou des ma- 
rais ^ parce qu'elle était située dans un lieu ma- 

3 



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XViij IKTRODUCTIOJî. 

récageux ; ou bien encore du mot grec LeucatCs^ 
qui signifie blancheur j soit parce que ses habi^ 
tants j les femmes sur-tout, ont la peau blanche, 
soit parce que cette viiie est assise sur un sol 
blanchâtre, entre des carrières de pierre et de 
plâtre ; tandis qu'un écrivain célèbre ^ M. de 
Sainte-Foix, puisant aussi dans le celtique les 
âeux mots lue y corbeau^ eHa^ île, donne pour 
signification du mot Lucetia^ile aux corbeaux? 
L'on pourrait, je pense, se contenter d^s pre- 
mières étymologies, jusqu a ce que Ton ait fait 
queitjue découverte plus satisfaisante. 

Après les noms , si Ton recherche les événe- 
ments historiques , on trouvera , i ^ que , sous les 
Gaulois et les Romains^ Paris fut l'une des cités 
qui composaient , par leur confédération , la 
nation gauloise, et que tous les peuples qui en 
faisaient partie étaient au nombre de trois ou 
quatre cents. 

%^ Sous les rois Méros^ingiem et les maires 
du Palais, Pans demeura toujours, depuis Clo- 
vis, le cLef-iieu de la souveraineté. Le règne de 

Clovis commence en 48 1 : de Clovis à Ghilde- 

ric III inclusivement, il y a eu dix -huit rois 
en 370 ans. 

Deuxième race. Depuis Pepin-le-firef , en ^Si ^ 
jusqu'à Louis V, treii.e l uis en 23G aus- 



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II^TUODUCTION. Xix 

Troisième race. Depuis Hugues Capot , en 987, 
jusqu'à Louis XYI , inclusivement , trente-deux 
rois eA 806 ans ; ce qui donne , pour les trois 
dynasties ensemble , depuis Clovis , 1 3 1 2 ans ; à 
quoi ajoutant , si l'on veut , 64 ans pour le règne 
des quatre rois qui ont précédé Clovis, en com- 
mençant par Pharamond, on aura , pour la du- 
rée totale jusqu'à la mort de Louis X^VI , l 'à'jd 
ans. 

Paris 9 sous les rois Carlovingiens et sous 
le gouvernement féodal, devint célèbre par les 
lettres , par les armes , et par l'influence de la 
religion chrétienne. 

4" Paris, sous les Capétiens y voit rendre à la 
monarchie sa première splendeur, et préparer 
les croisades. Cette capitale reçoit de Philippe- 
Auguste et de Saint- Louis des embelUssements 
considérables et d'utiles fondations pour la sû- 
reté publique , Pinstruction , et la justice. 

5^ Paris , sous la première branche des Va- 
lois, assure, par la loiSalique, la succession au 
trône , combat les Anglais, éprouye les horreurs 
des guerres civiles, et se voit à la veille de 
passer sous la domination anglaise ; l'énergie 
de ses guerriers la rend triomphante : les An- 
glais sont chassés , les rois reprennent leur 
vigueur , le gouvernement féodal est aboli ; 



n INTRODtTGTIOir. 

Louis XII mérite et obtient le glorieux surnom 

de Pere du Peuple. 

6^ Sous la seconde branche des Valois , Paris 
voit s allumer de nouvelles guerres avec la mai- 
son d'Autriche , s*accommode avec la cour de 
Rome y fait de nouveau fleurir les lettres et les 
arts rappelés parFi ançoisI*"^; mais des guerres 
de religion déchirent son sein, et font succé- 
der , sous le regue affreux de Catherine de Mé- 
dicis et de Charles IX, de longues suites de 
massacres et d horreurs au siècle des sciences 
et de la chevalerie, 

7^ Sous les Bourbon , Paiis assiégé , nourri , 
conquis , embelli , et rendu florissant par 
Henri lY^ déchiré de nouveau par les guerres 
civiles sous liOuis XIII , brillant sous Louis XIV, 
aimable , mais corrompu , sous Louis XV, in^ 
quiet et troublé sous Louis XVI , dévasté et 
presque anéanti pendant les orages de la révo- 
lution , est enfin triomphant et glorieu:^ sous 
l'empire de iNapoléon 1^^* ^ 

Telles sont les époques principales et les ta-» 
bleaux sucçesâ»iis que prése]]|te Th^stoire de cette 
capitale du monde policé. 

riN DE L'iifTitonucTiaiif. .. 



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de» Edificfji 




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S*J.wkuJte 

Pani/tton 

S^Orrmmin /!^éje < - fi 
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Hôtels oc M;,J«.« 
' l^tMtuur-httJ 





i 
1 

1 


.3 






1 



J ABRÉGÉ HISTORIQUE 



SI 



SUR PARIS 



(Quelques cabanes d'abord éparses , ensuite rappro- 
^ chées près d^im bois , sur ie penchant d'une colline au 
'iil fond d'une belle vallée, ou sia les bords d'un fleuve , 
I telle est l'origine commune à la plupart des villes cé- 
^. lebres , telle est celle de Paris (i) , qui d'abord s'ap- 
r pela LiUeda y sans qu'on sache aujourd'hui bien pré- 
' cisëment Tétymèlogie de ce nom^ ^mme on a pu s'en 
. convaincre par l'introduction que l'on vient de lire. 
On a- TU aussi que celle de Parisis n'est pas mieux 
connue : que ce nom vienne des Parsis ou de la Perse, 
de la déesse Isis et de ses temples , etc« , tout ce qu'on 
sait , c'est qu'à l'imitation de plusieurs peuples des 
Gaules , les Parisiens donnèrent leur nom à cette ville. 
Tune des soixante*quatre places de leur contrée. £lle 



( 1 ) Sitnée à vingt degrés de longitude , et à quarante -hait 

HegTés cinquante minutes dix secondes de latitude, au point 
ài- rObservatoirc , placé à rcxtréniiié ntei idionale de ia viiie^ 
%tt «oiumei de U rue Saint-Jacques. 



ad AB&BGB HISTORIQUE 

était alors contenue dans Tile dite aujourd'hui de la 

Gîté ou du Palais ) et César la trouva en cet état , lors- 
qu'environ cinquante ans avant Tere chrétienne ^ La- 
bienus, son général, tenta (ren faire le siège, et défit 
les habitants qui aimèrent mieux, incendier leur ville, 
' ou peut-être seulement sesiaubourgs , que de la rendre 
au vainqueur. 

César , à qui cette position était nécessaire pour 
contenir le pays , rebâtit une nouvelle ville sur l'an- 
cienne Lutece , ou seulement l'augmenta beaucoup , la 
fortifia de murailles ^ Fembellitde nombreux édifices, 
la ferma , dit-on , par deux tours ou châteaux forts 
placés à la téte de deux ponts de bois ^ situés où sont, 
aujourd'hui le pont au Change et le Petit- Pont , quoi- 
que rien ne soit moins prouvé f mais dans cette hjfpo- 
thése, le Petit -Ghâtelet eût été érigé sur les ruines 
d^un des forts bâtis par Jules César. 

Pendant les cinq cent trente années que les Romains 
la possédèrent, ils agrandirent la nouvelle ville, au 
nord, et en dehors de File, ce qui fit donner le nom 
de Cité à Tancienne ville ; ils en formèrent la capitale 
des Gaules, oiiles gouverneurs étabUrent leur séjour: 
elle devint aussi celui de quelques empereurs* Cons^ 
tantin et Constance la visitèrent ; julien y passa deux 
'OU trois hivers. Fan 357 ensuivants , embellit ou même 
rebâtit le palais des Thermes , et rétablit l'aquéduc 
d'Areueil, dont les ruines subsistent encore aujour- 
d'hui. H l'appelle sa chère Liuece ^décrit sa situation 
avec complaisance, vante ses vins et ses figuiers, et<^' 

y alentinien y composa plusieurs des lois contenues 



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SUR PARIS. 2i 

dans son code ; Gratien , son fils ^ y fit quelque séjour ^ 
et perdit près de ses fiiius une bataille contre Maxime; 
eUe lui coûta Tempire et la yie. 

Saint Deiiis était venu y prêcher la foi vers Tan 25o. 
liés temples payens furent alors démolis , et remplacés 
par quelques églises chrétiennes. Les Francs, ou Fran- 
çais, en firent la conquête Taa 4^6 de J. C. ; Clovis y 
établit le siège de son empire vingt-deux ans après^ 
Ce prince et la reine Clotiide son épouse , denieuraient 
au palais des Thermes lorqu'ils firent bâtir sur la mon«- 
tagne, dite aujourd'hui de Sainte-Geneviève , rabbaye 
de Samt-Pierre et Saint-Paul , et un palais qui, atti- 
rant la population d'une partie de la ville aux environs , 
forma le faubourg Saint-Marcel. L'église de Saint- • 
Germain-des-Prés fut bâtie par Ghiidebert, sous le 
titre de Saint-Vincent, et dit-on , sur les ruines d'un 
temple dlsis : celle de Kotre-Dame-des- Champs sur 
les ruines d'un temple de Mercure, et successivement 
un grand nombre d'autres monuments religieux dus à. 
la piété des rois, s'environnèrent de maisons qui for- 
maient autant de bourgs j savoir, six du coté du nord, 
et quatre du côté du midi. 

Il serait trop long de rapporter en détail toutes ces 
origines que les anciennes chartes de nos rois , con- 
servées dans difierentes abbayes, ontmentionnées pour 
servir à l'histoire. 

il suffira de savoii* que, pendant le règne des rois 
de la première race, les faubourgs de Paris récurent 
un accroissement considérable. Il y eut depuis une 
première enceinte hors la Cité, du côté du nord. Elle 



^4 ABRB6â ttlStOâlQUB 

" comprenait une supecficie à peu près égale à l'ancienne 
partie de la ville. 

T es guerres des Normands, et leurs ravages dans le 
JX^ siècle, arrêtèrent ces progrès sous les descendants 
de Gharlemagne, et firent sentir la nécessité d^uiie nou- 1 
velle enceinte pour mettre ces bourgs à l'abri des in- 
vasions de Pennemi ; cette entreprise ne reçut cepen- 
dant pas alors une exécution complète. 

Le château du Louvre qui existait déjà du temps de 
Dagobert, vers le milieu du \IV siècle fut rebâti par 
Louis-le-Gros vers iiio; et Philippe Auguste , après 
avoir fait paver les rues de Paris en 1 184, commença 
une nouvelle enceinte de murs en 1190, qui se 
> troui(a achevée en 121 1 , et qui comprenait la plus 
grande partie dos bourgs dont nous avons parlé, et 
particulièrement le château du Louvre, dont il aug* 
menta Fenceinte en 1204. 

Les seuls bourgs de Saint-GennainKies-Prés, Saint- 
Marcel, Saint- Victor , Saint*£loi , et partie du bourg 
l'Abbé; c'est-à-dire, Saint-Mai tia-des-Champs , se 
trouvaient hors de Tenceinte à cause de leur éloigne- 
ment du centre. Le plus fort de tous fut nommé le 
Beaubourg: G uiilaumeTliiboust, qui cuit prévôt de 
Paris en 1299 , était possesseur du bourg voisin de ce 
derniei , et a donné son nom à la rue Bourg-Thibomt 
dans le même quartier. 

Gomme il y avait dans cette enceinte plusieurs dos 
et terrains vagues , on s'empressa d'y bâtir j et il lallut | 
y établir de nouvelles paroisses , ce qui donna lieu à ' 
rérection de celles des Saiuts-Innocents , de Saint- 1 



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&ÛRPA11IS. aS 
André , de Saint-Gosme, et fit aussi ériger en paroisse» 

les chapelles de Saint-Jacques-la-Boucherie, de Saint- 
Jean en Grere) et de Saint*Laurent. 

Philippe Auguste fit encore ceindre de murs les 
halles et le cimetière des Saints-Innocents, fit hâtir les 
églises de Saint^-Honoré, de Saint^Thomas, de Saint- 
Wicolas-du-Louvre , l'hôpital de la Trinité, ei un pont 
auHlessous du Pont «au- Change, (jue Ton appela le 
Pont-aux- Colombes. 

r 

n érigea au milieu du château du Louvre une 
tour élerée, où tous les grands vassaux étaient obligés 
de venir rendre hommage au roi (elle avait quarante- 
huit pieds de diamètre / et quatre-vingt-seize de haut) , 
et fit construire dans la campagne, de ce côté , une 
maison de plaisance qu'il nomma le Château du Bois: 
les jardins de cette maison s'étendaient sur la rivière, 
à peu près où est maintenant le port Saint-Nicolas. 

Philippe Auguste mourut en iaa3, après un règne 
de quarante- trois ans , sous lequel on voit que Paris re- 
çut des accroissements considérables, puisque la ville» 
qui jusqu'alors n'avait été divisée qu'en quatre parties , 
Je lut en huit, qui conservèrent néanmoins le nom de 
quartiers ( puis en seize, après la nouvelle enceinte de 
de murs commencée par Charles V, et achevée sous 
Charles VI, en i383. Nous les détaillerons un peu 
plus bas). Robert Sorbon fonda ses écoles en laSo , 
dans le quartier dit aujourd'hui de la Sorbon/iCjaLf'' 
pelé aussi le pays Latin. On le nomma également 
quartier de rOnii^ersué y fUTce qu'on y professait toute* 

4 



ABRÉGÉ HISTORIQUE 

les sciences , et pour le distinguer du reste de la viUe 

et de la cité. 

Mais Igs iaubourgs s'ëtant fort étendus , par la fa« 
cilité quWaient donnée le roi et les riches abbayes , de 
bâtir à cens sur les teiTauis qui leur appartenaient; 
les excursions des Anglais mettant ces fauboiu|;s 
fréquemment en danger, on commença par les dé- 
fendre avec une double enceinte de fossés de trente 
pieds de large sur quinze de profondeur. 

Charles V , dit le Sage, étant parvenu à la couronne, 
ordonna a Hugues Aubriot, prérèt de Pàris^ de faiie 
clorre cette ville de muis, depuis remplaecnieuL ouest 
aujourd'hui T Arsenal, jiisques et au-delà du Louvre i 
et d^ renfermer tous les Aiubourgs dans cette partit 
du nord. Le travail, commencé en 1 367, fut achevé eu 
seize années; dans cet intervalle de temps , la Bastille 
fut batic en 1 87 1 , avec le palais des Tournelles , où est 
aujourd'hui la place Royale; et vis^-vis, une autre 
maison de plaisance avec de beaux jardins que 
Ciiaries V nomma l'hôtel de Saint-Paul* 

Ces accroissements nécessitèrent la construction de 
deux ponts nouveaux ^ savoir , en 1 384, celui de Saint- 
Michel ^ du côté du midi , communiquant à Tuniveiv 
sité, ét, en i4i4y celui de Notre-Dame, du c6té dn 
nord , vis-à-vis l'ancien Petit-Pont, 

Paris resta presque dans le même état sous les cin^ 
règnes qui suivirent celui de Charles V. Ce ne fut qu« 
sous François 1®^, ce prince ami des lettres et des arts, 
que cette ville prit une face nourelle ; on -commença 
par le Louvre : 1 ancien château , ce bisarre assembli^^ 



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sua PARIS* IkJ 

"de tours et de lourdes murailles , fut dcaioli et rem- 
placé par un palais digne du roi de France; de nou- 
Telles communications furent établies sur le terrain 
des anciens iiôteis des Ursins , de Bourgogne , d'Ar- 
tois, de Fëcamp et de Flandres , dont la structure 
gothique et la position irréguiieie obstruaient la ville, 
loin de lui servir d'ornement. 

Après un très-grand nombre de rues , qui toutes 
furentpromptement bàtiesetpeupiées , on forma le quai 
delaToumelleen i55a , puis en i558, la place Mau- 
bert, le (^uai entre le pont Saml-iVIichcl , et le Petit- 
'Pont qui servit de marché pour la Cité , et porte en- 
eore aujourd'hui le nom de Marché-Neuf; le bastion 
«delà porte Saint- Antoine, jusqu'à la rivière , fut cons- 
truit en iSSp; le château des Tuilleries et son jar- 
Jin, en La chapelle de Saint-Roch fut bâtie 

un an après au faubourg Saint-Honoré, pour servir 
de succursale à la paroisse Saint-Germain-FAuxerois, 
au même lieu où est aujourd'hui la paroisse Saint- 
Sioàx, La porte de la Conférence et son bastion , ne- 
icessaires pour couvrir le jardin des iuilei its , luient 
iérigés sous le règne de Charles IX. £n i566, on cons- 
iniisit Tarsenal près des Célestins; et les armes, qui 
Jusqu'alors avaient été conservées au Louvre, y furent 
'tranisférées en iS^s* 

Le PonL-Neuf , commence en 1S78, ne fut achevé 
ïipi'en i6o4 \ enfin , le bastion de la porte de la Confé- 
rence fut continué jusqu'à l'entrée du faubourg Saint- 
iiouoré, en i58x. 

Après avoir déjà tant fait^ il restait encore beaucoup 



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ABRBGB HISTORIQUE 

k faire pour couvrir une jurande quantité de temim 

vagues , de prairies , et même de terres labourables qui 
formaient des lacunes au milieu de toutes les rues. 
Henri IV , aprt's avoir rendu la paix au royaume qu'il 
avait conquis , résolut d'achever entièrement l'exécu- 
tion du vaste plan conçu par Philippe Auguste, con- 
|nnué, puis embelli par François l^^; et voici ce qui 
fut fait dans un espace de cinquladuté-quatre ans. 

Le bastion au bout du jardin de TArsenal date de 
1 600 ; le quai , depuis le port Saint-Paul jusqu'au même 
Arsenal , fut élevé en 1604. On forma la place Royale^ 
et on perça ses quatre rues Tannée suivante; la place 
Dauphine et les quais voisins furent érigés en 1607. La 
rue Dauphine fut aussi percée sur le terrain où avait 
été situé rhôtel des abbés de Saint-Denis ^ et sur une 
partie du clos des Augustins ; les bâtiments de Pile 
Notre-Dame furent projetés en x6ii , et le marché fut 
passé , à cet effet , avec Tentrepreneur Marie", en 1 61 4* 

En 16 19, on plaça sur le Pont-Neuf la statue éques- 
tre de Henri IV. Ce prince avait conçu le projet d*une 
grande place publique qui devait ttre formée d'im- 
menses terrains vacants du côté du Temple : elle devait 
porter le nom de place de France; et chacune des 
rues y aboutissant, celui d'une des provinces du 
royaume. G^est en exécution d^une partie de ce projet 
grandement conçu, que iuicuL IjâLies dans le Marais 
les rues de Bouxgogne, d'Orléans , de Berci, de Poi- 
tou, de Touraine, de Limoges, de la Marche, de 
Saintonge , d'Angouniois , de Beaujolais et de Beausse. 
Sous le règne de Louis Xill, son successeur, la rue 



SUR PA&IS. 99 

Sainte>Anne y près le palais , fut construite par les soins 
de M. ie président Lejai. Cette même année ^ les eha* 

noines de la Sainte-Chapelle firent bâtir les maisons 
de la rue Saint-Louis du côté du Palais. L'accroisse*» 
ment des faubourgs Saiat-lloiioré , Montmartre, et 
autres, obligea de les enceindre par une clôture , de- 
puis la porte Saint-Denis jusqu'à Pextrémité du fau- 
bourg Saint-Uonoré , ce qui fut exécuté en trois années; 
et força , non seulement de reculer les portes de l'an» 
cicnne enceinte jusqu'aux points du boulevard où 
elles sont encore aujourd'bui, mais ei^core de bâtir 
de ttouTelles raes sur remplacement qui se trou- 
vait dans 1 intérieur de cette nouvelle enceinte; mais 
à peine cette clôture fut-elle achevée, que de riches 
particuliers élevèrent un si ^and nombre de maisons 
eo dehors la porte Saint- Honoré, que ce faubourg se 
trouva joint avec les villages du Roule etde la Ville- 
FEvéque. 

La grande rue du faubourg Saint-Antoine fut bâtie 

en ce temps, ainsi que les rues adjacentes qui se réu- 
nirent aux villages de Pincourt et de Keuiliy , et for- 
maient ensemble cet immense faubourg , qui , seul , 
serait une très-grande ville aussi peuplée que com- 
merçante et industrieuse. Ce fut pour arrêter cet ac- 
croissement immodéré de la ville de Paris, qu^un ar- 
rêt du Conseil ordonna d'en iixer les limites par des 
bornes qui devaient être plantées à sa circonférence, 
en commençant au bord de hi rivière, vis-à-vis les 
Tuileries, et renfermer les faubourgs Saint-Germain, 
Saîfit-Michel , Saint-Jacques, Saint-Marcel, saint-Vie*- 



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3o ABEBOi HtSTOBIQVtf 

ior y jusqu'au borU oppo&é de la Seiae ^ vis-à-vis le 
bastion de FArsenal ; de Tautre côté devaient être com^ 

pris les faubourgs de Saint- Antoine, du Temple, de la 
Ck>iirtille, de Saint-Martin, Saint-Denis «t Saint-Ho- 
iioié, jusqu'à la porte de la Conférence. 

Les ouvrages de Tile Notre-Dame qui avaient été 
plusieurs fois interrompus , furent repris et continués 
jusqu'aux deux tiers environ de Tent reprise. 

En i64a le ÙLubaoxg Saint-G^main fut séparé du 
quartier Saint- Andi'é , ce qui lit un dix-septitme quar- 
tier ajouté aux seize déjà existants , dont nous avons 
parlé. G*est peut-être ici le lieu de les désigner tous 
par leur nom , dans Tordre de leur iormation , 6t même 
d'y ajouter les trois derniers qui,«n 1702, complète* 
rent le nombre de vingt pour obtenir une division 
plus commode pour la police de cette grande ville* 

Les quatre premiers plus anciens quartiers sont ceux 
de la Cité, de Saint-Jacques-la-Boucherie, de la Ver- 
rerie ou de Saint-Avoye, de la Grève. 

Les quatre, ajoutés sous Philippe Auguste, en 1 2 n : 
'de Sainte-Opportune, de Saint-Geunain-rAuxeîrois 
ou du Louvre, de Saint- André<>des- Arcs ^ de la place 

Maubert. 

Les huit nouveaux, sous Charles VI, en 1 383 : de 
Saint- Antoine , de la Mortellerie ou de Saint-Paul , du 
Temple ou du Marais, de Saint-Martin^ de Saint- 
Denis, des Halles, de Saint-Eustache , de Saint-Ho- 
norc ou du Palais -Royal. 

Ajouté en 1642, pris sur celui de Saint*André, le 
dix-3eptieme quartier^ celui de Saint-Gerniain-des- 
Prés. 



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«VA PARIS. 3r 

Enfin, les trois quartiers selon ia nouvelle division 
de l*an 1702 : de Saint*Beno!t, du Luxembourg, de 

Montmartre. , 
On pourrait ajouter à cette division les accroisse* 

ments considérables qu'ont éprouvés depuis un siècle 

r 

les faubourgs du Roule ou Saint-Honoré , le faubonig* 
Saint^ierniain dans toute son étendue, jusqu'aux nou-* 
veaux boulevards , et le nouveau quartier de la Chaus* 
flëe d*Antin ; les faubourgs Saint-Lazare, Poissonnière, 
et Saint-Denis : enfin , la nouvelle enceinte des murs , 
barrières et boulevards extérieurs exécutés sur la fin 
da règne de Louis XVI , sous le ministère de M. de 
Calonne, et sur les dessins de M. Ledoux. 

On verrait , en Calculant la superficie de toutes ces 
enceintes successives, que lu première clôture, sous 
Jules César, cin(juante»six-ans avant Tere chrétienne, 
eonteaue dans la seule île de la Qté , comprenait: ' 

SAVOIE: 

r* clôture , aiviron 44 arp. et qnelq. ptrdu 



ir 




11^ 


Idem* 


nr 


Sous Plnlipj>f-Auguste 




Id. 


ir 


Sous Charles V et Char- 










12^4 


Id. 




Sous fVançois I** et 










1414 


Id. 


w 


Sous Henri IV ^ • 


1660 


Id. 


vir 


Sous Louis XIV 




Id. 


vur 


Sous Louis XIV et 








Louis XV 


3919 


Id. 



IX* clôture actuelle sous Louis 



XVI, terminée eu 1788 9858 aT?eûU et 3 perchés. 



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32 ABRÉGÉ UlSTOaiQUE 

Elle peut contenir environ vin^t-six mille mtàsoni* 

Cette ëvaluatioa a été lîiite sur le plan général de 
Paris, levé géométriquement par feu M« Vemiquet, 
et gravé, il y a dix ans, avec beaucoup de précision. 
Après cette digression qu'il nous a pax*u nécessaire d« 
pkcer ici, nous dirons, en reprenant la suite de Ilûs- 
toire de Paris sous les différents règnes, que le siècle 
4e Louis XIV, qui vit éclore tant de merveilles dans 
tous les genres , n'est pas moins (îëlebre par les grands 
et beaux monuments de rarchitecture, que par les 
autres productions du génie. 

Paris reçut àicore, sous ce r^ne long et glorieux, 
des embellissements dignes du monarque puissant qiû 
les ordonna, des ministres et des artistes qui en diri- 
gèrent Texécutiou. Les projets de Henri IV et de Louis 
XIII , furent achevés et perfectionnés ; on démolit la 
clôture du quartier dé riiuiyersité,'qui existait souà 
Philippe Auguste, et on combla les fossés pour unir 
à la ville les faubourgs voisins. Plus de quatre-vingt 
rues nouvelles furent ouvertes et bâties en différents 
quartiers : la plupart des anciennes, élargies , redres- 
sées , et reconstruites en partie avec plu|de somptuo- 
sité; trente-trois églises conventuelles, communautés, 
paroisses ou succursales , furent érigées avec magni- 
ficence j deux places publiques, les trois ponts au 
Change; de la Tournoie et le pont Rouge rebâtis en 
pierre, les anciens quais revêtus, et un autre cons- 
truit à neuf; quatre nouveaux ports pour la facilité du 
commerce ; le bâtiment du grand Châtelet élevé pouf 
y placer couvenabiement la Cour de justice. 



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Le inagnijQque établissement de l'hotel de Mars ou 
des Invalides fondé, et le dôme ingénieux qui termine 
rëglise de ce monument, consacré aux vertus guer- 
rières; deux grands hôtels pour les mousquetaires, 
faisant partie de la maison du roi; FObservatoire des- 
tiné aux progrès de Fastronomie et de l'art de la na- 
vigation ; une pompe hydraulique élevant les eaux .de 
la Seine, et les distribuant dans les différents quartiers ; 
quinze nouvelles fontaines; le Louvre agrandi, et, 
pour ainsi dire, rebâti avec une magnificence qui le 
fait citer par toute l'Europe. comme un chef-d'œuvre 
■de l'art et pour le plus vaste palais de l'Univers , en 
J Gompi enant le château dus Tuileries qui s y trouve 
en effet réuni : enfin , le Pont-Royal ouvrant une nou» 
Telle communication avec ce monument. 

Les anciennes portes de la ville , remplacées par des 
arcs de triomphe, au port Saint-Bernard, et aux rues 
Saint-Denis, Saint-Martin et Saint- Antoine, embel- 
lissentim boulevard , ou cours d'enceinte planté d'ar^- 
bres; et ce boulevard forme, avec le Cours-la- Reine 
et les Champs-Elysées, une suite non interrompue de 
promenades qui contribuent autant à la salubrité de 
lair qu'à la beauté de la ville. i 

Louis XV ne se montra pas moins jaloux d'emb^r 
la capitale; les limites de la ville sont reculées pai ses 
- ordres ; les faubourgs Saint-Germain et Saint-Uonoré 
fié décorent d'hôtels somptueux ; en 1722, le. Palais 

* 

iioui bon est bâti dans un genre nouveau. L'Ecole-Mi- 
Utaire est fondée en 1751 , et la nouvelle Sainte-Ge- 

. nevieve s'élevc sur au plau xnajcstueux. La pla<ie de 
, ^ 5 



34 ABBBGi filSTOaiQOS 

Louis XV et ses colonnades son t commencées eo ly^^l 
les Champs-Elysées replantés à la même époque ; et 
TEçole de chirurgie reproduit parmi nous, en 1763, 
les formes nobles de rarchitecture antique. En ty64f 
la manufacture de porcelaine est établie à Sevrés avec 
une magmiicence royale. En de nouveaux bou- 

levard» entourent Paris du côté du midi. Plusieurs 
fontaines sont érigées; le ciseau de Bou(?hardon avait 
emaobii celle de Grenelle ^ en 1739. 

L^hApital des Enfants-Trouvés s'établit près de la 
cathédrale ; la route et le pont de Neuilly étonnent 
rétranger par la beauté de l'ensemble et la hardiesse 
de l'exécution. 

Les portail de Saint<âulpice et de Saint-Eustache 
décorent les quartiers où ils sont élevés , de leiu s masses 
imposantes et riches d^architecture. 

Le génie de Buffon crée à-la-fois les archives de la 
nature et l'histoire de l'Univers. L'école de Droit, 
rhôtel des monnaies sont érigés , en 1 77 1 , sur un plan 
régulier. 

^ Louis XVI se proposait d'achever les monuments, 
et tous les embellissements commencés par son aïeul , 
et d'ordonner de nouveaux travaux. Il fait continuer 
Sainte-Geneviève et la nouvelle Madeleine, bâtir les 
églises de Saint-Philippe-du-Roule, celles du Gros- 
Caillou , des Gapudns de la Chaussée d' Antin , de Saint- . 
Chaumoiit, Je Saint-Sauveur; restaurer le Palais de 
Justice, agrandir ou fonder plusieurs hospices. 

Les boulevards du midi sont décorés de maisons 
élégantes et de jardins à l'anglaise î les faubourgs du 



Ly GoOgU 



8VK PA.AXS. * 3$ 

"Roule , Saint- Honoré , Saint • Lazare , Poissonnière ^ 
la nouvelle chaude d'AnÛD, les rues de Provence, 
des Mathurins, et toutes celles environnantes , offrent 
des habitations d'un goût élégant et vané^ genre mix.te 
encre l'antique et le style de Palladio. 

Les boulevards du nord participent à ces accroisse- 
ments j et sont bordés de façades ornées de çolonnad^ 
et de sculptures imitées de l'antique. 

Lies tiiéàtres Français et Italien , l'Opéra , les Bouf- 
fons 5 rue Feydeau , et les salles du boulevard , sont ëri* 
gés avec une rapidité qui semble tenir du prodige- 

Les halles sont agrandies « des marchés sont ouverts ; 
et la fontaine des Innocents, chef-d'œuvre de Jean 
Goujon, reparait isolée. La coupole de la Halle-aux- 
filés rivalise de grandeur avec celle du Panthéon de 
Rome, les Halles aux Draps, aux Cuirs, à la Marée, 
offrent au commerce un sûr abri. 

Les pompes à feu s'élèvent sur les rives de la Seine, 
au levant et au couchant , pour la distribution des 
eaux dans diCEérent^ quartiers ; le Palais Bourbon prend 
tine face nouvelle ; et le pont de Louis XVI, bâti par 
Pmronet, établit entre le faubourg Saintrlionoré et 
le faubourg Saint-Germain une communication long- 
temps désirée. 

Une enceinte de boulevards au<Ielà desdemieres li- 
mites, et plus étendue, des murs de clôture, et cinq 
barrières flanquées de pavillons enrichis d'architec- 
ture , sont élevés comme par enciiautement ; ils aug- 
mentent la superficie de Paris , changent Taspect né- 
gligé de Vextrémité des faiiboorgs^ et les transforment , 
.pour la plupart , en portes triomphales. 



36 ABRÉGÉ HISTORIQUE 

Le^arditi des Plantes prend un accroissement con- • 

sidérable ; et les cabinets d'histoire naturelle devien- 
nent plus dignes des merreilles qu'ib offrent à l'étude . 
et à la curiosité publique. 

Le Palais-Royal et ses galeries percées d'arcades, 
bâties en peu de temps, et garnies de boutiques en 
tout genre, nous donnent Vid» c des bazards d'Egypte 
et de la Pei'se. Le Mont-de-Piété est construit au Ma^ 
rais , et les hôpitaux reçoivent d'utiles accroissements ; 
les hospices de Beaujon et de Madame Necker leur 
forment des suppléments utiles. 

Mais la révolution commence, et ne produit que des 
ruines; la BastiDe est démolie, et, à ce signal, tous les 
monuments des arts sont menacés de tomber avec elle; 
les barrières de Paris sont mutilées, plusieurs églises 
violées et dégradées,''ou vendues et détruites. Les statues 
de nos rois sont brisées , iondues et remplacées par des 
simulacres en bois et en toiles peintes. 

Enfin, un jeune héros règne sur la France , et Paris 
reprend tout son éclat. Les grands projets d'utilité 
publique et d^une magnificence vraiment royale sont 
repris, et la plupart s'exécutent avci:; une célérité sans 
exemple. 

Le Carrousel est débarrasse de toutes ces masures 
qui déshonoraient le Palais du Souverain ; il forme 
une immense place dVrmes que de nouveaux - percés 
et des monuments triomphaux vont orner encore ; le 
Louvre s^acheve, le jardin des Tliuileries s^isole de 
toutes parts, et la rue de Rivoli qui le borde tlans 
toute sa largueur , en rend l'abord plus imposant , . 



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SU&PARI5. . 3j 

la rue de la place Vendôme, prolongée jusqu'aux 
boulevards , établit encore une grande communication 
entre ce jardin superbe el la chaussée d'Antin : un 
marché spacieux est formé sur le Lerrairi des Jacobins 
de la rue Saint-Honoré j trois ponts d'une construc- 
tion hardie s'érigent au même instant devant le Louvre , 
à r Arsenal , à l'île Notre-Dame ; un quatrième va être 
construit devant TEcole-Militaire. 

La place de la Bastille, incessamment formée, doit 
offrir au commerce un canal de navigation , une 
garre , et devenir le point de réunion entre la grande 
rue Saint-Antoine et les boulevards du nord et du 
midi. Un Arc de triomphe, élevé près de cette place ^ 
attestera aux générations futures les immortelles jour- 
nées de Marengo et d'Austerlitz. 

La place du Louvre, celle de Notre-Dame, agrandies, 
la démolition des maisons du pont Saint - Michel , 
vont changer incessamment Vaspect de Paris, que 
déjà les quais Bonaparte , Desaix , Napoléon , ont 
rendu plus magnifique, et qui voit éclorë chaque 
jour de nouveaux projets pour son bonheur , et pour 
sa gloire. - ' 



33 DBSCRIFTIOK ' 



OBSERVATIONS GENERALES 

SUR 

LES ÉGLIS£S DE PARIS. 



Lb8 églises sont, de tous les monuments publies, 

ceux qui attestent le plus sûrement Tétat de Tart à 
répoque de leur construction , le goût et les connais- 
sances du peuple ou des rois qui les érigèrent, Topu- 
lence et le degré d'industrie du siècle qui les vit 
achever ; car , si Ton peut juger Part de la construc- 
tion par la disposition et l'ensemble général de l'édi- 
fice , c*est par rachèvement de ses détails que Ton peut 
apprécier la délicatesse du goût , et le degré de per- 
fection où rarchitecture et la sculpture étaient par* 
Tenues , lorsque la dernière main fut mise au monu- 
ment, et qu^il fut, pour ainsi dire , livré au jugement 
de la postérité. 

Les églises ont encore cet avantage sur les autres 
édifices , qu'elles portent mieux et plus fortement em- 
preints le caractère national et le style de Tari le plus 
noble , le plus élevé ; que Téconomie n'a point ordi- 
nairement resserré le développement des idées de 
rarchitecte ^ qu'une précipitation non moius iuneste 
n^a point empêcl^é Tétude et la bonne construction 

0 



lies parties successivement exécutées; etqu'en^n l'ar- 
tiste a pu penser qu'il travaillait pour sa gloire et 
pour celle de son pays , en vouant les productions 
de son génie à l'admiration des siècles futurs , et 
consacrant, en cpielque sorte , son ouvrage à la di* 
vinité. 

n est facile de distinguer dans les principales églises 

de Paris , dont un a lait choix pour former les plan- 
ches qui accompagnent cette description , quatre ou 
cinq époquesau plus, différentes et bien remarquables 
par le genre d architecture alors eu u^age. 

Le premier de ces genres est celui que Von peut 
appeler Vancicn goi/iù/ue : c'est celui dont les églises 
de Notre-Dame, de Saint-Germain-des-Prés , de 
Saint-Etienne-du-Mont, de Saint-Gervais , et enfin , 
la Sainte-Chapelie du Palais , quoique plus riche et 
plus élégamment travaillée , nous donnent Texem- 
pie (i). 

Saint-£ustache peut être considéré comme le pasz 

sage du gothique à la renaissance des arts ; du moins 
à en juger par plusieurs détails des ordres d'architec- 
tures grecs et romains , et d'ornements très-fins et 
tçès-déhcats jentierement ignorés dans Tancien gothi- 
4]ue dont nous venons de parler , et qu^il ne faut pas 
confondre avec le gothique antique (2) , dont la plu- 

(i) On olMenrera que c*e»t du corps de Fédifice dont il est 
ici question , et qn^on doit en excepter pour plusieurs, au moins, 
les portails moderues qui y ont été appliqués dans des siècles 
différents. 

(3) C'est-à-dire t composé de fragments et de coioiiues antiques 



BBSCftIFTION 

part des églises dltalie oiTrent des modèles, mais <jiu 
manque à Parb. 

Nous appellerons style moderne celui 'dans lequel 
sont érigées toutes les églises conventuelles ou parois- 
siales du siecle de Louis XIV , et que Von a souvent 
aussi désignées sous le nom d'architecture française^ 
parce que, dans ce siècle célèbre, plusieu^s architectes, 
tels que les Mansard, le Vau, le Mercier, etc. , ont 
acquis de la réputation par le grand nombre d'édi- 
fices de tous les genres qu'ils ont bâtis dans un style 
participant du goût loniain, et différent de celui dont 
on avait fait jusqu'alors usage en France. 

Les églises conventuelles de T Assomption , de 
Sainte-Marie, Saint- Antoine, du Val-de-Grace, de 1^ 
Sorbonne, des Invalides, des Quatre* Nations ^ et 
plusieurs autres encore, peuvent être citées comme des 
exemples de genre moderne, dans lequel nous ferons 
distinguer plusicuis nuances (|ui se rapprochent, ou 
s'éloignent plus ou ipoins des monuments de Rome, 
où les architectes de ce siècle puisaient leurs mo- 
dèles , mais qu'une sorte d orgueil national leur fai- 
sait déguiser pour s'efforcer de créer une architecture 
française. 

Le siècle de Louis XV et ^de Louis XVI ofiiira , 
dans les églises de Sainte-Geneviève , de la nouvelle 
Madeleine , de Saint-Roch, dans les portails des églises 



réttnîes dans. un ordre pittoresque» et formant des-maases larges, 
et de belle proportion , ainsi qu'on en Toit de nombreux exein>- 
pies à Venise , Sienne , Pîse , Florence, etc. 



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BE PAEU. 

lit' Saint-Sulpice et de Saiïit-Eustache , dan» la cha- 
pelle Beaujon , dans la paroisse de Saint- PhiUppe-du* 
Roule, les marques de longs efforts pour revenir au 
goût des aiiuieus liomains, et à un style de décora- 
tion plus grand, plus imposant , plus grave et moins 
charge de ces détails mesquins , oii Ton avait cher- 
ché à remplacer, par une grâce factice et maniérée, 
la noblesse et la mâle sévérité des fatum antiques* 
On ne pourra s'erapèciicr aussi d'y remarquer les 
traces de cette instabilité de caractère qui faisait com- 
mencer avec empressement, et ^ abandonner avec la 
même facilité , les édifices les plus importants , faits 
pour honorer leur siècle et leurs autem*s. Enfin , on 
pourra prendre une légère idée de lancien style grec 
et de l'ordonnance dorique de ce peuple , dans le petit 
portail intérieur de l'hospice de la Charité , et dans 
celui que Ton vient d'ériger pour rHôtel-Uieu, suf 
le parvis de Notre-Dame. Ce petit nombre d'exemples, 
peu importants d^ailleurs , par Tétendue des monu- 
ments^ ne sont pas suffisants pour apprécier, à sa va- 
leur , le genre d'architecture vers lequel sont dirigés 
maintenant les artistes i j ançais. Sans doute , il faut 
attendre que les grands édifices qui doivent illustrer 
et peindre à la postérité le siècle de Napoieuu, aient 
reçu leur exécution , pour juger à quel point les ar^ 
ehitectes de ce siècle auront approché des beaux 
modèles de l'architecture des Grecs vers laquelle ils 
tournent en ce moment leurs regards , et dont ils 
s'efforcent de saisir la noble simplicité, la grâce et la 

naïveté. C'est par l'ensemble de quelque grande com- 

6 



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4d OSSCJllPTlOll 

position , que Ton pourra juger si les Français ont ea 
raison de vouloir retourner aux sources antiques et 
originaleg de Tart de bâtir , ou de continuer à puiser 
dans leur vive imagination les formes idéales que les 
seules réminiscences d'un objet agréable et séduisant 
ont pu leur procurer ; enfin , si Tart et les monuments 
répondent dignement aux événements mémorables , 
aux prodiges de valeur ^ à tous les faits héroïques que 
l'histoire recueille en ce moment, et qu eiie s'apprête 
* à buriner , sur l'airain pour les transmettre à la pos- 
térité. 

C'est pour appuyer ces observations générales sur 
les témoignages de l'histoire, et sur les particularités 
que présentent les édifices du genre sacré que nous 
ayons cités , et quelques autres du même temps , que 
nous allons reprendre l'abrégé historique , la descrip- 
cription et l'examen successifs de chacun d'eux, en j 
joignantes réflexions qu'ils feront naître. 

Nota. Les plans des divers édifices contenus dans cet ou- 
vrage^ayant tous une échelle commune, au moyen de laquelle 
on peut juger de leur grandeur respective , il a fallu , pour ne 

pas maltiplier les planches sans nécessité , réunir plusieurs plansr 
sur une seule , lorsque leur dimension a pn le permettre. Ainsi , 
Von a consacré la planche entière , n^ i , au plan de Notre-Dame , 
à cause de Tétendue de ce monument , tandis que les planches 
3 et 4 contiennent plusieurs , les édifices étant de moindre 
proportion. Quelques notes de renvoi mettront le lecteur à por- 
tée d'y recourir. 



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> DE PAEIS* 4^ 



NOTRE-DAME, 

ÉGLISE MÉTROPOLITAINE. 



O N attribue la première fondation de Téglise de 
Notre^Daméf en la Gité^ au fib .ds Clovb., Qbilde- 
bert !*>*, qui raurait^ dans cette isuppoÂtibn , érigée 
vers Tan 5Ea..^ r. ♦ . 

On sait que , sous les roîs de la pt^miere raûa , il a 
existé une très* ancienne église dans la Cité , som Vin^ 
▼ocation .dtt SainuEtieniie^ premier .maitj)*'; qu'elle 
était' voisine* dé Notii»*Dftme/.et.qur'eUe « pu même 
en faire partie. . 

Plusieurs cliartrcts des HIV et KIIF sÂeeles font 
mention de cette église , co^me du premier siège 

episcoped* , , 

Uimage de Saint-Etienne et* c^e de Saint-Denis , 

qui l'avait pris pour son patron , ont d'ailleurs toujours 
accompagné la bannière de l'église de. Paris , et Ton 
voit encore quelques détails de la vie et du martyre 
de Saint-Etijsnne sur lè portail méridional de Notre* 
Dafkne. Tous <m faits rapprodiës portent 4 croire ifae 
cette ancienne église de Saint-Etienne pouvait être 
située* de. ce côté, et feire ménie panïe de Fencseinte 
actuelle de Notre-Dame. Quoi qu'il en soit , on as- 
sure que les fondations de Téglise , aujourd'hui exis- 



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44 DBscEiPTiair 

tante , furent jetées Tan loio , sous le règne du lo. 
Robert , qui succéda à Uugues-Capet , son pere, ei 
qu'elles fuient on partie remplies jusqu'au niveau du 
sol sous le règne de ce prince. Philippe*Auguste fit 
continuer cette construction sous Tépiscopat de Mau* 
rice de Sully y soixante-diiûeme évcque de Paris. Ce 
prélat mit beaucoup de zele et d'intelligence dans la 
direction de ce vaste édiQcc; il en conjpléta le projet, 
fit démolir du côté de Toccident Tancienne église de 
Notre-Dame, dont il conserva les fondations, ainsi 
que celle de Saint-Etienne dont nous avons déjà parlé, 
afin que rien ne nuisît à Tensemble du nouveau 
monument. 

L'ouvrage était avancé, lorsque la première pierre 

fut posée par le pape Alexandre 111 , alors réfugié 
en France , et le grand autel consacré en i i8i par le 
légat apostolique , et par ce même Maurice de Sullj 
qui mourut la même année. 

Odon de Sully, parent de Philippe» Auguste, et de 
Henri , roi d'Angleterre , succéda à Tevêque Mau- 
rice , et fit continuer Tédifice jusqu'en 1 208 , qu'il 
mourut. 

La tombe de cuivre où sa figure était relevée en 
bosse , se voyait encore dans le chœur çivant les em- 
bellissements faits par Louis XIV, en 1714» 

Pierre de Nemouis succéda à Odon ; il fit conti- 
nuer également les travaux jusqu^à sa mort, en laso, 
et laissa auxévéques qui lui succédèrent le soind'acbe» 
ver l'édifice. 

On présume que le grand portail ne fut terminé que 



J 

r 

I \ 

I DE PARIS. 45 

ftous le règne de Philipp^Augu&te, parce que sa statue 
était la dernière de toutes celles de proportion colos- 
I «aie qui étaient rangées sur une seule ligue au-dessus 
. des trois portes , et qui furent abattues pendant la ré- 
volution. Elles étaient au nouihre de vingt-cinq; sa- 
voir , treize des rois de la première race , à commencer 
par Ghildebert I*'; neuf de la seconde, dont le pre- 
mier était Pepin*le»Bref| monté sur un lion (ce qui 
rappelait avec quelle valeur , malgré la petitesse de sa 
stauue, il terrassa un lion furieux) ; enfin, sept rois 
de la troisième raoe, commençant à Hugues-Capet, et 
finissant à Philippe-Auguste. 

Le portail méridional du côté de rarehevéché, no 
fut commencé qu'en i^Sj, ainsi que le prouve Fins- 
cription qu^on j lit encore en une seule ligne de ca- 
ractères gothiques sculptés aux deux cdtës du portail. 
Jean de Chelle en fut l'architecte , ou le maître des 
œuvres; et il est probable que le portail et les cha- 
pelles du côté dtt nord ne furent achevés que dans le 
XIV® siècle. 

Ainsi , cette immense construction est le travail non 

interrompu de près de trois cents ans. La disposition 
générale du plan est grande et noble ; les propprtions 
satisfaisantes , et Ton peut citer cet édifice comme un 
des plus beaux et des plus considérables de la chré- 
tienté. 

Le voisinage de la rivière pourrait faire penser que 
les iondations n'ont pu être établies que sur pilotis ; il 
est possible que certaines parties aient exige» cette pré- 
caution^ mais diverses fouilles, et uotaauuent celle 



46 DESCRIPriOA 

qui fiit faite en 17S6, pour établir le bâtiment du tré* 

sor, du côté du midi, ont été poussées a vingt-quatre 
pieds de profondeur, deux pieds au-dessous de celle 
deTéglise, et ont fait voir qu'elles posent sur un gra- 
vier solide : elles sont en gros moèlons, liés avec da 
mortier de chaux etsable plusdurquelemoêloa même; 
il n'y a que quatre assises tle pierre de taille bien équar- 
^ies , et posées en retraite les unes sur les autres , qui 
terminent cette fondation jusqu^à la hauteur du sol. La 
forme du plan est une croix latine , dont les priacir 
pales dimensions dans œuvre sont . pour la longueur., 
soixante -cinq tui^^ts; pour la largeur, y ingt-qua Lie; 
la hauteur , sous clef de la voûte , dix-sept toises deux 
pieds. La hauteur des tours est de trente-quatre toisecî^ 
ou deux cent quatre pieds. i!Ïiies sont carcées, et ont 
quarante pieds sur chaque £ice. L'intervalle qui les 
sépare étant égal à leur diamètre , il en résulte que la 
&çade entière du portail est de cent vingt pieds. 

On compte dans cette égiibc cent vingt gros pilicis, 
et cent huit colonnes, chacune d'un seid bloc 

Les sculptures, placées dans les voussures ogives 
des trois portes occidentales, ont rapport au nouveau 
testament, et ont souffert beaucoup de dégradaticois. 

On distinguait dans les figures isolées les douze 
apôtres j et, sur les quatre grands piliers qui séparent 
ces portes , et qui montent du fond dans toute la hau- 
teur du portail, la Foi, la Religion, Saint-Denis et 
Saint-Etienne. Ces statues n'y sont plus. 

La ferrure des deux portes qui a voisinent celle du 
milieu , est iremarquable. par la multiplicité de ses 



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DE PARIS. 47 

énroulements exécutés en fonte de fer, dans im style 

d\>r/îement qui tient au goût grec du Bas-Ëiiipire; ce 
qui pourrait faire croire que ces pentures, travaillées 
très-délicatement en arabesque , et ornées de rinceaux 
et. d'animaux, ont été enlevées de quelqu autre monu- 
ment plus ancien , et appliquées à celui-ci , 3ur-'t6ut 
si Ton observe qu'elles ne sont point pareilles , et que 
ni la porte du milieu, ni les portes latérales du nord 
et du sud,' ne présentent rien de semblable ou d'ana- 
logue. Ou les attribue cependant à un habile serru- 
rier, nommé Bisconiet. 

On croit que, du temps de Louis XII , on montait 
plusieurs marçlies pour entrer dans JM^otre-Dame, dont 
le sol se trouve aujourd'hui de niveau, et même plus 
bas que la place. Cette opinion est très - probable , 
et l'on sait assez que tous les anciens monuments 
s'enterrent successivement par Texhaussement du sol 
environnant, à moins qu'ils ne soient situés sur une 
montagne escarpée; mais, lorsqu'ils se trouvent en 
plaine ou dans un fond , le temps dépose à leur pied, 
chaque année, uné^couche insensible de terre ou de 
matériaux étrangers, qui , n'étant point enlevés lors- 
qu'on renouvelle le pavement des places ou des rues 
adjacentes , surmontent insensiblement les socles et les 
marches , et l'on finit par descendre dans les édifices 
où Ton montait, plusieurs siec}es auparavant. 

La plupart des anciennes églises offrent cet exemple , 
et Von juge même assez ordinairement de leur anti- 
quité pai* la différence qui existe entre Vancien et le 
nouveau sol. Il n'est donc point étonnant que l'église 



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48 DXftCaiPTlON 

de Notre-Dame ait subi cette loi, commime à toutes 

les constructions ancieiuies. 

' Les sculptures du portail septentrioual , du côté 

cloître, représentent plusieurs traits de Thistoire de 
la Vierge, depuis la naissance de J.-C« jusqu'à Tapo- 
théose de la Sainte (i). 

Les différentes voûtes de Téglisesont contrebutées, 
à Textérieur , par un grand nombi'e d^aroboutants de 
différentes hauteurs, opposant leur resisuiK e à l'el- 
fort de la poussée, moyen constamment employé par 
les Goths, et qui, par le peu d'épaisseur de leurs murs, j 
comparée à Texcessive hauteur où sont portées les 
▼oûtes, donne à leur architecture cette apparence de 
légèreté encore augmentée par la subdivision iniinie 
des piliers en faisceaux de coloniies d'un très-petit 
diamètre, dont Tapparenee est continuée dans les ner- 
vures croisées de ces voûtes à Tintérieur. ' 

Quant à Textérieur, ces piliers sont la plupart ter-i 
minés en obélisques^ et les pignons, en iuiine de fron- ' 
tons très«aigus, sont évidés dans leur milieu par des 
roses à jour très-délicatement travaillées, dont les plus 
grandes ont quarante pieds de diamètre; celle du côté 
de TArchevéché a été reconstruite entièrement sur le 

(l) Voyez ^ pour tous ces détails, tant extérieurs qu*inlé> 
rieurs, la Description historique très-étendue des curiosités de 
l*église de Paris , telles qu'elles existèrent avant la révolutîoB. 

L'auteur de cette description a beaucoup puisé dans ia 
Andquités de la ville de Paris , ^jur Ciaudu Malingre > liistorio- 
Ijràphe du roi. Paiis, 1640. 



même dessin, en 17261 par Claude Pinel, appareils- 
leur y SOUS les ordres de M. Boffrand^ architecte du Roi. 

Trois galeries forment^ à différentes hauteurs, des 
espèces de ceintures d'entrelas qui unissent ensemble 
toutes ces formes pyramidales , et rassurent Foeil sur 
leur «oUdité, en même temps qu'elles présentent une 

agréable distribution de travail et de richesse en op- 
position avec le lisse des murs et des contreforts, La 
première est placëeau-dessus des chapelles ;ladeuxieme 
au-dessus des galeries de la nef et du chœur , et la troi- 
sième autour du chenal du grand comble; elle sert 
de garantie pour faire extérieurement la visite de ce 
monument, et contribue à son entretien, en facihtant la 
eonduite et Fécoulement des eaux pluviales, par une 
multitude de canaux et de gouttières, qui, placés con- 
Tenablement, font arriver ces eaux jusqu^au pied de 
réiiihce; 

La charpente de cette église est en bois de chàtair 
gnier, dont on fiusait beaucoup d'usage autrefois pour 
ces sortes de monuments. Elle a trente pieds d eléva* 
ùon ; la base de son triangle est de trente-sept pieds , 
et sa longueur de trois cent cinquante-six pieds , sur 
une lai^geur de cinquante^trois pieds, prise dans les 
bras de la croisée. 

il y a près d'un siècle que Ton trouva, en fouillant 
un caveau au-dessous du chœur, des pierres antiques 
clmrgëes de sculptures et d inscriptions curieuses, re- 
latives aux dieux du paganisme et à la dédicace d'un 
autel eousacré par les nautœ parisiaci, nautçs pari^ 
siens, à Jupiter, tràrgrand ec très^bon. 

7 



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5o l>£SCEIPTION' 

Le5 dessins qu'en a fait graver MonlÊtucon ^ âam 

son recueil, iic sont point exacts; il faut recourir, 
pour en avoir une juste idée , aux planehes qui accom- 
pagnent la dissertation plac^^e à la tête de l'Histoire de 
Paris, commencée pardom 1 ilibien, etcouliuuée par 
dotn Lobineau , savants bénédictins ; et , si Ton veut 
approlondir cette étude, on peut consulter aussi l'in- 
troduction au Vojage pittoresque de la France^ dont 
j'ai déjà parlé , et où les opinions diverses des savaiib 
qui ont expliqué ces antiquités, au nombre desquels 
est le célèbre Léibnitz , sont judicieusement examinées. 
Il résulte de cet examen approioiidi , que ces nautes 
parisiens, étaient probablementlesc/te/ioumâg'/smm 
du corps des marchands y par eau y de la villa de Pa- 
ris, appelés depuis municipaïuc ou chefs de la bour- 
^vofsiey et juges en matière de commerce: et que ce 
corps de marchands avait déjade la consistance sous les 
règnes des premiers Césars, puisque Tinscription dé 
cet autel gaulois se rapporte à Tempereur Tibère. 

Le chœur de l'église de Notre-Dame était ancienne- 
ment orné (le sculptures en pierre, représentant, à 
rintérieur , Thistoire de la Genèse , exécutée , en 1 3o3 , 
aux frab du chanoine Fa jet ; et , à Fextérieur , rhistoire 
du nouveau l'estanient. Ces anciennes sculptures de 
Fextérieur du chœur se voient encore. On lisait autre- 
fois au bas les noms de Jean Jiavy et Jeun Jioiuhe- 
lier son neveu, maçons de Notre-Dame : ce dernier 
avait achevé ces ouvra<^( s en i35i. 

Louis XIV avait fait décorer Tintérieur du chœur ea 
sculptures, boiseries, marbres, bronzes, peintures, 



02 PARIS. 5l 

avec la magnificeuce qu'on j remarquait avant la ré- 
-volution , et dont il reste encore aujourd'hui quelques 
traces. Les dégradations que cette ^lise a éprouvées 
depuis^ ont été en grande partie réparées : l'autel a 
^të refait en marbre, sur mes dessins; et Tau^uste 
cérémonie du sacre de Tempereur Napoléon , dans 
ce temple, par le pape Pie VII , n'a pas peu contri- 
bué au rétablissement de Fédifice dont la décoration 
intérieure a beaucoup gagné par la suppression du 
jubé, et des chapelles adossées aux deux premiers 
piliers du chœur qui empêchaient de jouir de Ten* 
semble de ce monument. Les tableaux , dont la nef 
était ornée, vont lui être rendus. Mai^ on regrettera 
toujours que ces peintures, ainsi placées, coupent 
désagréablement rarehitecture , et ne soient point 
adaptées aux murs mêmes de Téglise et à ses voûtes, 
comme les belles fresques que Ton admire dans presque 
toutes celles d'Italie, en comparaison desquelles les 
églises de France sont si pauvres et si mesquinement 
décorées. 

Les anciens vitraux , peints avec beaucoup d*art , ont 
été réparés , en i ^52 , par Pierre Leviel , vitrier, auteur 

iVun traité sur ce genre de peinture, dont il a recher- 
ché les divers procédés que Ton croyait perdus. 

11 faut excepter du nombre des tableaux qui vont être 
rendus à Téglise de Notre*Dame,!e martyre de Saint- 
Pierre, par S. fiourdon , et la pn'dietiuu de Saint-Paul 
à Ephese , par Le Sueur. Ces tableaux qui passent pour 
être les chefr*d*œttvre de cses deux maîtres, restent 
au Musée Napoléon, oii iU servent à établir le pa- 



I 



DESCRIPTION 

rallele entre Técole française et les écoles italienne et 

flamande. 

Observation générale. 

Pour ne pas répéter sans cesse une observation qui 
reviendrai t trop iréquemment , ou averti t que plusieurs 
des antiquités et autres monuments historiques, épi- 
taphes, bustes^ médaillons, etc. , cités ou décrits comme 
ayant existé dans les différentes églises de Paris, ont 
été conservés, et se voient aujourd'hui au Musée des 
Moiiuuicnts français. 



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BS PARIS. S3 



ABBAYE ROYALE 

» 

SAINT-.GERMAIN-DES-PRÉS, 

Aujourd'hui Pune des vingt- sept ^SiœcurAtles 

des douze paroisses de Paris* 



« ». ê • - i *■<« 

Cette église, que l'on croit avoir été bâtie sur les 
ruioes d'un temple dlsis (i) , est une des plus anciennes 
de Paris ; et son nom prouve assez que , dans son 
origine, elle était située dans la campagne, et hors 
de -renceince de la ville , ayant elle-même ses fosses et 

son enceinte parliculiere, droit de justice , et plusieurs 
autres prérogatives seigneuriales ^ (jui, peu à peu s'é*. 
teignirent, lorsque Philippe Auguste, par une noit* 
velle enceinte de Paris , eut réuni l'université à la Cité, 
et que le £sutbourg Saint-Germain fit partie de cette 
capitale. 

Le roi Childebert , fils de Clovis , en fut le fondateur , 
comme il l'avait été de Notre-Dame, trente-six ans * 

auparavant, et la dédia, en 558 , à Sainte-Croix et à 

Saint»Vinceqt,4HMi^y <14po«er les rdiqiias de^ saint , 

• • * % 

(i)La ftatnede eette divinité de TEgjpte avait été conservée 
comme objet de curioeité joa^'en i5i4 ; un abbé U fil brtMr , 
fw» ^*on rhoBOTaît conupe «ne stinti». 



54 DBScarFTioiff 

et une portion de la vraie croix qu'il avait apportiîe d'Es- 
pagne. La même année il Ait enterré dans cette église. 
Il iitait représenté en bas-relief sur son tombeau, placé 
au milieu du chœur ^ la couronne sur la téte , vêtu du 
manteau royal , et montrant avec son sceptre le modèle 
de Téglise qu^il tenait sur son bras droit. Auprès de lui 
était une autre tombe, au'^essus de laquelle était peinte 
sur un des piliers la figure en pied de son épouse, 
avec cette inscription : Qr gist fVltrogothe, royne de 
France. On la croit originaire d'Espagne, et Thistoire 
la représente comme une princesse bonne, pieuse et 
charitable. 

« On y voyait aussi le tombeau de Chilpéric , qua- 
« trieme roi des Français , fils de Clotaire et neveu 
« de Childebei t, fondateur de ce même monastère, et 
« pere de Clotaire II , de ce nom ,ensépulturé à Toppo- 
« site de ce lieu , lequel il engendra de Fréde^onde, et 
« régna 22 ans, décédant pai^ honncide Tan 587. >' 

Près du grand autel on voyait une autre tombe, 
sur laquelle était gravée en travail, imitant la mar- 
queterie: 

« Frédegonde, royne de France, femme He Ghil- 
a péric, qui décéda à Paris Tan 601 • » 

De l'autre côté du chœur, vers le midi, était en« 
terré , ainsi que le portait l'inscription : 

« Clotaire II de ce nom , roi de France, fils de Chil- 
« péric et de Frédegonde , ensépulturés à l'opposite 
« d'ici , et pere de Dagobert, fondateur de Tabbaye de 
« Saint-Denis ; lequel Clotaire n'avait que quatre mois 
<* d'âge quand son pere fut tué , et mourut , ayant 
« régné quarante-quatre ans, l'an 63o. » 



OB PARIS. 55 

Un peu plus haut, en approchant des marciics du 
grand autel ^ était la tombe de saiémiiLe:< 

« Bertnide , royne de France , femme de Glotaire II , 
« mère du roi Dagohert, fondateur de labbaye de 
« Saint-Denis. » 

Plusieurs autres princes , rois et reines , eurent leurs 
tombeaux dans cette église ; mais ils fiirent démolis et 
rasés par les Normands, dans le neuvième siècle. Ou 
cite , entre autres , ceux de Chrodcsiute et Chroberge, 
filles du roi Childebert et d'Ultrogothe. 

iViérovée et Clovis , enfants cjiu roi Chilpéric, et de la 
reine Audouëre , que la sanguinaire Frédegonde , leur 
marâtre 9 fit mourir* 

Chlideric II ^ fils de Clovis II , ei sa femme BUthilde 
qui était encéinte, lorsque Bodille, gentilhomme de 
Franconnie , le tua dans la foret de Chelles , dite dc-r 
puis de Bondi , en 679. 

On y voyait aussi les tombeaux d^Eleuthere, pere 
de Saint-Germain, évéque de Pa^^is, et d'£usébie sa 
mere. 

Tous ces tombeaux, ravagés par les Normands, 
aTaient été rétablis d|ins,des temps plus mod^nes, et 
particulièrement en i653, avec les inscriptions que 
Ton vient de rapporter. 

La plus ancienne des tombes que Ton y voyait dans 
sa pusition primiùve, était celle de Motard ^ abbé^ 
mort en ioi4« Elle était placée à Tentrée du chœur, 
du côté du grand autel. 

Cet abbé lit bâtir eatièrenient TégUse qui avait été- 
trois foisbràlée et ruinée par les Normands ; il érigea 



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56 DBBCKIYTlOir 

aussi la tour et j plaça des clochas , le tout des dedierâ 
du Toi Robert* 

On j voyait encore les tombeaux de plusieurs ancien» 
abbés I et de leurs parents , ainsi que ceux de plusieun 
personnages illustres , bienfaiteurs de cette église^ et 
dont il serait trop long tie rapporter les noiiis. [J^o^ez, 
pour tons ces détails , les Antiquités de Pans ^ par Ma* 
lin I L' , déjà citées). Plusieurs sont conservés au Mu- 
sée des Monuments français. Cette église renfermait 
un grand nombre de châsses et de reliques richement 
montées, et coniposatit un trésor précieux. Plusieurs 
de ces reliquaires , statues, et vases d'argent, exécutés 
depuis 1600 jusqu^à 161 1 ^ ont coûté, suivant la iaçon 
et la grandeur des pièces , 3^ Uv. ro s. tournois le marc , 
3o liv. 24 liv» 9 etc. Le réfectoire de cette abbaye et la 
chapelle de la Vierge, qui furent bâtis en isSpet 1245^ 
par le même architecte, Pierre de Montereau, mort 
en ia66 , étaient remarquables par la légèreté de leur 
construction. Ils ont éteveiulus et démolis pendant la 
révolution, et Ton a ouvert de nouvelles rues sur leur 
terrain. On 7 voyait les tombeaux de dom Mabillon 
et de dom Bernard de Montfauçon , célèbre auteur de 
TAntiquitéexpliquée ( Voyez dans son premier volume 
ce qui a rapport à Fabbaye Saint-Germain ) . La biblio- 
thèque, très-céiebre et riclie en manuscrits précieux, 
contenait envimn cent mille volumes imprimés « et 
quinze a vin o^t mille manuscrits orientaux, grecs, la- 
tins et français» £lie a été incendiée peu de temps 
après , et plusieurs de ces manuscrits et de très-ancien- 
nes éditions ont été consumés j les skuties sont réunis 
À la bibliothèque royale* 



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D£ PARIS* t>J 

Il y avait aussi un cabinet d'antiques, qui fut com* 

iiu iK c par dom Moiitfaucon, etun d'histjoirenaiai clli", 
dont plusiems pièces ont été réunies aux collections 
nationales^ 

Cette église est donc fecomniaiidabie par ie$ traces 
d'ime véritable antiquité , que Ton retrouve encore 
dans la eonstruction des anciennes tours , et dans quel- 
ques sculptures des chapiteaux des colonnes, dans l'in- 
térieur de Téglise, tous variés de forme, et dont le tra* 
vail peut donner Tidée de celui des Egyptiens , pour 
quelques parties d'ornement; d'autres tienuent au style 
^ ec des temps bas ; d'autres enfin , et c^est le plus grand 
nombre , sont tout-à-fait du genre gothique. 

Le pavement, et plusieurs sculptures curieuses qui 
distaient dans les chapelles «utour du chœur, ont 
été dégrades avec fureur pendant la révolution-; ce 
ti^est que depuis peu que d'utiles réparations y ont été 
faites , et qu'elles se continuent avec zele par les soins 
du pasteui*, et des administrateui s de la fabrique. 

On Toyait autrefois dans la nef huit grands tableaux 
de l'école française, il n'en reste que deux placés au- 
jourd'hui de chaque côté du chœur ; Tun est de Bertin, 
l'autre de Le Clerc, artistes d'un ordre inférieur : quel- 
ques copies médiocres ornent les cha]>elie6 latérales. 

Les principaux autels viennent detre rétablis, si« 
non avec la richesse qui distinguait ceux qu'on a dé- 
truits (i) , du moins avec décence el dans un goût pur 
et simple. 

(i) Le maître autel était déceré de aîx gitndea colonnei antt'* 
quel de GhipoUn , traniportéei de LepUs Magna, ville de la c^te 

8 



58 OSSCAIFTION . 

Le Pape pie \II a pose, Tannée dernière, lors de 
son TOjage à Paris pour le sacre de l'£inpereur , la 
première pierre de Tautel de la chapelle de la Vierge, 
derrière celui du chœur ; et la chapelle de Sainte-Mar- 
guerite « élégamment ornée par P. BuUet^ vient d'être 
rendue à sa première décoration. 

Le portail du côté du couchant, trop resserré et 
obstrué par les maisons voisines, n*a pas la majesté 
qu'il deviLiU avoir j l'élévation prodigieuse de son clo- 
cher en forme de tour, accotée par de hauts contre- 
forts, lui donnant autant le caractère d'une forteresse 
que celui d'une église. Un autre petit portail , au midi^ 
présentait, avant la révolution, quelques détails de 
sculpture assez curieut. On ne donne point ici la 
gravuie de ces deux iaçades, elle n^oi^irait aucun m* 
térét. 

d'Afriqnê, près d'Alger, du nombre des quarante que M. de 
Seigaelay , miniatre d« la narine, 7 fit enleTer après 1111 trem- 
blement de terre* 

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I>JB PARIS. ' S9 



ÉGLISE PAROISSIALE 



SAIN T-GERMAIN-L'AUXERiiOIS, 



SITVEE DEVANT X£ LOUVES. 



Ofifit encore à GJiildebeit et à Ultrogolhe son 

épouse que Von doit la fondation de l'église collégiale . 
et f«gKX^$râile de Saint^Vincent , qui depuis, à pris le 
noiii dé Sainl-Germain, évêqiie d'Auxerre, si Ton en 
croit inscription qui accompagnait deux statues 
*t(ae l^ân disait étte les leurs, et qu'on yoTaitsurle 
portail ^ d autres attribuent à Chilperic I^*" cette fon- 
dation. Le portail actuel ayant été rebâti en X43S , 
ces statues et rinscripiion ne peuvent cire une preuve 
assez authentique^ iln'a, d'ailleurs, jamais été terminé, 
et il est facile de Toit sur l'élévation que toutes les par- 
ties supérieures et pyramidales y manquent entière- 
ment. On ne sait pas précisément en quel lempi elle 
changea de nom ; mais dès Tan 885 elle s appelait 
SaintpGermain-le-Kond , peut-être à cause de sa forme 
primitive , ou de celle des fossés qui rentouraient : 
la rue qui passe aujourd'hui sur leur emplacement , en 



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6o OBSCBIYTIOir 

a conservé le nom de rue des Fossés-Sam t-Gennaiii. 

Cette église , qui portait le titre de paroisse dès le 
sixième siècle , fut pillée et minée par les Normands ^ 
et rebâtie par le roi iiobert^ au commencement du. 
onzième siècle ; le chœur tut encore rdi>âti dans le qua- 
toi zieme, puis la nef fut achevée en i423, 6uus le 
règne de Charles VU. 

En i56o, un arrêt du parlement permit la clAhire 
du cloitreî et Hcim lii put, eu i58i , sous sa muivo» 
garde et protection , les personnes et les biens deMM« de 
Saiat/4jermaiii , comme premier paioissien tle cette 
église , fondée par les rois ses prédéces^urs. Pierre 
Lescot et lean Goujon décorèrent Tintérieur, suivant 
le goût d'alors, à mi jubé magiiiiique ; on y remar- 
quait suP4out un christ au tombeau, bas-relief d'une 
exécution adiniialile. En iGoy , lut coiistruit sur le 
terrain de ce cloitie , un réservoir pour les eaux de la 
pompe du Pont-Neuf, aujourdliui la Samaritaine ; ét 
une galène couverte , voisine du grand portail , ser- 
yant de chapelle <le la communion» 

La célèbre Gabrielle trEstrées loireait dans la mai- 
son du doyen du chapitre, et y mourut la veille de 
pâques, en 1599. 

De iGoj à 1623 , Téglise a re^u de grands embel- 
lissements dans l'intérieur , en menuiserie, peintures, 
bronzes , marbres précieux et dorures ; un autel ma- 
gnifique orné de six colonnes de porphyre , enceint 
d'une balustrade de marbre blanc et de cuivre , etc. 

Toutes les voûtes ont été peintes d azAir semées da 
fleurs de lis d'or. 



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]>£ PARIS. 6i 

Une nouvelle restauradon de cette église a ëtë faite 

en 174^, un an après la réunion Je ce chapitre à ce- 
lui de Notre-Dame , sur les dessins de M. Baccari , 
architecte ; le jubé fot abattu , ainsi que le lambris 
qui fermait le chœur ; les pilier^ gothiques reçiuent 
une forme moderne. MM. Gois et Mouchi , sculp- 
teurs du roi , ajoutèrent une statue rie Saint-Vincent 
et de Saint-Germain à plusieurs sculptures modernes 
dont ce chœur fut décoré ; il ftit enceint d^une grille 
à liauteur d appui en fer poli et bronze doré , de la 
plus belle exécution , par M. Deumier , très- habile 
serrurier. 

De riches tableaux de Jouvenet , Coypel , Lebrun , , 
Bon Boulc^ne, Philippe de Champagne et autres maî- 
tres , ornèrent la nef de Téglise paroissiale du Louyre , 
dont Perrault et Lebrun avaient dessiné le banc de 
ToeuTre. Cette restauration, en changeant le style de 

la décoration du chœur, ne lui ùla iien de sa richesse. 
La plupart des artistes logés au Louvre , et paroissiens 
de cette église , s^empresserent à Fenvi d'y consacrer 
quelques-uns de leurs chei-d'œuvres. MM. Vasse et 
Vien j placèrent de leurs ouvrages à côté de ceux des 
maîtres qui les avaient précédés; enfin, lorsqu^on 
visitait cette paroisse avec attention , on j découvrait 
plusieurs monuments et cénotaphes , dont les noms 
célèbres et Fcvi ( ntion reconimandable attiraient les 
regards , et cominanduieut le respect pour les vertus et 
les talents réunis. 

Tels étaient, celui de Tépouse d'Israël Silvestre, fa- 
meux dessinateur et graveur d'architecture, mademoi^ 



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€a OSSCAlPTXOIf 

selle Selincart , donts la tête , peinte sur marbre par 

Jiebriui , était remplie d expression ; 

Lè cénotaphe antique de porphyre de Philippe de 
Tliuljien s, conile de Caylus , célèbre par son amour 
pour les aru et pour l'antiquité , dont il a défriché, 
Tnn des premiers y les champs ténébreux; dessina tear 
et graveur de plusieurs planches , dans ses propres 
ouvrages, mort en 1763 , à Tège de soixante4reize ans* 

Avant eux , y avaient été inhumés et illustrés par des 
monuments et des inscriptions, le cliancelier Pompoue 
de Bellievre, surnommé le Nestor de son siècle , mort 
en 1607 i ^^'^ petit-his j 

Goncino Goncini , autrement nommé le maréchal 
d^Ancre , célèbre par ses excès et par la mémorable 
vengeance d'un peuple furieux ; la famille de Phéli- 
peaux depuis 1621 , celle d'Aligre depuis i63S. 

Sur chacun des piliers ou des murs de cette église, 
^ntia , on pouvait lire des noms célèbres dans les letr 
très, les sciences ou les arts (i). Ainsi , le poète Mat- 
herbe, André Dacier et Anne Lefevre son épouse; 
Stella , peintre ; Sarrazin , sculpteur; Levau,architecte; 
Warin , peintre sculpteur et fondeur ; Claude Balin , 
orfèvre; Israël Silvestre; Mellan , graveur ; Desjardms, 
sculpteur; d'Orbay , architecte, qui bâtit le dôme des 
(^uaue-rsaLions j Guillaume Sanson, géographe; Noël 

(i) J*ai recueilli la plupart de ces citations dins Piganîol de la 
Force , et dans la Description de Paris , ou le Goide des étran- 
gers , ]>ar M. Thierry , qui les a rassemblées Ini-méme avec bean* 

coîjp ïli* soin , pour composer son ouvrage, d autant plus cu- 
rieux maintenant, i]uc ces monuments sont déplacés» ou anéautis. 



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p£ PARIS. 6} 

Coypel , peintre; Houasse , peintre y directeur de Taca- 
démiti de Rome ; Berain, dessinateur; Santerre, peintre 
de l'académie j Cojsevox, statuaire; Antoine Cojpely 
peintre, etc., etc., y étaient inscrits. 

Si tous ces monuments sont détruits ou dispersés , 
quelle main généreuse, amie des grands talents, des 
vertos et des arts , fera de nouveau graver suih le marbre 
tant de noms illustres, et transmettra ces monuments 
des derniers siècles à la postérité , sous ces mêmes 
voûtes , où peut-être viennent planer encore les mânes 
de tous ces hommes célèbres, pour chercher un asile 
et des autels expiatoires ! 

G voiis , esprits fanatiques et égarés , qui avez osé 
troubler le silence et violer la paix des tombeaux , ne 
vous opposez point à cet acte de justice que réclament 
aujourd'hui la religion et la philosophie, Tordre social, 
les bonnes mœurs , le progrès des arts et des sciences ! 
Er vous, magistrats du peuple, qui voulez honorer 
ceux de vos contemporains qui hrent le bien et la 
gloire de leur pay s , remettez en honneur tous ces noms 
effac^és , rassemblez les débris épars de ces niouuments 
funèbres , et consacrez*les religieusement aux siècles à 
venir. 

On a long-temps projeté de bâtir un nouveau por- 
tail à cette église dont la façade eût fait le tond de la 

place du Palais du Louvre. Mais d paraît que la pl5ce 

ainsi limitée , n'oifrant pas une étendue proportionnée 
& celle de la colonnade, sera agrandie en profondeur , 

et que Féglbe sera démoUe. 



1 



Si DBSCRIPTION 

La rae projetée par Perrault sur Taxe du Louvre , et 

se prolon<»eant jusqu^à la porte Saint-Antoine , doit 
aussi être ouverte , pour donner de ce cùté des abords 
conyenables au plus beau Palais de TEurope» 



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D£ PARIS. 65 

ANCIENNE ÉGLISE 

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SAINTE- GENEVIEVE, 

$AINT-ÉTI£NNË-DU-MONT. 

« 

Sainte-Gknetieve mourut à Paris le 3 janvier 3 12, 
la première année du règne de Childebert, et lut en- 
terrée par Tordre de^ ce roi' dans la.chapelle basse de 
l'église Saint-PieiTe etSaint^^aul, qui*, depuis, a pris 
le nom de cette sainlè,»e!t que Gioyis avait fondée et 
enclose de murs, à la sollicitation dè la reine Clotilde 
etde%inte7G<^a^eyeeUe*méme, Sain^Rem7,éTé(^e, 
Tavait consaciife solfl»'Ie sèm'dejSaint-Pierre et Sâint- 
Paul^ et le roi Clg^vis y fut inhumé : on lisait sur le 
tondueaii, où sa figure en jued était sculptée : Qwis^ 
fi^ rtdjJtfétien, ^ femme et sà fille y forent aussi en- 
terrées', ainsi ({ u e i Uéobald et Gontran , enfants de Clo- 
doqdr 9 roi d'Orléans, tués par leurs onch«rChildebert 
et Clotaire. .* * * . . 

En ia4ai9 lachâsse ijui contenait ses ossem^ts fut 
refiûte'à neuf avec beaucbup de magnificence , et placée 
au-dessous du maître autel. £ile revint à 771 livres 
parisis, non compris 4o livres qui furent payées de^ 

9 



60 l>B8€ltI»TldR 

puis pour le tabernacle et les chiens de cuivre qui 
soutenaient cette châsse. Il est dit qu^on y -employa 
neuf vingt treize marcs et demi d'argent (jui coûtèrent 
livres, à raison de 45 sous parisis pour marc; et 8 
marcs d*OT qui coûtèrent i36 livres parisis^ à raison de 
16 livres pour marc. La iaçon et les pierres précieuses 
furent payées à part 200 livres pariais. Cette châsse 
fiit depuis rc laite avec plus de magnificence en vermeil 
par le cardinal de k Hochefoucault, grand aumônier, 
aidë des libéralités de Marie de Médicis. Le grand au- 
tel et le tombeau de Clovis lurent également recons- 
truits et U'ès-richement décorés par ses soins. 

Clovis avait un palais qu'il habitait auprès de cette 
^lise^ et que Ton croit avoir été situé sur le terraiti maiii' 
tenant occupé par Pabbaye. Le pape Eugène IH, ré* 
fugié en France, y logea en 11 46, sous le règne de 
Louis VII, dit le jeune : on croit que le roi Robert 
avait fait bâtir le cloître , parce qu'on y voyait sa statue 
et celle de Clovis qu'il avait fait ériger. Il fut depuis 
rd>âti par le même cardinal. 

On conserva toujours par respect religieux TaUcien 
caveau, où les fidèles s'étaient rassemblés secrètement 
dans les temps de persécution , et oii la sainte fut en- 
terrée: Ton ne sait à quelle antiquité remonte la pre- 
mière construction de ce caveau qui a été entière^ 
ment rebâti et décoré par le cardinal de la Roche- 
foucault. On a aussi pratiqué de beaux escaliers pour 
y descendiez ils sont symétriquement placés aux deux 
côtés de la porte du chœur , et près d'un jubé découpé 
en pierre aveô beaucoup de délicatesse. U y en avait 



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de semblables aux églises de Saint-Denis de la Char- 
tre, de Notre-Dam€*des-Ghamps, de Saint-Gload et 
de Saint-Marcel, etc. L'abbaye de Sainte-Geneviève 
a été plusieurs fois pillée et brûlée par les Normands ^ 
dont les diverses incursions se firent principalement 
en 846 j 884 et 892, pendant les règnes de Charles-le- 
Chauye, Louis-le-B^ue, Louis et Car loman, Charles- 
le-Simple et Louis-le-l ainéaiitj Ton ignore en quelle 
année et mén^ sous quel legae Tancienne église ac- 
tuelle fut achevée ; on sait seulement que c'est dans le 
IX.* siècle, maïs îl paraît qu'elle fut rebâtie ou réparée 
à neuf dans le XUF ou XIV*^ siècle. £lle fut magni-* 
fiquemeiU décorée de marbres précieux et Je tableaux 
par le même eardinal déjà cité. Ce fut en 1229 que Ton 
porta , pour la pi^miere fois , la châsse en procession , 
pour faire cesser la peste ou fièvre des ardents. Dans 
la chapelle derrière le grand autel, et qui forme le 
rond point de l'église, on voyait cinq autres châsses 
qu'avait fait faire Philippe-le^Bel, abbé^ savoir, celle 
de Sunte-Clotilde, femme de Clovis; elle était en 
vermeil; les autres, en bois doré, renfermaient les 
corps ou les reliques de Saint-Ceran, évéque de Paris; 
de Sainte- Aide, compagne de Saînte-Genevieve, et de 
divers autres saints. En j 483 , le tonnerre tomba sur le 
clocher de l'église c^e Sainte-Geneviève, brûla toute la 
cliarpente, qui, dit-on, avait duré neuf cents ans, et 
fondit tout le plomb , et même les cloches. 

UëgKse de Saint*Etienne-du«*Mônt , c{ut lui est con* 
tigue, bit également bàtie peu après le règne de Clo- 
vis, et subsista jnscpi'au temps de François qui Ja 



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68 ' DEscaiPxioN 

fit.reb&tir arec magnificence; mais sùn portail iie fiii 

érigé qu'en 1610. La reine M^irguerite de Valois ^ 
première femme de Henri IV, en posa la première 
pierre (i). 

L^architccture de Saint*£tienne-du-Mont a joui 
d^une très-fgrande réputation ; la coupe extrawdinaife 
et très-adroite de son jubé en pierre, et des deux es- 
caliers qui y conduisent , y a toujours attiré la foule 
des curieux ; il ést orné de figures sculgtées par Biaid 
pere. On admire aussi la scalp lure de la frise du por- 
ail, qui y bien qu'un peu .c<mfuse , tient cependant du 
style antique et des riches ornements de Faî&GieBB^ 
Rome. 

L'intérieur n'était pas moins recommandable autre» 
fois par les belles et nombreuses sculptures de Gier* 

main Pilon , par un beau tableau de Le Sueur ^ dont 
les cendres reposent sous ces voûtes élégamment ornées 
de tout ce que Tart de la coupe des pierres peut offrir 
de délicat et de recherché. On peut y admiicer encore 
line chaire à pi^her, scu^tée en bois , dVm dessin 
mâle et fier , et d'une belle exécution , par Claude TEs- 
tqcard^ sur les dessins de Laurent de la Hire» habile 
peintre. 

' Cette église avait FaTantage de conserver les res- 
tes mortels de plusieurs génies du premier ordre : 

(i) Cette paroisse, dépendante de Téyéqiie de Paris, par 
décision dn pape Honoré III ^devait néanmoins ^aur fearerenns^ 
pourvoir à TentreUen de vbgt personnes de Fabbaye de Sainte* 
Geneviève. 



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Biaise Paâpal , Jean Racine et Eustache Le Sueur. 
On peut inscrire honorablement après ces grands 
noms , Tournefort , célèbre botaniste , et Pierre 
Perrault , fière de Tarchitecte , homme de lettres ^ 
auteur de mémoires curieux et fc^ estimés sur les 
beaux*arts. 

Qud monument peut être plus riche en illustres 

souvenirs , sur-tout si Pon y joint le tombeau de Des- 
eartes , dont répitaphe se voyait sur un des* piliers de 
la nef, à droite en entrant, dans Tandenne église de 
Sainte-Geneviève , si voisine de celle*ci , qu^on pou* 
Taîi les regarder autrefois comme ne faisant qu'un seul 
et même temple, d'autant qu'il y avait , à Vintérieur^ 
et par 1 église basse , un passage de communication ! 
Nous ajouterons à ce que noua avons déjà dit sur l'an- 
cienne châsse, que l'on en attribuait l'exécution très- 
soignée dans un genre gothique à Saint-Clair , orfevre; 
qu'elle fut ensuite enridiie de présents en pierreries 
par plusieurs rois et reines de France j et qu'Anne 
d'Autriche , mere de Louis XIV , y consacra un bon* 
quet de diamants. Cette châsse , qui fut brisée et fon- 
due pendant la révolution , était supportée par quatre 
figures de vierge d'une grande proportion sur quatre 
colonnes de marbre, dont deux de brèche d'Âlep« 

On remarquait^iiussi un très-riche tabernacle au* 
dessus du maître autel , enrichi de pierres précieuses , 
telles que jaspes , ^gathes , lapb et grenats, pour la 
taille desquelles il existait autrefois aux Gobelins une 
manufacture étabhe par nos reines de la maison de 
Médicis , à l'instar de celles de Venise et de Flo- 



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0E5CEIPT1ON 

rence , mais qui fut négligée , et tomba sous la mina» 
rite de Louis XIY. 

Gê tabernacle , ainsi que plnsieurs embellissenients ' 
dont nous avons déjà parlé , avait été érigé aux frai^ j 
du cardinal de la Rocbefoucault , abbé commanda- 
taire de cette abbaye , dont on Toyait le tombeav 
sculpté par Philippe Buyster, habile sculpteur , dans ; 
une chapelle près de la sacristie. Ce prélat était repré- 
senté à genoux sur un sarcophage de marbre noir. On 
remarque aussi dans la maison abbatiale , dont oa 
vient de faire un lycée pour l'instruction de la jeu- 
nesse , le grand cscaher , dit de la Vierge , d'une dis- 
position singulière et assez pittoresque y mais qui pro> 
duirait beaucoup plus d*^ct s^il était exécuté sur une 
' plus grande échelle. La bibliothèque pubhque ^ que 
Ton peut visiter tous les jours, est imposante par sa 
forme et son étendue ; elle contient environ quatre- 
vingt mille volumes et deux mille manuscrits ; elle i 
est aussi décorée des bustes en marbre , ou des mo- 
dèles en plâtre des auteurs célèbres, par Cujzevox et I 
Girardon, décoration qui manque à la bibliothèque i 
impériale, mais qui sans doute y sera ajoutée loi^s de* 
sa translation au Louvre. I 



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é 

LA SAli:^ TE-CHAPELLE. 



* 

0 11 attribue la fondation de la Sainte-Chapelle du 
Palais, au iroi Robert, : Sis de -liH^es.Ckpet : elle ne 
fut d'abord qu'an simple, oratoire pour les chevaliers 
de l'ordre de Notre-Dèaie de TËtoile : Louis VI 4 dit 
le Gros, ajouta à tetfa fondation; PnîUppë- Auguste , 
à ce qu'il paraît, commença sa rec4»n^trL^ction ; mais 
ce fîit Sain^-Louis qu^la rebâtit en éÉifier dans sa forme 
iictuelle, en is^S. Elle fut achevée en 1248, pour y 
déposer les reliques qu'il apporta de la Palestine , et 
celles qu'ilraèh^a à Venise; £lle fut érigéesuir les des- 
sins de Pierre de iVIontreuil , célèbre architecte , qui ^ 
bâtit aussi celledu château de Vineemies* Philippe III, 
fils de Saint*L(liiis , y époUsa* Màrîe de Brabant , en 
iaj4 ) Philippe* le^Bel y ht déposer le <^ef de Saint- 
Louis en ï3c^6. » - * 

Cette chapelle est à dmx ëtàges (i) ; lebas servait dé 
paroisse pour les habitants de la Lour du Palais* Ella 
est tnvaillée 'avec toute la délicatesse d'une châsse , 
eu orfèvrerie ; ce qui fait penser que Raoul , Torfevre, 
ennobli par Phiiipjpe-le-tiMr^ , pourrait; avoir dirigé 
Texécutiop des oÂ^meiits, où peut-être exécuta-t-il 

(1) Yo}«ftlc«pl9a»-«.jp|aaçba4»-pag<î * 



DBSCAlVtlOll 

seulement le modèle de l'édifice en vermeil , enrichi 
de pierreries , qui servait de tabernacle sur le maître 
âutel. Le trésor de cette église renfermait , entre an- 
tres cui'iositës , le célèbre camée de rapotiiéose d Au- 
guste, le plus grand que Ton connaisse. Il est d'uae 
sardonix de trois couleurs , et le travail répond à la 
beauté de la matière ; il avait éprouvé une iracture 
lors de l'incendie de la Sainte-Chapelle > en i63o. 

C'est le même qui , depuis, déposé au cabinet des an- 
tiques de la bibliothèque royale , y avait été volé , et 
vient d'être retrouvé. 

Un buste de l'empereur Titus , en agathe, formait 
la pomme du bâton du chantre; on y avait ajouté 
deux bras en vermeil , dont Pun tenait une croix ^ et 
l'autre la couronne d'épine , pour rappeler Tiiuage de 
Saint-Louis, principal fondateur de cet élégant édi^ 
lice , le plus précieusement exécuté de tous ceux de 
ce genre à Paris. Les peintures des vitraux qui sont 
très-élevés , sont aussi très-belles. 

On admirait dans l'église iiaute une figure repré- 
sentant Notre-bame-de-Pitié , chef-d'oeuvre de Ger- 
main Pilon ; et c'est dans un des caveaux de l'église 
basse , que fut enterré le célèbre Boileau Despréaux. 

Cet édifice est aujourd'hui destiné à l'usage d'ai^ 
chives^où les papiers sont conservés avec beaucoup 
d^ordre ; ils occupent une très-grande partie de la hau- 
teur , dans un corps d'armoires formant une galerie 
de colonnes agréablement distribuée. La flèche qui a 
été démolie peu de temps avant la révolution, était ud 
chef-d'cenvre de hardiesse et de légèreté. 



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£GLIS£ PAROISSIALE 

SAINT-GERVAIS et SAINT-PROTAIS* 



0 BTTB église y très-ancientie, çt ^nt Tëpoque de la 
fondation est inconnue , existait déjà dans leVPsieele, 
dans le bourg dit de la G reve ( i) . L^çr^ne qu'il était d'un 
nsage as^ général de planter sur la place de Téglise, 
et sous lequel se faisaient les publications, les juge- 
ments et autres aifaires ciyiLo^.^ a jsoibsi&té .long-temps 
devant le ^portail , et, s'y voyait encore il y a Tingt an- 
nées , comme im objet ancieni^en}ent çonsacré , et res- 
pectable *pkr son aditiquité,, [ r 

L^égUse a été rebâtie efi 1212 ; et de'noweau res- . 
taurée et .agrandie en i58i ; se$ voûtes sont hardies 
et f une grande élévati6n ; les nervures en sont dou* 

bles et croisées avec ^ art, plusieurs soutiennent des 
clefs pendantes , enrichies d^ornemcnts divers ^ mais 
celle de la' chapelle* de la Vierge , placée au sommefdu 
rond point de l'égJise , est sur- tout remarquable par 
son très^grapd vidume et la délicatesse de son évide- 
ment ; ce qm lui donne 'ra|)pàrence d'un petit temple 
suspendu au sommet de la voûte, avec beaucoup dWt 
dans Tappareil des pierres. 

(i) Voycx le plan , planche 6 > pa([^ 6$. 

10 



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;4 D£SC1llPTl01f , I 

Cependant , le merveilleux de ces sortes d'ouvrages ; 
qui n'étonnent que les gens peu aufait Fart du traûj \ 
oudelaconstruciiondes voûtes, cônsiste à donnerone ' 
très-grande saillie aux pierres qui composent le lan- 
ternon , ou la clef de la voûte, et à évid^r ensuite ces 
pierres pendantes à différents degrés , au moyen de la 
sculpture , et par des ornements de figures , ou des 
membres d^architecture de tout genre , dont les sou- 
tiens , . déguisés avee art, fonl pai\iitre roiivia^e éton- 
nant, et d'une exécution plus difficile qu'elle ne Test 
ten effet. On appelle aussi culs de lampé ces points 
de réunions des tUiféieuies nervures dans les voûtes 
gothiques , et souvent on leur faisait soutenir la re- 
tombée d^un ou de plusieurs arcs ogives qui parais- 
saient ainsi portés miraculeusement et sans aucun 
point d'appui. - 

Une précaution indispensable pour ce genre de 
construction , c'est de choisii: la pierre avec grand 
soin , et de garantir le dessus de la voûte de toute fil- 
tratioii qui pourrait la dégrader, et causer des acci- 
dents par la chute subite de ces corps suspendus ; ce 
qui est quelquefois arrivé dans des commotions dV 
rage , ou par une détonation quelconque , et en a fait 
abandonner Tusage. , 

Le portail , iluui la première pierre a été posée en 
1616 par Louis XIII, achevé en cinq années, a été 
érigé sur les dessins de J. Debrosses , architecte du 
palais du Luxembourg et du nouvel aqueduc d Ai" 
cueU ; il a fait dans ce portail un heureux emploi des 
ordres de 1 architecture romaine, ds:>embiés dans de 

■ 



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bonnes proportions , et q^ui présentent un caractère 
maàe et soutenu. 

. Ce portail a joui d^une très-grande oëlébritë , parce- 
que sa grande èciieiie ^ l» forte saillie de ses membres 
opposés à la maigreur du gothique ^ ou à la délica« 
tesse de petits ordres employés dans ces temps voi» 
^ins de la renaissance de Tart, ont produit une forte 
impression. Son ensemble présente , en effet, de Tu* 
nité, de l'harmonie ; et son aspect pyramidal qui plaît 
àrœil, fait parcourir, avec intérêt, des détails ha- 
bilement enchaînés dans une masse fiereet imposante. 
Depuis long-temps ou désire qu'une place spacieuse 
permette de jouir commodément dë sa vue ; et Ton a 
lieu d'espérer que Tache vement projeté de THotel-do- 
Ville , qui en est voisin , lui procurera cet avantage. 

On admirait dans cette ancienne église plusieurs 
chei-d'œuvres du pinceau de Le Sueur, qui décorent 
maintenant le Musée Napoléon ; il y en avait aussi 
de fort beaux de Sébastien Bourdon et de Philippe de 
Champagne. Ces grands tableaux ont été exécutés en 
tapisseries. La peinture des vitraux , aujourd'hui 
très*mutiiés , est de Jean Cousin , qui les a peints en 
1587 ; ceux du chœur les plus remarquables repré* 
sentent le martyre de Saint-Laurent , la Samaritaine 
conversant avec le Christ , et le paralytique. Un de ces 
vitraux a été détruit ; les autres sont de Pinaigrier , 
qui en a peint plusieurs dans les églises de Paris 
et d'autres villes ; quelques-uns sont datés de iS^y et 
i53o. Ces peintures sont aujourd^ui doutant plus 
précieuses à conserver , que chaquie jour elles se bri- 



y6 ]»8SGAI»^I0« 

3ent, et ne 5ont remplacées qu'en vitres blanches; 
ce qui change totalement VéSet de lumière , que 
leurs teintes coloriées rendaient mystérieux et doux. 
II y avait aussi des panneaux peints eu grisaille , par 
Perrin y sur les dessins de Le Sueur ; un Eoce ffomo^ 
statue en pierre de Germain Pilon ; le tombeau en 
marbre du chancelier Letellier^ et celui de M. Feu^ 
.curé de cette paroisse, exécuté en stuc. 

Avec quel regret ne voit-on pas aujourd'hui la plu* 
part de ces anciens monuments, recommandablea 
par le sujet et par une belle exécution , remplacés 
par de mauvaises peintures.) ou par des. décorations 
mesquines, à peine tolérahles dana des ^lises d^» 
village i 




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I 




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Coo^ le 



' »B PARIS. 77 

« • 

ÉGLISE PAROISSIALE 

SAINT-EUSTACHE. 

■ : i 

t 

BGLisB de Saint -Ëustache n'était anciennement 
qu'une chapelle' dépendante de la grande église de 
SaintrGei inain-rAuxerrois, et dédiée à Sainte-Agnès. 
Cependam^eli^ portait déjà le nom de Saint^uatache 
lorsque Philippe Auguste fit enceindre la ville de murs , 
et la porte voisine prit sou nom vers Tan i223. 

Ce fut le 19 août iSSa que, le Prévit de Paris, Jean 
de Labarre, posa la première pierre de la nouvcllo 
^lise de Saint^Ëustache ^ on se promettait alors que le 
monument achevé serait un chtf-d'œiivre de goût et 
de ricliesse, précisément parce que le genre de soq 
architecture s'éloignait du. gothique, alora en usage, 
pouf Wrapproéher des formes antiques. Elle ne fiit 
achevée qu'en 1642 , par la protection tlu Chanceli^)^ 
Ségttîer, et de G. de Bullion, snrintendant des finan» 
ces. On trouvait alors qu'elle réunissait dans son eu- 
Aemble, grandeur du vaisseau, heUe disposition ,^ ri* 
chesse delwilteres , cbeft-d'œuvre de peinture^ sculp- 
ture d'orni^jnents délicats ; et voici Tidée qu'on avaij; 
au oommenôement du XYU® siècle, du portail qui 
existait alors : 



^8 DB&CE-iPTiair 

« Le grand poi tail environné d'un grand circuit for-* 
« mé de balustres , est des plus beaux de Paris pour sa 
« largeur et Texcellenoe de ses ouvrages taillés fort mi- 
« gnonement et délicatement sur la pierre. » (i) 

La hauteur prodigieuse des Toûtes ofire un aspect 
surprenant. 

L'œuvre, du dessin de Gartaud, et la chaireà pre- 
mier, exécutée sur les dessins de Le Brun, par le Paotre, 

avaient de la réputation connue ouvrages d'art , en mé- 
«uiserie et en sculpture. Près delà chapelle de la Vierge, 
un monument plus recommandable attirait les regards: 
on y admirait le mausolée du grand Golbert, exécuté 
aussi sur les dessins de Le Brun , par Baptiste Tubi et 
An t. Coizevox qui s'étaient efforcés d'en faire leur 
chef-d'œuvre ; il était orné de plusieurs figures all^o* 
riques : les arts que Colbert avait tant aimés et protégé; 
pendant sa vie lui devaient un monument, et il l'obtint 
de.l^r reconnaissance. 

Le mausolée , de La Chambre , médecin du roi ♦ 
mort en 1669, se voyait vis-à-vis; il était, de la main 
de Tubi, et, dbait-on, exécuté sur les dessins du ca- 
valier Bernin^ Le garde des sceaux , Armenu/wilk 
et son fils, y avaient aussi leur sépulture^ enfin on y 
lisàit ayecvénérâtion les noms du duc de la Feuilladej 
de l'amiral Tourvilîe^ du bel esprit T^oicurey de F'au- 
gelas le grammairien , traducteur de Quintecurce ; de la 

IMoUiti le Vayer ^ précepteur du fi^ei'e de Louis XIV; 
•de JSourzeys , savant distingué ^ de turetiere , de £en' 

(1) Antiquités du Paris déjà citées. 




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l>£ PAEIS. 

serade ^ de Homberg^ chimiste , et de Gharlef hafùssê^ 
peintre, qui a enrichi de ses ouvrages le dome des in- 
valides. Mais de toutes ces ëpitaphes, celle qui attire le 
plus Fattention , est celle qui fut composée pour M. de 
CJieven^ et qui se lit adossée ou nouveau purtaii; 
elle se termine ainsi : Le seul titra de Mm'échaf. de 
France a manqué , non pas à sa gloire , mais à Feay 
emple de cmix qui le prendront pour modèle. 

Le nouveau portail ^ dont les premiers fonds ont été 
laits par Colbert, a été érige sur les dessins àe Mari' 
sard de Joui^ et continué après lui- par Moreau^ ar- 
chitecte du Roi et de la ville de Paris. La première 
pierre en iut posée en 1754, par le duc d'Otléans, et, 
ainsi que le portail de Saint^ulpice, et plusieurs au« 
très , il est resté imparfait ; il est maintenant obstrué 
par un lourd corps-de-garde qui occupe le péristyle du 
bas, et bouche la principale porte d^entrëe. Cette cbm» 
position qu^on peut regarder comme une imitation 
malheureuse du portail de Servandoni , à Saint-Sul- 
pice , n^a pour tout mérite que d'être exécuté sur une 
assez grande ëciielie \ la largeur beaucoup trop consi- 
dérable de ses entrecolonnements , sur*tout au second 
o rdre, entraînera sa destruction, et déjà le poids énorme 
de la platte-bande qui supporte le fronton , Ta fait se ^ 
rompre , et semble écraser les maigres colonnes qui 
la soutiennent. Le genre de cette architecture massive, 
et qui n^est ni antique ni moderne, |i'a aucune espèce 
de rapport avec le reste de Tédifice; on en peut dire 
autant du bâtiment de la sacristie, pratiqué au rond 
point de Téglise, sur le carrefour dit la pointe Saint- 




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8o DESCkiPTIdN 

I 

Eustache^ bâtiment parasite, si Ton peut s^ezpriinef 
ainsi , qui renouvelle le funeste exemple d'adosser des 
maisons particulières aux temples dont le caractère 
principal est d'être isolés de toute habitation pnrfane. 
On ne saurait trop itjjéier aux Adtninistrateurs des 
fabriques que ieui* devoir est de procurer cet isole- 
ment complet aux églises dont les intérêts leur sont 
couiiés, et que, si quelques-uns de ces bâtiments sont 
utiles sous quelques rapports, sous mille autreas, iJs^ 
dégradent et déshonorent le monument en altérant 
sa forme générale, et éloignant toute idée de cuite et 
de respect. 




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-QB »Aais* 8i 



EGLISE DE L'ASSOMPTION. 



L B S Dames religieuses de l'Assomption avaient dans 

1 origine leiu' conmiunauté sise rue.de la Moi teilerie, 
et connue sous le nom de maison hospitalière des Au'^ 
drieites^ ainsi nommée d'Etienne Audry^ tcujer de 
Saint^Louis , qui l'avait fondée pour de pauvres fiUes 
ou veuves. ' 

Ce ne fut qu en i 622 t^u elles furent transférées de ce 
local petit, nial-sain , et exposé aux i^pndaj^ons , dans 
un ancien hôtel du cardinal de la fiochefoucault , si- 
tué rue Saint-Honoré , près du faubouig ^ et que peu 
après , ayant encore augmenté leur maison , elles firent 
bâtîrl'église qui porte aujourd'Imi le nom de FAssomp- 
tion , sur les dessins d'Errard, peintre du Ilpi^ et qui 
lut le premier directeur de l'Académie de I^rance à 
Rome. . , 

Les travaux furent commencés eiî 1670, jet achevés 
six ans après (1); 

Ce monument a la forme d'une tour élevée , sur- 
montée d'une ciatlotte isphérique de 6a pieds de dia* 
mètre ; elle est ornée de caiàbuiis dorés et de peintures , ^ 
par Charles de la Fosse. • ^ ^ 

Voyez le plan , planche 3i. 



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On petit jiL^tement reprocher à ce petit étliflce J être 
beaucoup trop ëleré pour sou diamètre , ce qui donne 
à son intérieur Tapparence d*un puits profond plutôt 
que la giace d'une coupole bien proportionnée. Cette 
élévation intérieure^ qui, sans doute , n'eût pas été trop 
forte si la coupole été soutenue sur des arcades et 
pendentifs au milieu d'une nef, d'un chœur, et des bras 
d*une croix grecque ou latine , devient excessive lor>- 
qu elle se trouve bornée de toutes parts par un mur cir- 
culaire î et le spectateur ne pouvant avoir une reculée 
suffisante , ne parvient à considérer la voûte qu'avec 
une très grande gêne. Cette tour qui monte également 
de fond par dehors sans presque aucun empâtement, 
n'a point d'effet pyramidal, ni l'élégance qu'elle eût 
acquise par des retraites bien ménagées. 

Le seul portail placé dans la cour de ce monastère, 
et décoré de colonnes corinthiennes couronnées dun 
fronton , dans une forme approchant de celle du por« 
tique du Panthéon, est assez agréable, considéré à 
part ; mais il est beaucoup trop petit pour l'ensemble 
général, et se trouve écrasé par la masse du dôme. 

Cette église devenue la paroisse du Palais Impé- 
rial des Tuileries, doit, pour remplir dignement sa 
destination , être agrandie d^une nef spacieuse en forme 
de basilique; et le dome, qui maintenant compose toute 
l'église, serait seulement réservé pour le chœur , an 
centre duquel pourrait s'élever majestueusement un 
autel à la romaine , ainsi que l'a projeté M. Molinos, 
architecte de la ville et du département. 



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EGLISE DES JESUITES. 



Oette église ) dcdiée à Saint^Louis, et Tancienne 
maison protlesse des Jésuites, sont situées rue Sainte 
Antoine, Tis«4^-yis la rue Gultùre-Sainte-Gatherine. On 
sait que cet ordre,. institué par Ignace de Loyola et 
approuvé par le pape Paul III, en 1 54o, fut supprimé 
par Clément XIV, en 1778. 

Les Jésuites avaient encore à Paris le collège de 
Louis^leOrand , nie Saînt>Jacques , et leur noviciat rue 
Pot-de-fer , au faubourg Saint-Germain , dont Téglise 
fut bâtie par le freré Martel An^e , jésuite de la ville de 
Lyon ) en i588. Le cardinal de Bourbon fonda la mai* 
son de la rue Saint- Antoine, sur remplacement do 
lliôtel d'Anville dont il tetir fit présent ; l'église qui 
est riche et belle fut bâtie des libéralités de Louis XIII, 
qui en posa k première pierre en 162 elle fut achevée 
en 1641 (i)/EUeestenfonnedecroixroiiiÀine,aveeun 
dôme sur pendentifs au centre de la croisée. Le portail , 
dont l'élévation esjt de 24 toises et qui est décoré de 
trois ordres d^arcbitecttire run sur Fautre, ^voîr deux 
corinthiens et un composite, est du à la munificence du 
cardinal de Richdieu, en i6i^. Il était chargé de beau* 

(1) Voyez le plan 9 planchai , page S i. 



84 BBSCftlVTIOH 

coup trop d'ornements d'un style pesant, et cette ri- 
chasse , appliquée sans choix ^ n'y produisait que de4a 
confusion ; quoiqu'une partie de cette sculpture ait dîs- 
< paru pendant la révolution , il en reste encore assez 
pour attester le mauvais goÀt de l'ancienne qui, associée 

avec une multiplicité de colonnes engagées et de prollls 
de frontons , de tables saillantes et d'enroulements, dé> 
plaît à l'œil le moins exercé comme à celui du connais* 
seur. Le pere François Derrand en lut rarcliitecie, et 
n'a pas soutenu en cette cficcasios la répuution dont il 
jouissait. La richesse des matières brillait dans l'inté- 
rieur, le marbre, les bronzes, l'argent , la dorure^ 
étaient employés à la décoration du maitre-autel et des 
chapelles latérales; on y voyait plusieurs morceaux de 
sculpture estimables et d'un effet neuf, entre autres 
les anges d'argent avec des draperies en Termeil, qui 
soutenaient le cœur de Louis XIII et celui de Louis 
XiV , déposés dans cette église. Ces anges élevés, et 
dont les supports étaient cachés, semblaient se soute- 
nir par Faction de leurs ailes ^ les premiers étaient de 
Jacques Sarrasin , les autres de Goustou , le jeune. H 
était entré, dit- on, dans la ion te des derniers 4?^ 
marcs d'argent; et tout l'ouvrage, y compris le marbre 

et le Lioiize, avait coûté six cent mille livres ; Louis XV 
l'avait ordonné, il ne fut achevé qu'en lyào* L'éclat 
et la magnificence de cette décoration peu commune, 
causait au spectateur • une agréable surprise. Mais 
bientôt son attention était fixée par un autre monu- 
ment qui , par la sagesse de la composition et la beauté 



OB PARIS. 85 

de rexécuiion réunies , obtenait tous les suffrages; 
je veux parler du superbe mausolée que le président 
Perrault, secrétaire des commandements de Henri, duc 
de Bourbon, prince de Ck>ndét fit ériger dans le bras 
gauehe de la croisée de cette église, à ce premier prince 
du sang dont le cœur était conservé aussi dans ce lieu. 

L'ensemble de oe mausolée, la précieuse exécution 
des nombreuses fîi^ures ( t des bas-reliefs de bronze 
dont il était composé, et dont Sarrasin fit les modèles 
fondus ensuit^ par Pèrlan , en faisaient un chef-d'œuvre 
dart et de goût, que le Bernin regardait coinme 1 un 
des plus exqub de Técole firan^aise* Il avait coûté à 
M. Perrault plus de deux cent mille livres, et coûterait 
présentement plus d'un million. Le cœur du Grand 
Condé, fils du précédent, fîit depuis inhumé dans cette 
même chapelle , ainsi que ceux de plusieurs autres 
princes de cette maison ; et, cpmme si Ton eût voidu 
réunir dans cette église tout ce que la bravoure, Téclat 
de la noblesse et le mérite militaire pouvaient offrir 
de plus recommandable, on voyait dans la. chapelle 
vis^à^vis , plusieurs monuments des princes de la mai- 
son de Bouillon; il semblait ne manquer à cette réunion 
illustre que le coeur du grand Turenne* 

Ces monuments étaient bien loin d'égaler, sous le 
rapport de Fart, la magnifique chapelle des Coudés, 
que nous venons de décrire, et dont on peut voir en- 
core aux Petits- Augustins la plupart des figures et des 
bmreUefs de bronae, soit dans le jardin^ soit dans les 
salltîà j mais on regrettera toujours rensesible harmo- 



86 DESCB.IFTION 

nieux que l'où adinindt dans cette chapelle, et qui 

u existe plus. 

Après la destruction des jésuites, oir transféra dans 
cette même ^lise , pour la desservir, les chanoines ré> 

guliers de Sainte-Geneviève, dits de la Culture-Sainte- 
Catherine , dont Féglise et la maison furent démolies en 
1782 , pour en feire un marché ; et cette translation réu- 
nit encore de nouveaux cheb • d'œuvre en sculptuie 
à ceux déjà cités« Le plus remarquable était lemanso- 
lée du cardinal et chancelier de Birague , dont la statue 
àgenouxetenbronzeest de Germain Pilon, ainsi qu*im 
bas-relief en marbre représentant avec une grande vé- 
rité, une femme couchée, exténuée par la maladie^ Le 
tombeau de Pierre d'Orgemont, chancelier de France, 
était placé dans la chapelle en face. Enfin Germain 
Pilon avait encore enrichi le derrière de Tautel d'ua 
bas*relief en bronze, représentant une descente de 
croix. Et si i on ajoute à ces excellentes productions les 
nombreux tableaux des écoles Française et Italienne, 
qui ornaient tant la maison que Téglise, on aura l'idée 
d^un superbe musée ; c'est ainsi que les artistes et les 
voyageurs considéraient cette riche collection , et 
qu'elle était journellement visitée par deb étrangers ^ 
des gens de goût. 

La chaire à prêcher, exécutée en fer, à jour , avec 
beaucoup de soin, par François le Lorrain, était un 
présent de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII. Le 
pere Cotton , le pere la Chaise, le pere Bourdaloue et 
plusieurs célèbres orateurs et confesseurs des rois. 



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avaient habité cette maison et concouru à son embellis* 
sèment et à la formaiion de plusieurs salles d'une 
grande beauté. La bibliothèque dont le plafond était 
peint par un italien nommé Ghirardini y était remplie 
des livres les plus précieux. Le savant Ménage y réunit 
la sienne en 1692, et M. Huet, évêque d'Avranches, 
avait fisût un pareil don Tannée précédente. Le. cabinet 
des médailles considérablement enrichi par le pere la 
Chaise et le pere Ghamillart, tous deux antiquaires, 
était également précieux et complétait Tensemble et la 
richesse de cette maison dont les châsses et le trésor 
étaient encore un objet d intérêt et de curiosité. LMglise 
remplace à présent celle de Saint- Paul, aujourd'hui 
démolie, et la maison est destinée à un lycée. 

Devant le portail de cette église est une place assez 
spacieuse , mais sans aucune forme régulière ; elle a 
été formée par la munificence de Louis XIII , qui 
donna à cet effet le cimetière des Anglais. Au milieu 
de cette place est la fontaine dite de Birague , parce 
que le cardinal de ce nom , chancelier de France , la 
fit achever et en fit placer les inscriptions latines , 
en 15^7 : cette fontaine fut rebâtie en iG^y^ sous la 
prévôté de Nicolas de Bailleul y lieutenant-civil et pré^ 
T6t des marchands. 

Euiiii elle fut encore réédifîée dans la forme à pans 
moL'on lui voit aujourd'hui, Tan 1717 , et c*est pour 
l^altnenter , et en distribuer Feau dans divers quar- 
tiers, particulièrement dans le faubourg Saint*An- 
toine , €[u^ cette même année lut établie la pompe 



88 DBACEIFTIOH 

du poat Notre-Dame, qui depuis fournit Feau a la 
plus grande partie des fontaines de Paris ; le reste 
▼ient de Taqueduc d'Arcueil^et de la Samaritaine; 

ou j a joint depuis 1 eau des pompes à feu, et bien- 
tôt celle du canal de TOorcq ne laissera plus rien à 

désirer sur cel objet si nécessaire et si long - temps 
négligé. 



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ÉGLISS 0.£ I^À VISITATION 
SAI N T £ MAR I £. 

- * - 

♦ 

CtmB petite rotonde est oélebre pair le tMù de Fran-» 

cois Mansaixl qui la bâtit en i63â pour les filles re» 
ligieuses de b.Visitaiioii^j( ainsi iuimsaéê»farce qu'elles 
consacraient leuir Vie â so^[iler tês^itfNilades et les panrrei^ 
et les allaient .visiter. FMefi hirent iiistitutrs par Saint 
François de Sales ,,évéqàe èt ptinee de G^enére, et ne 
frisaient alcirs qtfe dès toeniit simples ; mais leur con* 
grégation religieuse iut^ confirmée par le pape Paul V| 
soui la fegka^âaint Attguatbk Madauie de Chantai fioec 
à Paris la première supérieure de cette maison , établie 
d'abord iaufeourg Saiat>Mîiclisl, puis fuedé la Gerisaye* 
<ph«rder S«iiie<Vàul', en i6!ib(«nfin, huit atis après , par 
l'acquisition de Thotel de Cossé, auparavant nommé 
l'hôtel de Boissi» rue Saint «Antoinié^ ét contignué 
à la maison de la rue de la Gei isaje , ces religieuses 
occupèrent un vaste local. Le commandeur de Silleri' 
donna nM somnie considérable, et posa h première 
pierre de Téglise, dont François Mansard fut Tar- 
diitecte. Uenselnble de cet édifice esti ^agréable, et 
l'on trouve dans le plan l'idée première du ddme des 

12 



90 DESe&IPTtOX 

invalides, idée que Jules- Hardouin Mansard, ne\€U 
de oduioci, agrandit et perfectioiiiia beaucoup pour 
produire son chef-d^oeuvre plus de 4o ans après. 

L^église de Marie put ajouter à la réputation de 
François Hansard ; il n'avait pas encore produit alors les 
nombreux édifices qui l'ont rendu célèbre : cependant 
il faut convenir que ni le plan ni l'élévation ne donnent 
ridée de cette pureté de goût et de ce soin d/exécutioo 
qu^on lui attribue et dont il a fait preuve dans beau- 
coup d*auirés ouvrages. Celui-ci souvent incorrect et 
où la plupart des détails ne sont pas heureux , aurait 
beaucoup moins de réputation si le nom de Mansard 
ne préparait pas à trouver un chef-d'œuvre de l'art; le 
coiiiiaisseur prévenu n'y cherche plus, dès-lors, que 
des beautés, et le tulgaire l'admire sur parole^sans y 
soupçonner le moindre défaut. 

On voyait autrefois dans cette église des inscriptions 
^n lliottneur d'André Fremiot, archevêque de Bour- 
ges et frère de Madame de Chantai , qui y fut inhumé, 
et deux autres eu l'honneur de François Fouquet et 
de Nicolas Fouquet, son fils, ce célèbre fiivori de 
Louis XIV ^ et à qui , dans ses revers, il ne resta que le 
témoignage de l'amitié sincère et désintéressée que le 
bon Là Fontaine et Pâisson ne craignirent point de 
lui donner, lorsque tout le monde l'abandonnait dans 
sa disgrâce. 

Le cloître, la maison et les jardins de la Visitation 
ont été démolis ou vendus, il ne reste aujourd'hui que 
l'église, consacrée maintenant à rezjercice.4u culte 
protestant. 



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ÉGLISE ET ANCIENNE ABBAYE 

DU VAL-DE-GRAGE. 

» • ♦- 

Xja Reine Anne crAutricbe , femme de Louis XIII et 
nere de Louis XIY, fit tr^férer à Pam, fau)>ourg 
SaintJacqiies, Tabbaye 4u ValncletCra^e , auparavant 
située à trois lieues de cette ville ^ près de Bievre-le- 
Chatel et nommée aloi^ f^ul ftnfandi 

La piétë de cette Aeine et les dégoûts qu'dUe éprou- 
vait à la Cour, lui firent prencirtf la résolution d'embel-» 
lir ce monaêtere|{)iour.is?ea bipoef, un^ s^troitt. £Ue fit 
acheter à cet ^fet èn 1631 vpcito' 36 mille livres, un 
grand emplaceçient et quelques bâtiments, connus 
sous le nom de firfde Y«^9is^ii!lerI^tit*Bei»rb(m,'piurc6 

qu'ils avaient appartenu au connétable de Bourbon; 
la çoi^gr^atioiï des. prêtres de l'Oratoire avait (uissi 
occupé cette in^son oi| la- Kîe^e Jbada Je.e<myent du 
Val -de -Grâce et fit ajouteip aux anciens bâtiments 
une aile dont elle posa k prenuerepieti«;t le juil^ 
let i6a4. 

Après la mort de Louis XLII, ^^^y devenue ré- 
gente et maîtiesie du nqraume, Toubit rebâtir aYee 
magnificence l'église et le monastère, en accomplisse- 
ment du vœu qu'elle avait f^it d'ériger un .temple su- 
perbe , si , après une longue stërUité^ jDîeu accordait 
un fils à ses prières. Et ce fut ce 61s, le jeune roi Louis 
}UV, le i«r avril i64^,posa la prte«iiere pierre de 




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99 DESCKIPXIOU 

l'église, dans le plus grand appareil et atec tomes lei 

cérémonies d'usage. Une médaille d'or du poids d'un 
marc et trois onces, et de trois pouces et demi de dia- 
mètre, fiit frappée à cet effet et encastrée dans la pre- 
mière pierre ; elle représente d'un côté la reine et son 
fils, de l'autre la façade du raoniflnent; et la date du 5 
septembre i638 , jour de la naissance du roi , y est 
inscrite ; il n'avait donc pas encore sept ans lorsque sa 
mère fit commencer eetimportantédifice dont le célebrÉ 

François Mansard fournit les projets et conduisit l'exé- 
cution jusqu'à neuf pieds au*dessus du sol de l'église. On 
assure que depuis il donna dans la châpeUe'du château 
de Fresnes, qu'il fit ériger, le modèle exact de ce qu'il 
se proposait tlVxécater j^ur le dème du Vai-d&Graee» 

C'est en effet un petit dôme sur pendenlifs , mais qui 
n*ofîre rien de particulier que la singularité de Texé- 
cution sur une aussi petite échelle. Il n'a que i8 pieds 
de diamètre; le plan n'est pas heureux. 

Cet artiste ayant perdu la faveur de la reine , fut rem- 
placé dans la conduite de ce bàtimmt par Jacques le 
Mercier, qui ne l'érjgea lui-même que jusqu'à la cor- 
niche du premier ordre, tant dans l'intérieur qu'à l'exté- 
rieur. L'ouTrage fot interrompu et repriren i€S4 par 
Piérre le Muet, architecte de réputation , à qui on asso- 
cia depuis Gabriel le Duc, autre architecte, qui artivait 
^Italie où il avait dit-on beaucoup étudié sur les tem- 
ples. On doit naturellement supposer que chacun de 
ces arehitectes voulut y mettre du sien, et dès*km 

on ne sera pas surpris de trouver dans le style et dans 
les ornements des diverses parties, quelques discordant 
ces y suites inévitables de ce chAngment de dlreotioi»* 



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€3ependa]it I0 momiment eil m général exécuté aveç 

beaucoup de précision et de soin, kl sculpture de 
l'intérieur est très--délicate et trèMchevëe; (elle e$( 
des inres Awgwiftr )• Pa»-toiit on a déployé la plua 
grande magnifipence et rien n'est épargné ; pavement 
êe maibre^ peintures, darures^ richas accessoires de 
tome nature y brillent de Féelat des matières et du $ni 

d^une belle exécution. 

Le baldaquin du mattfMutel déooré de aix: colonnef 
^N!*ses en marbre revêtu de bronze , est du dessin d^ 
Gabriel le Duc, et £ût à rimitation de celui dç Saint 
PiMwe de Rome* ce qui ftiti ensuite répété diuu toutea 
les églises où l'on voulut déployer une grande licbesse 
de déeoraûon. 

Le plafond du dôme est une firesque exécutée en 
treize mois par Pierre Mignard, décoré depuis du titre 
de premier peintre du roi, U contient plus de dm 
eents figura de propordon eoloasale, et représente la 
gloire des saints dans le cieL Molière a célébré par un 
potaeeette peistnee admin&le. Toutes les inscriptiona 
ont été placées sous la direction de Quenel ^ intendant 
pour c^eite partie dans, tous les édifices royaux , pour 1»- 
qufille on a généralement consulté depuk TAcadémie 
des inscriptions et belles- lettres. Cet objet mérite en 
effet une sérieuse attBnÔDn , et le concours des bommes 
les plus érudits et versés dans ce genre de littérature 
que les antiquaires désignent soua le nom de style lapir 

Tout l'édifice ne fut entièrement achevé que dana 
1 espace de vingt années^ après quoi Tégliae fut des^ 
tinée pour y déposer les coeurs des princes et princei^ea 



^4 BBSCaiPTlOK 

de la iamine royde, et particulièreiiieiit ceux de k 

maison d Orléans, i^omme T^lise de Saint -Denis 
rétait pofur recemr kiir corps; oe qui eut lieu depuis 
la mort de Madame , fille ^ëe de la reine et soeiîr de 
liouis XIY, en 1662. On disposa ensuite un caveau 
dans la chapelle du dAme, située à gauche en faoe 
du chœui des religieuses; il lut revêtu en marbre, 
pour recevoir ces dépôts précieux, et la chapelle au- 
dessus, tendue en Telours noir avecides armoiries d'ar- 
gent , avait une e&trade surmontée d^un dais très-riche , 
Où ils lurent long- temps exposés avant d'être inhumés 
dans le eayeau ; le 17 Janvier 1 696 , un ordre du roi les 
y lit descendre, à Texception de celui d'Anne d'Autri- 
che et de celui du duc d'Orléans, qui restèrent dansh 
chapelle. II y en avait en tout trente. 

L'élise du Yal-d$-Grace est une de celles qui OQt le 
moins souflert de la révolution , quoiqu'elle ait changé 
de destination, car le couvent est maintenant un hôpi- 
tal militaire, et réf^ise est devenue provisoiremoit ua 
magasin général d'effets destinés au service des hôpi* 
taux de ce genre. Cependant des précautions ont été 
prises pour la conservation du pavement de marbre, au 
moyen d^uii plancher superposé et de cloisons qui pit^ 
suivent l'architecture ; l'autel principal et son riche 
baldaquin sont également garantis et conservés, et les 
amateurs des arts ne sont point entièrement privés de 
la vue de ce beau monument auquel le gouvernement 

vient de faire faire des réparations assez considérables, 
et qui ne peut manquer d'être un jour rendu à Texercice 
du oulte religieux, ou à quelque pieuse fondation* 



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LA SORBONNE. 



N 01T9 avons vu dans VArégé àe VhUuAre de Paris 

que Hubert Sorbon fonda ses écoles en i25o et que ce 
premier, coUegp éfabli dans le quartier de Tuniver- 

SkUjy retint le nom de son fondateur. Cependant il 
doit au moins partager la gloire de cet établissement 
célèbre avec Robert de Douay, son ami, chanoine do 
Senlis et médecin de Marguerite de Provence, femme 
de St. Louis. Qe lK>n jj^étve légua xSoo francs pour 
cette fondation et c«i confia le sôin i Robert Sprlx>n. 
St. Louis contribua beaucoup à son agrandissement 
et fit pour cet objet des donations et des échanges de 
propriétés avec Sorbon qui parait y avoir aussi appli- 
qué tous ses biens, et ne prit cependant que le titre de 
Proviseur des péuvres étudiants en théologie. Seize 

boursiers pris dans les quatre nations qui composaient 

l'université de Paris, y furent d'abord placés sous un 
supérieur ou principal ; ce que le pape GlémefitrV con«> 
firiua par une bulle en 1 269 ; ils n'y étaient alors que 
pour le temps de leurs étiides ^ mais depuis la recons^ 
traction dé celte ntaison par le cardinal de Richelieu , 
les docteurs en théologie en ont pris la jouissance à vie, 
et les ont ainsi enlevés aux pauvres écoliers qui, ensei- 
gnant à leur tour, avaient pris pour leur titre le pla<i 
fastueux , celui de pauperes magistri, pauvres maîtres. 



go DBSGRIFTIOff 

La chapelle ipie bâtit B.ol>ert Sorbon était fort petite 
et , dit-on , sous Finvocation de Sainte Ursule , parce 
qu'elle fut anciennemeiit dédiée le jour de la iéte de 
cette sainte et depuis, le 21 octobre 139a. 

On a l'obligation importante à deux docteurs de Sor- 
boune,d*avoir introduit Tartde limprimerie en rance^ 
et la ville de Mayenee a tous les honneurs de rinyeiip 
tion. Ou croit quq la bible imprimée pour la première 
feis en caractères mobiles par Jean Faust et Pierre 
Schoeffer , date de i45o. Il en existe une également 
très-rare de 1462. Il y avait dans la bibliothèque de la 
Sorbonne plus de 800 éditions différentes de la bible. 

Jusqu'à la reconstruction faite par le cardinal de Ri- 
chelieu, ie collège et 1 église de Sorbonne ne lurent cé^ 
lebres que parles écoles ; il voulut en faire un monument 
remarquable qui ajoutât à la gloire de son nom , et fît 
choix de Jacques le Mercier, architecte qfù avait déjà 
bâti pour lui le palais royal. La première pierre de la 
maison fut poâée le 4 juin 1629, et celle de Féglise en 
mai i65i>, elle ne lut finie qu'en j[653 (i) • Le portail du 
côté de la place est décoré de deux ordres l'un sur 
raidie et assez semblables pour la masse, à celui du 
Val-de*Grace; tous deux sont dans le système de l'ai^ 
chitecture moderne qu on a nommée française dans 
le recueil assez Yolumiueux des monuments de Paris. 
Ils ont été graves la plupart > il y a 5o ans , sous la di- 
rection de iean-Fjançois iitlundel, profeââeui' de l'aca- 
démie d'architecture, et très-partisan de ce style, 

(OVf^^kpUiftf pbnchfi i^t P«fc^i* 

V 



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X>B PAEIS. gj 

Le portail du t ùté de la cour n*a qu'un seul ordre 
élevé sur des marches et couronné d'un fronton, à Fimi- 
tation des anciens , et , à quelques égards, suivant le sys- 
téme du portique du Panthéon de Rome ; mais l'inégal 
espacement des colonnes et leur accouplement aux 

angles de ce portail, nuit beaucoup à sa beauté j le reste 
de cette façade ouverte par deux étages de croisées, 
manque de caractère, la multiplicité des corps et des 
profils , en détruit 1 effet et lui donne autant Tair d'un 
palais que d^une ^lise. Les campaniUes qui accompa- 
gnent le dôme sur les deux façades, sont trop petites 
et ne contribuent point a i eilet pp amidal conune à 
Saint-Pierre de Rome et à Saint-Paul de Londres. 
Enfin il y a plus de richesse et dlmportance que de vraie 
beauté dans tout cet ensemble. 

m 

CJependant Téclat des marbres qui brillaient dans le 
pavement et dans les deux autels placés en face de chaque 
portail, la magnificence des peintures du dôme exécu- 
tées par Philippe de Champagne, et sur-tout le beau 
mausolée du cardinal de Richelieu, quW peut regar» 
der comme le cheM*œuvre deGirardon, rendaient ce 
monument Tun des plus curieux de la capitale. 

Aujourd'hui quel contraste ! le fer de ia dévastation 
a tout détruit et aucun édifice n'a été plus maltraité. 
Le £sital projet d y établir un amphithéâtre pour les le- 
çons de récole normale, a causé sa ruine ; on a démoli 
la pierre et les mari>res pour y substituer des gradins de 
charpente qui n'ont pas même reçu leur entière exé- 
cation, et la mutilation irréparable de la majeure partie 

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^8 DBscmiPTioir 

de cet édifice, atteste seulement le passage d^une ré- 
volution désastreuse. 

Le dôme encore debout peut être entraîné paf la 
destruction des parties voisines, si une: main bienfiô- 
sante ne sVmpresse de relever ces débris et de rendre 
aux art5 sa masse aujourd'hui chancelante* 

L'architecture de ce monument a été néanmoins 
plus maltraitée que les peintures du dôme dont on 
peut jouir encore, et le mausolée du cardinal a été 
replacé, sans presque aucune mutilation, dans la salle 

d'introduction du musée des monuiueiiî^ français, où 
Ton peut le voir en face du tombeau de François I^'*. 

La bibliothèque de la Sorbonne était riche en an* 
ciennes éditions , et renfermait aussi des manuscrit*; 
précieux en langue orientale et autres. On comptait 
parmi les plus singuliers celui de Raymond LuUe, 
savant alchimiâte* 




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Plm 3.e l!EciMe dea Invalides • 



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I 




ÉGLISE DES INVALIDES. 



Li*s6Li8B. et principalemeiil le âàme des Invalides , 
sont regardés comme un des chefs-d'œuvre de Tarciu* 
tectare française (i). Ce d^ijfie fut érigé sur les dessins 
de Jules-Hardouin Mansard , neveu du célèbre Fran» 
çois Mansard , et ne fut achevé q[u'en 1706 , après 3o 
années de traTail. 

La magnihcenç^ 4^^. Louis XIV se déploya dans cet 
édifice, que Ton çite aprèi^Siu|l|ErPienre de Rome et qui 
iivaiise avec SaintrPaul de: Londres , quoique dans de 
moins grandes dimensions que ce dernier et infiniment 
au-dessous de celtes du 

Une exécution .trçs-Ânie) ua^g^de richesse et 
l'emploi des plùtf hàbâiBS aotisces du ûecle dernier , 

ont placé ce monunient au premier, rang pai:nii nos 
che&^'œumref la b^Hfi^aur.de^la pierre, la qtiantité 
et le fini des ornements de sculpture, les peintures du 
dôme, le pavement de marbre et le riche hajid^quin de 
Fautel ^tnoid^de celui qui devait s'èxëciKCer en bl*onze 




(i) LVglise fut érigée sur les dessins de Libéral Bruant , ar- 
chitecte de riiôtel des Invalides } mak elle fut ackevé^ par 
liansard 9 qui y «jouu le dàme^ 



fOO DESCÏBIPTIOK 

doré .d'or moulu , aitireut sur-tout les regards des 
étrangers. 

La disposition du plan est ingénieuse, et Feffet des 
quatre chapelles que Ton aperçoit du centre est sédui- 
sant; la position de Tautel dans le sanctuaire élevée 
pratiqué entre le dôme et Tégiise, a quelque chose de 
magique et d^extraordinaire; soit qu'on Fenvisage du 
coté do rëglise, soit qu'on se trouve placé dans le dùiiie. 
Cette réunion des deux édifices par Touverture qui 
teur est commune à l'extrémité de Féglise et à la cir- 
conférence du d6me , est cependant un peu ti*op res-* 
^rrée et manque de grandeur. 

Lorsque Ton arrÎTC du côté de IV-gl ise , on est fôché 
que le sol du dôme soit aussi renfoncé, et Ton désire- 
rait que l'autel fût placé au centre : si l'on entre an 
contraire par le dôme , on est étonné qu'il ne soit pas 
|>récédé d'une nef, ou au moins d'un très-grand ves* 
fibule , et de quelque côté que l'on se place on ne peut 
jouir de Tensenablè ; ce sont toujours deux monuments 
contîgus qu'il faut considérer l'un après l'autre, ce qui 
nuit à la satisfaction complote du spectateur. On ne 
peut excuser cette disposition extraordinaire, quen 
considérant l'église comme appartcinant à la maison et 
formant la ctiapelle destinée aux vieux militaires qui 
l'habitent i et le dôme comme une chapelle royale-, où 
Louis XIV se plaisait à joindre les actions de grâces 
qu'il rendait au dieu des armées, à celles de ses compa- 
gnons d'armes. Dès*lors on est moins surpris de trou*- 
ver de ce côté un portail et des avenues superbes , puis- 
que toute la pompe royale devait s'y déployer avant 



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DE PARIS/ lOI 

d'entrer ckns ce dôme, dont la porte ne s'ouTrait que 

pour le monarque. 

C'est aussi de ce G&té que Ton doit considérer le 
portail et Feffet pyramidal du dôme à l'extérieur. Sa 
coupe élégaate et svelte se dessme agréablement , soit 
qu^on Taperçoive de loinf^'soit qu'on se place à une 
distance convenable pour jouir à-la-fois du dôme et du 
portail. Mais dans ce dernier cas on est forcé de con* 
venir que ce portail est d'une trop petite masse et trop 
subdivisé dans ses parties pour servir dVmpattement 
et de base kvne décoration aussi élevée* C'est alors que 
le système d'architecture des anciens vient offrir une 
comparaison bien défavorable aux modernes , et que 
•i Ton substitue par la pensée un portique dans le style 
de celui du Panthéon de Rome, au maigre portail du 
dôme des Invalides^ on regrette que JulesrHardouin 
JSansardiiit manqué l'occasion de reproduire l'un des 
chefs-d'œuvre de Tantiquité , et se soit occupé de 
mettre en belle vue une composition aussi mesquine 
et aussi insignifiante que la sienne. Dans quelle fausse 
route ces Mansards si célèbres ont- ils jeté Técole 
française pour n'ayoir pas connu ou su£Bsamment 
apprécié le mérite de l'antique, et pour n'avoii pas étu- 
dié les monumenu de Rome! Un amour^propre ex* 
eessif , qui prenait sa source dans l'ignorance , persua* 
dait alors aux partisans des modernes , que leurs froides 
rêveries surpassaient de beaucoup les chefs-d'œuvre 
antiques , et que le goût français n'avait besoin que 
d'apercevoir ces modèles avec Tœil du génie pour Im 
laisser bien loin derrière lui Trop funeste erreur, qui 



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tOft 1>B8CRKFTI01I 

dans ce siècle de lumière influa sur les beaux arts, et 
fit préférer le style incorrect et maniéré de certains 
peintres , au style sévère et sublime du Poussin ! 

Il serait trop dangereux au moment oii Ton jette les 
fondements de tant de monuments publics ^ de ne pas 
classer à leur Téritable ran^ ces prétendus chefs-d^ceu- 
vre du siècle de Louis XIV, et de ne pas, en louant 
rintention^ du fondateur, blâmer le système vicieux de 
ces artiste,s trop vantés. Que leurs productions brillent 
à Paris, oii rien ne les eiiàce encore, mais que leur 
réputation si long-temps usurpée s^éclipse et dispa* 
raisse devant les beaux édifices de TltaUe antique et 
moderne. i 

Que Bruneleschi , que Bramante , que Palladio 
voient tous leurs monuments honorablement inscrits 
dans le temple des arts, avant que ceux de leurs dé- 
tracteurs et de leurs plagiaires puissent y trouver 
place, et que la respectable antiquité, de nouveau 
fouillée et méditée, reçoive au siècle de Napoléon 
1 hommage de tous les ai tbtes appelés à Fhonneur de 
transmettre par les monuments son nom àla postérité! 

La réputation des peintures du dôme est répandue 
dans toute l'Europe j plusieurs grands peintres ont 
concouru à ce travail admirable. Charles de la Fosse, 
l'un des meilleurs coloristes de TEeulc française, a peint 
la coupole principale et les quatre évangélistes ^ les 
douze apôtres sont de J. Jouvenet; on doit au pinceau 
des Boullogne, les chapelles de Saint Jérôme, Saint 
Ambroise et Saint Augustin, oii est représentée This- 
toire de ces pères de I cglise. Le iirun avait exécuté les 




DE Pilais. io3 

morceaux delà chapelle de Saint Grégoire • mais comme 
elle est exposée au nord, ils furent promptement en* 
domiiiag<à , et 3 7 a en^ron fyy ans qu'on fat obligé 
de fiiire repeindre entièrement cette chapelle : les 
peintures cpHon j voit maintenant sont de M. Doyen 
deTancienne académie. Noël Coypel le père a exécuté 
le plafond au-dessus du maître-autel. Plusieurs autres 
artistes célèbres ont été chargés en différents temps de 
réparer les anciennes peintures , ou d'ajouter de nou*^ 
Teaux ornements à cette magnifique collection. 

Pàrmi les sculptures qui décoraient cette basilique, 
on en remarquait de Girardon , de Coysevox, des Cous- 
tou; mais elles ne répondaient pas, par Teur mérite^ 
au nom de leurs auteurs, ni à la beauté de leur desti- 
nation. Ces morceaux ont subi des déplacements qui 
ne permettent pas d'én donner le détail exact* Il en 
est de même de plusieurs statues d'artistes vivants, qui 
furent déposées dans cette église , et qui n^j doivent pas 
rester , maintenant qu'elle est rendue au culte religieux. 

Le français de quelque rang qu'il soit, le voyageur 
de tous les pays, s'arrêtent avec respect et une profonde 
émotion devant le tombeau du grand Tuienne, qui, 
déplacé de la chapelle où il fût érigé dans l'église de 
Saint-Denis, resta quelque temps déposé au Musée des 
monuments français , puis fut honorablement transport 
té, leaS septembre i8oo,dans le dômedes Invalides dont 
il est le plus digne ornement. On assure que daps le 
renfoncement qui fait face à celui où est ce tombeau, 
vont être placés les restés de Yauban , dont le nom ne 
rappelle pas moins de glorieux souvenirs que celui de 
Turenn^. 



I04 DSSG&IPTXOir 

Depuis que ce monument y attire les regards, le dome 
et rëgliseont été enrichis des nombreux trophées de nos 
victoires; une immense quantité de drapeaux (i) de 
toutes les nations est suspendue aux voûtes^ elle pré- 
sente un aspect formidable et une décoration bien di- 
gne du héros dont les restes honorent cet asile de toutes 
les yertus guerrières. 

(i) On y compte 960 drapeaux. 



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COLLÈGE MAZARIN, 

... »T< . 

EGLISE DES QUAÏUE. NATlOIîS, 



Cifi collège, est bâti sur les terrains du grand et da 
petit hôtel dé-Nesle et. de leurs dépendances , qui em- 
brassaient tout ce quartier, depuis la rivière jusqu'à 
la porte de Bussi. Ce domaine fut vendu en i3o8, 
par Amaury de ?T€ste *att*>or>Philippe-le-Bel; agrandi 
de sept arpents en i385 • pair le duc da Berry , on 
y construisit des écuries, qui bientôt durent ravagées 
et détruites, et le tenaia iVit vendu à des particuliers* 
£n i559, Frai\cois II donna à la Reine mere le petit 
hôlel *dè ' Nesle , pour y étobtir/line chanjBre des 
comptes. Depuis ce temps,' le gràrid'et te petit liotel 
ont plusieurs fois- changé de nom et' de destination : 
c'est sur une partie de leur emplacement qu*6ri bâtit 
rhôtel de Nevers, depuis nommé iliotei de Guénégaud, 
et devenu ^^Hôtel de GontiJLors de la fondation du 
collège, ep i663,on acheta qttatorîe niaisons situées 
sur les ahéienries* dépendances de rhùtel de Nesle, 
pour^ y 'établir- lés* bâtiments nécessaires à cètte fon- 
dation du cardinal , qui y affecta sa précieuse biblio- 
ibeque > deux millions m argent et 45)00o livres de 

i4 



! 



I06 DESCAIPTIOV 

rentes sur l'hôtel -de -Tille. Tous les réfflenienrs de 
cette maison font pai^tie de son testament , dont les 
exécuteurs sont le premier président Guîlkume de 
Lainoignon , le célèbre 1 uu(|uet, sur -intendant des 
finances, Michel le Tellier, secrétaire d'état, l'évêque 
de Fréjus, et Jean -Baptiste Colbert, alors conseiller 
du Roi et intendant des maisons et affaires de son 
Eminence ; pour lesdits exécuteurs régler tout ce qui 
tient aux acquisitions et bâtiments tant de l'église que 
du collège, et pourvoir à jtojos les détails de rétablis- 
sement jusqu'à son entière exécution. 

Telles furent les dernières volontés du cardinal, qui 
reçurent ensuite du Roi , de toutes les cours souve- 
raines , du pape même , les sanctions les plus authen- 
tiques. 

Le bâtiment fut commencé sur les dessins de Le* 

vau, premier architecte du roi, et exécuté par Lam- 
bert et d'Orbaj , aussi architectes. On démolit à cet 
effet , en 1662 , la tour de Nesle , reste des anciens 
hôtels dont nous avons parlé ; et Ton.peut encore au- 
jourd'hui juger de Fefifet de cet ensemble qui décore 
la rive de la Seine opposée a la laçade latérale du 
Louvre, dont Taxe prolongé forme celui du dôme des 
Quatre-Nations , et dont le pont des Arts établit la 
communication directe , et lie en quelque sorte les 
deux façades en regard. On reproche aux deux pavil- 
lons du collège des Quatre-Nations d'intercepîer le 
passage et même la vue du quai dans toute son éten- 
due, et clepuis long- temps Topinion la plus généiâle 
semble demander leur démolition ; sans doute le quai 



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DE PARIS. 

y gagnerait , mais les amateurs dé rarchitectore ne 

pourraient s'cmpécher de regretter l'heureux effet des 
masses combinées du dôme et de ses pavillons ^ qui 
présentent une disposition pittoresque et théâtrale, 
assez commune en Italie , mais extrêmement rare a 
Paris , où la plupart des monuments sont étouffés , et 
rarement disposés pour former un agréable point de 
vue. 

Si ces pavillons sont un jour démolis, comme 

le vœu de la multitude semble le demander , on per- 
dra tout le charme de cette disposition , et le dâme 
isolé dans une trop vaste étendue , ne paraîtra plus 
qu'un point maigre et peu intéressant. 

L'intérieur de ce dôme, enrichi, de sculptures assez 
belles, ouvrage de Desjardins, est de forme ov^ile, et 
parait un peu élevé pour son petit diamètre ^ il était 
aussi trop peu éclairé , et Ton vient d^y fiiire à cet égard 
des changements avantageux pour le faire servir aux 
séances publiques de l'Institut national. 

On voyait autrefois dans une chapelle à droite du 
maître-autel le mausolée du cardinal Mazarin , mort 
diâteau «le Vincennes, le 9 mars 1661 , et transféré 
dans cette église le 6 septembre 1681. Ce monmnent 
est un chef-d'œuvre de Coysevox* Il est, comme celui 
du cardinal de Richelieu, conservé au Musée des mo^ 
numents français. 

Trois figures de. bronze, représentant les Vertus, 
sont assises au bas du sarcophage , sur lequel la fîguro 
du cardinal à genoux, et en marbre , se fait remarquer 
par une exécution savante et très -soignée. 



I08 DKâCRIPTIOlV 

Le paTement et toutes les décorations de Fautd 
étaient en marbre et présentaient une très-grande mae 

gnificcnce. 

La bibliothèque subsiste encore ; elle est composée 
de livres rares et curieux , au nombre d^environ 60,000 , 
restes de la belle collection lorniée par le savant Naudé, 
et dévastée pendant les guerres da la Fronde. Les ma- 
nuscrits , qui étaient uoiuhreux , ont été réunis par 
ordre de Ck>lbert à ceux de la bibliothèque royale. 

Une partie de son local est aujourdliui occupée par 
une précieuse collection de modèles d'architecture et 
d^omements moulés sur Tantique^ oollection formée à 
Borne avec beaucoup de choix et de soin par M. Du- 
fourny, professeur de récole spéciale d'architecture, 
et qui est du plus grand intérêt comme curiosité, en 
même-temps qu'elle est d'une utilité majeure pour les 
progrès de Tart de bâtir, et de la décoration des mo- 
numents , dont elle offire à-la-fois Thistoire et les mo- 
dèles dans les diflcrents âges , soit en Italie, soit en 
Grèce. 

Il est a désirer que cette collection , qui fait partie 
du musée Napoléon, soit successivement augmentée de 
tout ce qui peut entrer en parallèle avec les belles pro- 
ductions de la sculpture des Grecs, en ce genre, objets 
précieux d'admiration et d'étude pour les connaisseurs 
en architecture. 



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BX PARIS. 109 



NOUVELLE ÉGLISE 

DE SAINTE GENEVIEVE. 

« 



La construction de la nouvelle église de Sainte-Ge- 
neviere, fat commencée sous le règne de Louis XV, 
en 1757, sur les dessins et sous la conduite de J. G. 
SouiHot, architecte. Roi en posa la première pierre 
le 6 septembre 1764. Cet artiste, qui venait d'étudier 
en Italie, changea dans la disposition générale et dans 
Vordonnance de cet édifice , le système d*architectnre 
alors en usage à Paris ; il employa des colonnes isolées 
et d'un grand diamètre ),tant à. l'extérieur qu'à Tinté- 
rieur du monument , et présenta un plan dontlanou» 
veauté, la grâce, et la légèreté réunirent tous les suf- 
frages, et firent croire que Fod avait surpassé dans 
cette composition tout ce que les Grecs et les Romains 
avaient produit de plus élégant et de plus magnifique. 

Ce plan consiste en une croix grecque , de 34o pieds 
de long, y compris le péristyle, sur 260 de large hors 
cMOTe ^ au centre de laquelle s^éleve un dôme de 62 
pieds 8 pouces, intérieurement supporté par quatre 
piliers si légers , qu à peine aperçoit-t-on leur uiassU' 
au milieu du jeu de toutes les colonnes isolées qui 
composent les quatre nefs de cette croix. Ce système 



IIO DB8GllI»TI0ir 

de légèreté est commué dans les voûtes de Fédifice, 
où Ton a pratiqué des lunettes évuidées avec beau-* 
coup d*ait, et qui donnent en quelque sorte l'appa- 
rence de la légèreté gothique à ces voûtes circulaires , 
opposées les unes aux autres dans des sens différents, 
et produisant, par le passage de la lumière, des etieis 
très-agréables et très-variés ; ajoutez à cela la fraîcheur 
d*une exécution toute nouvelle, la blancheur et Téçlat 
d'une pierre iiue et choisie , et une distribution d'or- 
nements de sculpture délicate et placée avec goût, 
vous aui*ez une idée du spectacle dont on a joui quel- 
ques mois, lorsque les échaÊiuds qui avaient masqué 
toutes ces voAtes pendant la construction et Fachève- 
ment des sculptures devinrent inutiles et disparurent. 
La hauteur, depuis lo paré jusqu'au cadre de la lu- 
nette pratiquée au milieu delà voûte , est de 1 70 pieds. 
Il ne restait plus à faire que le pavement en marbre 
qui allait achever de donner à cet ensemble la richesse 
convenable, et dessiner nettement les lignes du plan, 
lorsque des fractures multipliées qui se manifestèrent 
aux quatre piliers du dôme et aux colonnes les plus 
voisines , allarmerent et firent connaître que le poids 
et la poussée de cette masse, suspendue sur de trop 
frêles soutiens , agissaient depuis long-temps et mena- 
çaient d'écraser tout l'édifice par une chute soudaine. 

Il fallut renoncer à la jouissance que procurait la 
vue de ce spectacle d'architecture, si commun en 
Italie, mais très>rare en France , et encombrer de nou- 
veau, par des ccintres, des étaies, des échafauds, ce 
monument que Ton croyait achevé , après un travail 



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DE PAEIS. III 

non interiompu de plus de quarante années, et uue 
dépense de plus de quinze millions (i). 

Pour rcmcciier efficacement au mal que Ton venait 
de reconnaître et que d'habiles constructeurs avaient 
annoncé depuis long-temps , entre autres M. Patte , par 
des mémoires critiques très-multipliës et très-répau- 
dus, il iallut en bien rechercher les causes, et Ton en 
trouva plusieurs qui avaient concouiu ensemble à ces 
accidents. 

Le peu d^empattement que présentaient lès mas« 

sïfs des quatre piliers du dôme aux parties supérieures 
trop étendues en superficie. 

2^ Le procédé vicieux adopté pour la pose despier* 
res dont ces piliers sont formés. 

(i) La dcstînatîoii de ce monument fut cbangéc pendant la 
révolution ; il fut consacré à la sépulture des grands hommes , 
sous le nom de Pantliéon françnis : dès-lur-s U iallut changer les 
attributs et les bas-reliefs dont huii portail et ses voûtes étaient 
décorés ; ces changements et plusieurs améUoratiuiis dans lea 
détails f tels que le hou chôment des croisées et autres supres- 
nons avantageuses à Fordonnauce et à la solidité se firent sous 
ia direction de M. Quatremere-Quincy, artiste et littérateur 
distingué , nommé commissaire à cet effet par le département 
de Paris, en 1791. Cette espèce de concours ou la plupart 
de nos statuaires furent appelés et produisirent des ouvr.igos 
estimables, doit faire époque dans l'iiistoire de la scLilj)ture en 
France , parce qu'elle se modela sur les grands principes de 
l'antique. Ce monument a été depuis rendu à sa destination 
première , sons le même nom d'église de Sainte GeiieTieve , et 
l'église basse consacrée à la sépulture des grands dignitaires de 
i'£mpire et des liommes rares qui » par des talents extraordinairet 
on par des traita dliéroîwie et de courage turoftt mérité cette 
iUitftnitioii^ 



112 l>£SCHl?XI01f 

3^ L'ébranlement causé à la masse entière de rëdi* 

fice pendant le ragrémentde toutes les parties de l'in- 
térieur, pour lequel on avait employé jusqu'à deux 
cents ouvriers à*la-fois, ce qui avait pu imprimer une 
sorte de mouvement et d'accélération de chute à cette 
masse suspendue sur des points d'appui trop légers, 
et vicieux dans la mode de leur construction (i). 

40 On pourrait ajouter à ces trois causes la qualité 
aigre et cassante de la pierre employée à la construction 
de ces piliers , qui, bien que très-dure , se fend et s é- 
crase ensuite facilement sous la charge. 

L'examen très-attentif que plusieurs commissions, 
composées d architectes , d'ingénieurs, de savants et 
de constructeurs expérimentés , firent successivement 
de toutes les parties de T édifice , assura que les fon- 
dations étaient bonnes et n'avaient point tassé d'une 
manière sensible ; que Téglise souterraine, dont le sol 
est à 18 pieds au-dessous de celui de la nef supérieure, 
était parfaitement bien construite et lés voûtes appa- 
reillées très-sulidcment ; que les massifs ont toute la 
force nécessaire pour résister à la pression et aux poids 
des constructions supérieures. 

On reconnut enân que le dùme et les trois coupoles 

(i) On a trouvé par des calculs exacts que la charge du cl«*>iiie 
•ur chacuu de ces piliers était de ^^449^9^^ hv. , et leur super- 
ficie de i3i pieds , en sorte que chaque pied superficiel qui ne 
devait être chargé que de 66^870 Ut. si toute la surface eût 
porté 9 s'est tionré , par le démaigrissenieiit des pierres » porter 
au droit des parements 568^700 Ûr, et beaucoup plus au droit 
des cales. 



* 



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DB VARIS. ' ni 

qui le couvrent étaient construits avec tout le soin et 
Tintelligence quMI était possible d*j apporter pour 
réiëgiâsement et i emploi de la matière , pour l*as$u<* 
jéttssement des pierres et leur enchaînement avec des 
fers multipliés et aitistement coiubiiKS, et que nul 
effet ne s'était manifesté dans ces parties supérieures ^ 
malgré Tafiaissement et la rupture des pierres des pi* 
licrs intermédiaires au dôme et à Féglise basse , en- 
5orte que tout le mal était bien constaté inhérent au 
«ystême vicieux de construction de ces piliers. 

Ces points reconnus, ou s'occupa des moyens 
lemédier à ce mal et de prévenir les accidenis et Fao* 
croissement du tassement, sans nuire au système de 
décoration de lintérieur, et sans additions de massifs 
de piliers ou de colonnes qui pussent détruire Thar- 
naouie du plan et 1 iieureux effet des voûtes. Condi- 
tion essentielle pour l'art, et qui doit être soigneuse* 
ment observée pour l'honneur de Tarchitecture en, 
France* 

La direction des travaux, tant pour rétaiement<(ue 

pour les réparations et additions de résistance jugée* 
nécessaires, fut confié à M. Rondelet , quia suivi Texé* 
cution du monument depuis la fin de Tannée 1770, et 
qai a mis tant d'art et de soin dans 1 érection du dôme 
6t des trois coupoles pour réaliser et mettre en évi- 
(li nce la conception de Souiiiot. 

On a donc tout lieu d'espérer que lés opérations 
combinées de cet habile constructeur, tant pour Té- 
t<ût;meut de& arcades au moyen des doubles cinues 

z5 



2l4 DXSCltlVTIOir 

de sa composition, partie eo maçonnerie, partie en cfaar* 
pente , que pour le remplacement des pierres cassées , 
sans ébranlement, sans secousses et sans reiouille- 
ment dangereux, pourront rendre aux arts ce monu- 
ment du dernier siècle ^ dont une heureuse restauration 
honorerait celui-ci , et assurerait à Tartiste une gloire 
en quelque sorte égale à celle de l'inTenteur. 

Une grande (quantité de projets ont été donnés jus- 
qu'à présent par différents architectes pour renforcer 
ces piliers jugés trop faibles , sans akérei* la forme et 
rhannonie de Tensemble , mais on n'a pas encore la 
certitude que ces additions indispensables, puissent 
être faites sans que la décoration primitive soit altérée 
dans ses principes et dans son effet général, et cet 
objet mérite la plus sérieuse attention et le concours 
de tous les hommes éclairés. 

Admettons pour un moment que ce vœu de la ma-^ 
joiiic des artistes de l'Europe puisse être réalisé, et ce 
monument entièrement achevé en peu d'années, Té» 
glise de Sainte-Generieve sera-t<«Ile en effet un chef* 
d'œuvre de Tart ? En quoi consisteront ses beautés et 
aes défauts? car on sait as^ez que les chefs-d'œuvre 
n'en sont pas exempts. On croit satisfaire à ces de- 
mandes par les observations suivantes. 

Il est peu de vue générale de Paris où la colonnade 
du dôme et sa coupole ne s'élèvent majestueusement 
et n^ dominent sur le quartier du sud-est, en se group* 
pant avec les maisons et les monuments des feubourgs 
Saint -Jacques et Saint -Marcel, qu'Us couronnent 



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I 



DB FAmiS. IlS 

igréablement. C^est lorsqu'on jouit de ce riche tableau^ 
que présentent à-la-foû les dômes de Sainte^Geneyieve, ^ 
de la Soi bonne, du Yal-de-Grace et des Invalides, 
combinés avec les tours d'autres monuments, qui se 
rapprochent ou s'ëloignent sur la ligne d^orison , sui- 
vant la position du spectateur, que Ton consentirait 
difficilement à faire le sacrifice de ces hautes tours, de 
ces dûmes si vantés, qui iont l'orgueil des villes, mais 
que la raison , la prudence et l'économie ont si souvent 
condamnés, et que la crainte d*un événement funeste 
a conseillé quelquefois de détruire à Sainte-Genevieve 
pour saum Téglise d'une destruction subite. 

Si l'on approche pour considérer do, plus près ce 
dôme et ses détails, la combinaison de sa masse avec 
celle du .portail , on sera moins satisfait et Ton trou- 
ve i a quelque maigreur et quelque sechef esse dans la 
manière dont il repose sur l'attique qui lui sert de sou* 
bassement : il est rétréci de la base et n*a pas ces em<-> 
pattemeiits nourris que présentent au dehors les mos^ - 
quées de Gonsuntinople, et même les dômes de Saint- 

Picrre de llonic et de Saint- Paul de Londres. Les 
colonnes du dehors sont horribleipent fuselées et pré* 
sentent dans la partie inférieure un amaigrissement 
qui nuit a leur beauté , et ne peut provenir que d'une 
erreur considérable dans l'appareiL 

Si nous fixons nos regards siur le portail, on trouve 
imparti noble et grand; un seul ordre coiu^onné d'un 
fronton d^une grande proportion, rappelle à Tamateur 
des arts le portique du Panthéon de Kome , dont Souf- 



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ti6 i>ssc&i»Tioir 

flot a eu le dessein de piodiiirc une belle imitation , 
aur une plus grande échelle. Mais la prétention dq 
corriger son modèle, loin de perfectionner cette pro- 
duction de i'antiijue^ n*a fiût qu'en altérer les lieu* 
jenses proportions» 

Quelle piai^reur d'entrecolonncmenis , qu il eut été 
si facile d'éviter en mettant deux colonnes de plus soiui 
le fronton , au lieu de ks reléguer en arriere-4x>rps aux 
angles de ce péristyle ! (i) £lles j sontgrouppées d'une 
manière confuse, et produisent des ressauts et des pro* 
fils multipliés^ qui tiennent au style de l'école, au lieu 
de présenter cette noble simplicité de 1 antique. 

Quelle hauteur excessive du fronton, dont la masse 
dispute avec les coionnes du dessous, qu'elle semble 
écraser de son poids ! (a) quel mauvab galbe dans les 
chapiteaux trop allongés et dans les révers pesants de 
leur$ feuilles, si on les compare avec la proj^ortion 
mile et la taille savante des chapiteaux du Panthéon! 
quel égratignage dans les cannelures des colonnes, 
quelle mollesse et quel mauvais choix ^iams la plupart 
des ornement» qui décormit la voûte de ce péristyle , 
et combien cette copie dégénérée est loin des beautés 
du modèle! 

On est forcé de dire, pour être vrai, queSoufHot 

(i) n est eotii|>osé «le TÎngt-cletnt oolofuies d'ordre corin- 
thien , de cinq pitds et dciiii de diamètre, de cinc[uante- Luit 
pieds de haut , compris base et chapiteau. 

(a) n a ceDt wgt pieds de base sur enTinm Tbiftiqaatre 
pieds de hsnt* 



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' DB PARIS. 117 

D^aTait point asâez approfondi Tétude de Tanticjue ihna 
le portique dont il voulait reproduire reffet ; sachons 
lui gré Je n'avoir employé qu'un seul grand ordre et 
d'avoir franchi la vieille routine, en.présenunt Tas* 
pect des colonnes isol^ d'un gmnd dianietre dans le 
porche noble et majestueux de son édifice^ plaignons- 
le de n'avoir pas suivi les justés proportions de Tan^ 
tique qu'il vo Lilai t taire revivre. Mais disons pour sa jus- 
tification que Taj^t n'était pas alors aussi avancé dans 
cette étude; oh avait encore cette &usseidée queTon 
(levait perfectionner avec goût ces rigides proportions 
etajouter de la grâce à ces fomies sévères; une pré* 
somption mal entendue ne les plaçait point au premier 
rang qui leur est dû; on n'avait point moulé ces beaux 
ornements, dont la collection choisie brille dans no$ 
musées , et Ton pensait qu'il suffisait d'un dessin ou de 
roeuvre de ■Desgodeta'^pour recréer à Tinstant ces 
beaux détails des monuments de Fandenne Rome $ 
ceux de la Grèce n étaient connus que de nom : sans 
tous ces éléments nécessaires, il était impossible peut* 

être de faire mieux, et c'est des prpgrès de Fart que 
l'on doit attendre ce que nous semblons exiger ici des 
lomieres de Tartbte au temps où il bâtissait. 

Puisse celui qui sera chai'gé d'achever la noble dis- 
position du péristyle de la nouvelle Madeleine , pro* 
fiter habilement de ce qu'elle office de supérieur à celle 
du portail de Sainte-Geneviève ! qu'il n'écrase pas du 
poids d*un fronton si aigu , des entrecolonnements 
mieux proportionnés y et qu il apporte dans l'exécution 



Yt8 DBsemt»Tiov 

des chapiteaux, des pro&ls et des autres ornements, ce 
choix heureux , cëtie recherche studieuse par lesifueb 
un esprit éclaire sait, en appréciant les chefs-d œuvre 
à leur juste Taleur, en transmettre de nouveaux à 
rndmîratîon de la postérité. 

Dans le projet de Souiilot, un lanternon à jour devait 
couronner le sommet du d6me ; lors du changement de 
destination de cet édilice , on eut Fidée de substituera 
ce lanternon un piédestal et une statue colossale en 
bronze, de la renommée , de pieds de proportion. 
M. Dejoux, statuaire, membre de Tinstitut national, 
fut chargé àe cet ouvrage important, et il en a exécuté 
le modèle en plâtre, de 25 pieds de haut, dans les ate- 
liers de la ville, au Roide, où il est conservé et peut se 
voir; mais on doute que jamais il soit fondu en bronze: 
on craindrait de surcharger le dôme de ce nouveaii 
poids , et il serait assez difficile d^attacher solidement 
le pied de cette figure sur son piédestal , sans courir 
le risque d'un ébranlement nuisible, lors des vents 
violents et des ouragans, malgré toutes les armatures 

■ 

dont on pourrait enceiudie le piédestal et le sommet 
du dôme. 



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DB PARIS* , 119 

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4 

ÉGLISE PAROISSIALE 

DE SAINT-ROC H. 



Cs monument n'était en iSrai qu^une chapelle dédiée 
aux cinq plaies de' J. G. Elle fîit augmentée d'un grand 

jardin en iSyy, et rebâtie sous le nom de Saint-Rochj 
elle devint succursale de la pànnsse Saint -Germain 
TAuxerrois . On y réunit une chapelle de Sainte-Susanne 
qui en était voisine, et François de Gondi, archevêque 
de Paris , lui donna le titi:e .d'i^lise paroissiale , par .des , 
lettres du 3o juin 1 63 3. - ♦ • • 

Enfin en i653 , Kéglise actiieUe^&t commencée à 
bfttir sur! les dessins de' h Le Mercier , alors premier 
architecte .du roi Louis XJV, qui en posa la prjemiere 
pierre. On y plaça deux m!é$laijU0s , Tuiie avec- lei^por- 

« 

trait du Roi, Tautie d\ec celui d'Anne d'Autriche sa 
mere, ayant tojutes deux ^aiu( iioch pour .revers. 

'Le tërram.n'a'pas piermi's de' tourner vers l'orient le 
chevet de Téglise, il est exposé au nord. Elle est long* 
temps restée imparlkite , sans être voûtée et n'ayant 
qu'un simple plafond de bois ; les libéralités du Roi et 
les dons de plusieurs paroissiens la firent aciiever^ il 
ne manquait plus i|ue le portail , et M. Bobert de Cotte, 



I20 DBSGEIPTION 

alors aussi premier architecte du Roi , fut choisi pour j 
en donner les dessins , dont lext ciuion , après sa mort, 
fut confiée à J. B.. de Cotte son fils, intendant gèiéni 
des bâtimeilts du Roi cl diiecteur de la Monnaie des 
médailles. 

La première pierre en fut posée le i** mars 1786 : 

une heureuse disposition du terrain a obligé d y placer 
un grand nombre de marches , ce qui produit un bon 
effet, et annonce di^^iiement un édifice sacré. Ce por- 
tail, assez purement exécuté, a eu beaucoup de réputa- 
tion et semble ayoir servi de modelé à la plupartde ceux 
qui ont été érigés depuis ; il est lui-même une imitation ' 
du style de Mansard : c^est une décoration ea bas-ieiief 
composée des deux ordres dorique et corinthien, où 
il règne une certaine harmonie , mais dans laquelle on 
ne trouve point l'imposant effet des péristyles, où les 
colonnes isolées offrent un utile abri , et n ont pas 
besoin comme ici de cette multiplicité de ressauts et de 
profils pour offrir à Tœil quelques faibles projectioiis 
d ombres , et rompre la monotonie de ce système. 

On a suppléé par des grouppes et des omements 
soigneusement exécutés à ce manque d'effet , et les con- 
naisseurs pourront distinguer dans cette sculpture, soit 
d'ornement , soit de figure , le passage du style usité w 
siècle de Louis XIV à celui dont la maigreur et Taifec- 
tation ont caractérisé ensuite les productions du tep« 
de Louis XV. 

Il n'y a pas encore dans ce portail la dépravation de 1 
goût qui a suivi, mais c'est le premier pas lait pour y j 
arriver. La chapelle de la Vierge qui est placée au mmu* 



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met de T^lise , fut Làtie eu 1709^ elle est très-i^iche 
€11 peintures et en sculptures, et dans cette église en 

général on a préféré la richesse et Téclat au style gra\e 
et majestueux qui (ioit caractériser les édifices sacrés» 
Il y a dans la' disposition de l'église de Saint- Roch en 
général , et dans tous les nombreux accessoires dont 
elle est décorée, quelque chose de brillant et de théâ* 
tral, qui contraste avec le recueillement qu'exigent les 
idées religieuses. 

L'avantage qu*a eu cet édifice de se trouver placé au 
centre d'un quartier peuplé de riches citoyens, lui avait 
procuré pour son embellissement un grand nombre de 
productions des arts , soit en peinture, soit en sculpture ; 
le marbre , i or , les bronzes y brillaient de toutes parts 
avant la révolution, et de grands noms, de pompeux 
mausolées y attiraient Tatteution des connaisseurs , 
comme à Saint -Germain TAuxerrois, dont elle était 
autrefois succursale. 

Pouvait-on ne pas rendre hommage au génie des arts 
brsqu'en entrant dans la chapelle dite de Saint-André, 
où reposaient les cendres d'Andru leNostre, si célèbre 
dans Tartde composer les jardins, on trouvait dans un 
si petit espace, un tableau d^autel qui était un chef* 
d'œuvre de Jouvenetet le buste de ce même le Nostre, 
savamment travaillé par Goysevox? 

On s'arrêtait avec intérêt devant les monuments érigés 
à Nicolas Ménager, habile négociateur, aux deux frères 
Aoguier, statuaires féconds, dont les travaux ont em- 
belli Versailles et toutes les maisons royales ; mais Ton 
pouvait s'étonner avee raison de n'y point rencontrer 

te 



laa Dxftc&iPTioir 

celui du grantl Corneille, mort sur cette paroisse, de ce 
génie privil^ié qui plaça par ses che£&-d*œuvTe inimi* 
tables la scène française au niveau de ceUe des grecs, 
et qui fit parler si digucment ie^ héros de Tancieuna 
Rome* 

La célèbre Deshoulieres , morte en 1694 , reposait 
aussi sous ces mêmes voûtes , avec le peiutre Mignard, 
le poète Régnier des Marais , etc. , etc. 

On s'efforce de réparer dans cette église les ravages 
de la révolution , et plusieurs chapelles sont déjà ornées 
de modèles de bas-reliefs représentant la vie de J.-G.; 
ils sont dus au talent de M. de Seiiie, statuaire, mem- 
bre de Tancienne Académie , dans Tatelier duquel oa 
voit maintenant un très-beau groupe du Christ au tom- 
beau, qui doit orner la chapelle du Calvaire, située 
au fond de Téglise : les figures sont de proportion 00- 
los^aie. 



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DE PARIS. ia3 

ÉGLISE PAROISSIALE 

DE SAINT-SULPICE. 



JjmoLtSB, actuelle de Saint-Sulpice est fondée sur les 
Testes d'une ancienne chapelle de Saint-Pierre^ qui 
existait au même iicu avant le Xir siècle. On: ignore 
à quelle "époque elle prit le nom de Saint-Sùlprce, mais 
on est assuré qu'en 1210 elle était déjà paroisse sous 
cette dénpmination. C'était, avant la révolution ^la plus 
grande ) la plus étendue, la plus peuplée^et la pliis ri- 
che dqs paroisses de Paris; elle suffisait seule au fau- 
hoÔTg Saint-Gerniain ; Aujourd'hui sa circonscription 
est moins étendue ; elle n'est que pour le onzième ar- 
rontiifiysi^cnt. On. a érigé ^en paroisse pour le dixième 
Fandienné église des Jsu^biiis de la rue SaiiH^Doini- 
nique^ SQus le nom de paroisse de Saint -Thomas- 
d'Aquin. ' : - . ' * 

LaoïoiiveUe église de- Saint-Sulpice fut commencée 
en j64lS,.sur les dessins de Louis Levau, et la pre-, 
miere pierre pôsec^le 20 février dé la même ànnéé, par 
la reine Anne d'Autriche, alors régente du royaume. 
Les tr^vapx «interrompus . en 1678, ne furent repris 
qu en 171 8, sousia conduite de Gîlle-MàrieOppenord, 
directeur général des bâtiments et jardins du duc d Or- 



124' fi£SGRIPXIO]« 

I ins , alors régent du royaume. Cet architecte eattme 
grande réputation comme dessinateur^ mais si Ton 
consulte le recueil gravé de ses œuvres, on sera con» 
vaincu que c'est a lui que nous devons la corruption 
du goût et tous ces ornements capricieux dont Tem^ 
ploi caractérise les ouvrages du r^ne de Louis XV. 

II ne fut pas libre sans doute d eu accabler sa nouvelle 
église, sans quoi toutes les formes en eussent été envelop» 
pëes. li n'y a pas très-lonj^-teinps quu l'on a démoli des 
consoles pu encorbellements, formés par des anges pour 
soutenir les balcons de tribunes existantes dans la croi- 
sée de Féglise ; ces ornements où le goût d'Oppenord 
était empreint , n'étaient heureusement exécutés cpi^en 
carton. 

Le portail de l'église, commencé en 17 33;, est d'un 
autre style ; il est du célèbre Chevalier Servandoni, et 
ses grandes proportions , la hardiesse de la composi- 
tion, les grands effets qu'il produit, tout décelé le 
génie de ce décorateur fécond , dont les talents et les , 
idées pittoresques lirent long-temps les délices de l'Eu- 
rope pour les fêtes publiques et les scènes théâtrales. 
^ Servandoni, en montant l architecture de son poi iail 
sur une aussi grande échelle , en adoptant pour ses li- 
gnes un si grand parti , fit triompher la noble archi- 
tecture du style maigre et sans couleur , des formes bri- 
sées et du tortillage par lesquels la mode firançaise 
était parvenue à dégrader jusqu'à la majesté des tem- 
ples. 

La direction des ordres dorique et ionique .de ce 
portail , dont les entablements suivent toute réteudut. 



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DI PAAI5. 125 

de h façade, sur une longueur de 384 pieds sans au- 
cun ressaut , sont un de ces traits harcUs ^ui caracté-^ 
risent la grande manière de Servandoni , car alors plus 
une ligne était ressautée et tourmentée de profils, et 
plus les architectes italiens ou français croyaient faire 
preuve de génie. Servandoni ne fut pas si heureux 
pour le couionnement des tours ; le changement de 
M. Maclaurin ne leur iiit pas non plus avantageux , 
on peut en juger encore par celle qui existe : il était 
réservé à M. Chalgrin de les mettre en harmonie avec 
les ordres du dessous , et celle qui est érigée sur les 
dessins de cet architecte ne serait point désavouée par 
Servandoni ; elle vaut même infiniment mieux qi^e les 
anciennes, commencées en 1749 -, sur un plan octo- 
gone. C'est en 1777, que M. Chalgrin fim chargé de 
cette reconstruction , qui doit s'achever avant peu pour 
rhonneur du nom français. Elles ont 210 pieds d^ëlé- 
vation , ou une toise de plus que celles de Notre-Dame. 
On ne doit point regretter le fronton que Servandoni 
avait placé au-dessus du second ordre, entre les deux 
tours ; frappé de la foudre en 1770 , il menaçait ruine ; 
et sa suppression, qui idt alors opérée, a mis plus de* 
sagesse et de tranquillité dans cette façade , dont on 
ne jouira parfaitement qu'après rachèvement de la 
place , doni le vague détruit aujourd'hui Fensemble et 
laisse apercevoir des parties défectueuses. 

On doit aussi, pour rendre à Tordre du bas toute 
sa majesté, porter en avant les niaiclies que l'ancien 
bàtuuent du Séminaire, aujourd'hui démoli, avait forcé 



146 DESCRÎPhPÎOH 

Servandoni de renfoncer dans l'intérieur de son por- 
che, ce qui en rétrécit Tespaoe couvert et nuit à sa 
beauté. Dans le dessein où l'on est d'achever inces- 
samment la place où s'élève ce portail , Ton ne peut 
mieux faire que de suivre les projets de Servandoni 
qui sont gravés, et d'adopter le style ferme de déco- 
ration dont il a donné le modèle à Tune des maisons 
qu'il a fait exécuter sur cette place, à gauche du por- 
tail. 

La dédicace de cette église se fit en 174^ ? lorsque 
l'intérieur fût totalement terminé. La disposition de 
Tautel isolé entre la nef et le chœur, est grandeetma* 

jestueuse ; il était autrefois recouvert d'un baldaquin 
doré d'un très-fort volume, mais la manière dont il était 
suspendu avec trois cordes visibles, était tout- à-fait 
ridicule ; cette inconvenance fut reformée et le balda- 
quin supprimé. Le chœur était aussi décoré de figures 
plus grandes que nature , soigneusement exécutées par 
Bouchardon , mais placées sur des cul-de-lampes ados- 
sés aux piliers , à dix pieds de hauteur du sol, ce qui pré-' 
sentait à l'œil un porte-à-faux effrayant, et produisait 
un très-mauyais effet. Ces figures, enlevées pendant la 
révolution , seront rendues à la décoration de l'élise 
et plus convenablement placées. On a tracé sur le pave- 
ment de la croisée une très^belle méridienne, à l'ex- 
trémité de laquelle est un obélisque astronomique. 
Le rond point du chœur, percé d'une grande arcade^ 
laisse apercevoir la richesse de la chapelle de la Vierge, 
anciennement décorée par Servandoni, et depuis res- 




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DE PARIS* 127 

taurée avec beaucoup de magnificence par feu de 
Wailly, architecte. Le groupe de Ja Vierge idt de l'en* 
fant Jésus est éclairé avec art dans une niche ajoutée 
à ia cou&U'uction primitive , et supportée en dehors 
par une trompe en coupe de pierre, habilement exé» 
cutée. L'éclat du niurbre, de la dorure et des pein- 
tures de cette chapelle est remarquable , et rappelé la 
riche décoration des églises d'Italie, dont les exem- 
ples sont assez rares en France , et que Ton pourrait 
peut-être imiter sans y employer cette profusion d'or- 
nements , et en usant d'une sage retenue^ commandée 
par la gravité du style sacré. C'est le choix des plus 
belles matières , la perfection de la main-d'œuvre et 
la pureté des i ormes qui doivent seuls composer la 
richesse des temples ^ et commander à-la-fois le res- 
pect et Fadmiration. 

Cette église possède plusieurs tableaux de Carle- 
Vanloo ; les fresques du plafond sont de François Le* 
luujne; elles ont été retouchées par M. Callet. 

On remarquait dans Tune des chapelles de la nef le 
mausolée de Languet, zélé pasteur de cette paroisse ; 
il contribua beaucoup à son embellissement ; il avait 
obtenu de la piété des fidèles les moyens de faire exé^ 
cuter en argent la statue de la Vierge , de six pieds de 
proportion, sui^ le modèle de Bouchardon. Mais la ri- 
chesse de la matière , qui attirait la cupidité et exigeait 
une surveillance continuelle, fit prendre le parti d'y 
substituer une vierge en marbre du célèbre Pigal; c'est 
celle qu'on y voit encore aujourd'hui. 



I!l8 DB8CEIPTION 

Le mausolée dont nous vcnoiis de parler, fut exé- 
cuté par MicheUAnge Siodtz, et se voit au musée des 
monuments français. On a restitué à l'église les deux 
belles co(jiiiiles servant de bénitiers , dont la répubii» 
que de Venise avait fait j rësent au^Roi , François h^-y 
elles sont un objet de curiosité pour les étrangers. On 
admire aussi la chaire à prêcher, du dessin de Wailly, 
et le buffet d'orgue exécuté dans un bon style, sur 1^ 
dessins de M. Chalgrin. 

L'église souterraine de Saint-Sulpice est remarqua- 
ble par son étendue : on y voit d'anciens piliers de 
Téglise primitive qui prouvent combien le soi s'est 
exhaussé. Le grand nombre de sépultures qui y sont 
indiquées donnent Tidée de ces catacombes de KoHie, 
où les chrétiens persécutés célébraient leurs mystères 
et enterraient les martyrs de la foi. 



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« 



4 



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^SUn«» «UrafaM. 2b 9t Hâi|ip^ ^ Houle . 



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SB PARIS. 129 

» / 

saijnt-phiuppe du koule. 

' » • 

Csm églîée y bâtie pour èà^ la'^rasse.de ce nou* 

veau quartier, est aujourd'hui la seconde succursale 
de la paroisse de la Madelaiae.-Jb^iie fait commenGee 
en i76£^et terminée en 1784, sur les dessins et sous la 
conduite de M. Chalgrin , de l'ancienne académie 
d*architecture. 

Le plan est simple et dans la forme des premières 
basiliques chrétiennes. Sans être habile connaisseur 
en architecture , il est facile dé juger combien cette 
disposition a d'avantages sur ces piliers massifs char- 
gés de pilastres ployés en tous Sens', qui composaient 
la décoration de nos églises avant (|ue le système des. 
anciens eut prévalu sur celui des modernes. 

lie porche de cette ^lise s'annofice par quatre co- 
lonnes de l'ordre dorique romain , d'un diamètre beau- 
coup plus fort que celui 'des colônneiB ioniques de Tin* 
térieur, qui séparent la nef des J)às cotes , par un- 
péristyle de 18 pieds*de largeur ; edle de la nef est du 
double , v>6 pieds ; ce qui doune , pour largeur totale 

17 



j3o BESGftlPTIOll 

dans œuvre f environ 76 pieds ^ et plus du doublées 
profondeur, depuis les colonnes du porche jusqu^à 
celles <|ui dccoreiii la niciie du ionds du Sâ^cUiaire, 
au milieu duquel s'ëleve sur quelques marches l'anfid 
principal , isolé à la romaine. 

L'économie a fait substituer une Toute en bois à 
une construction plus dispendieuse, mais elle est exé- 
tuiée avec beaucoup d art ; décorée de caissuas et 
peinte en ton de pierre, elle en présente rapparence* 

Là charpente est composée , en plus grande partie, 
de plats-bords de sapin , d'un assemblage très-ingé- 
nieux, parce qu'il est très-simple ; Texécution en est 
parfaitement soignée. Elle a été confiée par rarchitccic 
à un entrepreneui' iiabile en ce genre , nommé Miquet, 1 
qui ne jouit pas long-temps de la réputation que lui | 
acquit cet ouvrage paxmi ses confrères , étant mort 
peu de temps après. 

LVxëcution de la maçonnerie est également bien 
soignée ; ce sont MM, Lefevre et Brunet qui en ont 
^té chargés. 

A rextrémité dus péristyles intérieurs qui forment 
les bas cotés, sont deux chapelles , dont Tune est dé- 
diée à la Vierge, l'autre à Saint-Philippe, patron de 
Féglise. On voit par la solidité de leur construction 
qu'elles étaient destinées dans Forigine à supporter • 
deux tours pour servir de clochers , auxquels fut 
substituée , par la même raison d'économie , une petita 
caropanille en charpente. 

Cette église , qui pouvait être facilement isolée au 
moyen de deux rues latérales, et qui sans doute ayait 
* 



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■ 

X>£ til 

été ainsi projetée par son auteur, est toujours, par un 
semblable motif, restée environnée de propriétés par- 
ticalier^ ; cette disposition nuit singulièrement à la 
majesté des temples comme à leur conservation , elle 
ne les £dt contribuer que faiblement à rembellisse- 
ment des villes dont ils feraient le plus superbe oi ne- 
Jnent , s'ils étaient toujours situés au milieu d'uné 
place ) ou au moins détaches par des rues, de toutes 
les maisons particulières. Peut-être un jour sentira-t- 
on mieux cette convenance et cessera-t-on de placer 
des boutiques et de profanes habitations à Tentour et 
jusques dans Fencéinte des édifices sacrés , ce qui les 
dégrade et les prive de cette di|^ité que comporte es^ 
sentieliement leiu* caractère. 

Malheureusement Fintérét dés fabriques est ^ à cet 
é^^ard , en opposition avec ce que réclament égalen^ent 
la décence et le bon goût; et il arrive trop souvent 
que ceux qui devraient opposer une courageuse rësis- . 
tance à cet abus , le font naître ou le perpétuent sous 
prétexte de conserver ou d'améliorer certains revenus. 
Peut-être en leur démontrant combien Fapplication 
de ce asele est mal entendue, leur piété sincère mettra- 
t-elle un jour autant d'ardeur à dégager les abords de 
ces mêmes églises , qu'elle en met aujourd'hui à per- 
pétuer cette fimeste hsdiitude de les confondre ainsi ^ 
par un contact indécent, avec des échoppes, des bou- 
tiques et des locations de toutes espèces. Lorsqu^au 
contraire, des trottoirs, des bornes ou des grilles 
d'enceinte, devraient interdire l'approche du pied des 
9iurs des temples à tous autres qu^aux fidèles qui s'y 



l32 DESGAIPTIOtf 

rendent , ou anx ministres qui veillent à leur conseil 

Tation. 

La France est , à cet égard y le pays uù les mono- 
ments publics , et particulièrement les églises, man<^ 
quent de cet entretien soigné et de cette propreté si 
nécessaire à leur entretien et à la décence qui doit 
les présenter purs et sans dégradation à Tœil des 
^ étrangers comme à celui des nutionaux ; on ne pou* 
vait excepter avant la révolution , de ce àétàut trop 
général, que Véglise de Netre*Dame, le Dôme des 
Invalides » la Sorbonne , les Jésuites rue Saint-ilntome^ 
et quelques couvents de femmes, tels que le Val-de- 
Grace, les Carnielites , etc. Mais le zele et les soins 
que M. le Préfet du département de la Seine apporte 
à la restauration et à la conservation des édifices pu* 
blics , permettent d'espérer qu'avant peu ce reproche 
ne sera plus fondé. 



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>4 




PARIS. |33 

CHAPELLE BEAUJON, 

9 

DÉDIÉE A SAIJJ TrNICOLAS, 

FAUXBOUKG J> U fiOUI^E. 



Cs joli monument e$t d^^_la muniiiceQce de M. 
Beaujon , conseiller d^état , reçeTeur-génënil des finan* 
ces , qui le lit bâtir, il y a environ 3o ans, pour servir 
de socrarsale à la paroissede Saiot*Philippe du Roule, 
et pour en faire le lieu de sa sépulture. Il avait fait choix, 
pour ériger tous ses bâtiments, de M. Girardin, archi- 
tecte , également recommandable par son talent di^ 
tiiigué et par sa probité. Il a constamment prouvé l'un 
et l'autre dans les diyers édifices qu'il a érigés pour cet 
homme riche et bienfais^t; les arts ont également à 
regretter la perte de l'ordonnateur et celle de l'artiste. 

La dispositi<Ni heureuse de cette eha'pell^ , son exé* 
cuUou soignée, la richesse de sa décoration où rien 
n'est épargné .et où. le bon.gqùt 'SO \£»jx remarquer , 
tout concourt à phicer ce petit monument au nombre 
des plus agréajbles productions de notre architecture. 
La nef est CM^ée de deux rangs de cQlonnes isolées ^ 
feiBiant galeries latérales ; des murs ornes de niches, 
au-dessus d'un stylobaie , lem\ servent; de fond. 



l34 DB&GRIPTI09 

La voûte de cette nef est décorée de caissons ei ecku- 
rée du haut par une lanterne quarrée. A Textrémité 
de cette nef est une rotonde également ornée d'un pé- 
ristyle d*ordre corinthiea, et (|ui reçoit aussi le jour 
du haut. L^autel circulaire est placé au centre. Cette 
disu ibiiiiuii des lumières , qui n'était point alors aussi 
usitée qu'elle Test devenue depuis , produit un effet 
séduisant, et fait singulièrement valoir les formes de 
cette architecture , à laquelle on ne peut reprocher que 
d^étre employée siur une trop petite échell#, et de pré- 
senter trop d'objets dans un petit espace : on ne peut 
s*empécher, en considérant cette'composition, delà 
croire destinée à recevoir une seconde exécution , et 
de penser qu^elle n'est que le modèle d'un plus grand 
monument , dont alors on admirerait la noblesse et 
la majesté réiuiies à 1 élégance des formes et à la ri- 
chesse des matières. 

Peut-être si le pi opriétaire et l'artiste eussent vécu 
quelques années encore ^ ils auraient réalisé ce Toeu, 
que formeront tous les amis des arts : ils devaient, 
> dit-on , ériger sur ce même modèle une église parois- 
siale , dont les dimensions seraient alors devenues plus 
grancles et auiaient mis dans un développement con- 
venable les formes trop resserrées de cette décoraoen-f 
d'ailleurs très-intéressante et très-neuve poiu: le temps 
•ù elle reçut son exécution. 

L'art avait franchi les limites où une ancienne rou- 
tine s'efforçait envain de le contenir, on rappelait 
dans les compositions académiques les temples grecs 
et romains , et Ton rejetait ce système de piliers, d'ar* 



PB PARIS. l3S 

cades et de niches quarrées y qui semblait peu aupa* 
i^Tant pouvoir seul entrer dans la composition des 
églises. Girardin eut le bonheur d'exécuter des pre- 
miers et dans le même projet deux pensées puisées 
dans Tantique ; une basilique et un temple rond pé- 
riptere ; pensées 4ont tous les jeunes architectes s'ef- 
forçaient alors de garnir leurs portefeuilles, pour op- 
poser ces études au style maniéré des Mansards , que le 
professeur Blondel yantait beaucoup dans ses leçons.- 
Saint - Philippe du Rouie et la chapelle de Saint- 
Mcolas, dont nous venons de parler, furent, à-peu** 
près à la même époque et dans le même quartier, les 
premiers triomphes publics après Téglise de Sainte- 
Geneviève, obtenus par le bon goût dans la lutte éta- 
blie depuis ioiig - temps dans 1 école , entre Farchitec- 
ture française et rarcfaitecture antique. Sans doute on 
ne regrettera point que l'avantage soit resté à cette 
aînée et que l'école des Peyre, des David Le Roi, des 
Clérisseau, Fait emporté sur celle des Blondel. On 
doit au contraire regretter que cette révolution ne se 
soit pas opérée cent ans plutôt, parce que le grand nom- 
bre de monuments érigés sous les règnes de Louis XIV 
et de Louis XV ne porteraient pas cette teinte mesquine 
et maniérée, qui dépare les principaux édifices de cm 
temps. Les conceptions étaient vastes alors, mais les 
détails étaient maigres et petits , et le genre factice de 
la décoration des édifices , contraste désagréablement 
avec la grandeur et la majesté des entreprises. Je n'en 
citerai que deux exemples entre mille : le château de 
Versailles et la façade des InyaUdes sur lesplanade. 



l'66 DBSCRIPTION 

Cett» digression m'a paru indispensable pour assigner 
à la chapelle Beaujon, le véritable raiig qu'elle doit 
occuper dans notre architecture et assurer à Girardin, 

son auteur, le tribut mtriic trcstime et de reconnais- 
sance que lui doivent les amis des arts, et particulière' 
ment ceux de Farcbitecture. 



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BB PARIS. tij 



PORTAIL INTERIEUR 

DE LA CHARITÉ. 

QuoiQus cette façade ne soit pas un portail d'église , 
sa décoration a tant d'analogie avec ce genre d'ëdi^ 
fice , que nous avons cru devoir le ranger dans cette 
classe, avec d^autant plus de raison qu^il n'y a aucun 
édifice sacré plus récemment éri^^o à Paris. 

Elle est située rue des Sain ts- Pères ^ dans I4 cour 
de rhôpital de la Charité, et a été bâtie par Antoine, 
le même qui bàut l'iiotel des Moiiiiaies. Cet archi-* 
tecte , recommandable principalement par le soià 
qu'il apportait à Fexécutîon de ses ouvrages , voulut 
faire dans ce portail un essai de l'ordre dorique ^'l ec, 
que Ton commençait à connaître à Tacadémie il 7 a 
environ vin^t ans, et donner une légère idée de ces 
propylées célèbres dont le proiesseur David Le lioy 
parlait dans ses leçons , et qu'il avait fût revivre dans 
son ouvrage sur les mouunients de la Grèce. 

Hais pour risquer cette nouveauté , Antoine crut 
sans doute qu'il était prudent de la modifier un peu y 
et de corri^^er cet ordie, dans les profils duquel, selon 
son opinion, les grecs avaient peut-être manqué de 
goût j eu conséquence les proportions générales et 

18 



iSS DESCRIPTION 

particulières jhrent altérées , le nerf et Foriginalité de 
cette production forent enlevés par ces changements ; 
cela n'empOcha pas cependant que ce petit portail 
ne fut regardé arec intérêt par les gens de goût. 

La plupart de ceux qui ne connaissaient les menu* 
tnents grecs , et particulièrement les propylées , que 
par PouYrage de David Le Roy, en trouvèrent la repré- 
sentation assez iideie ^ mais ceux qui avaient entre les 
mains Fouvrage alors très -peu connu de Stuart, ne 
pouvaient s'empêcher de regretter qu'un eut ainsi 
tronqué les proportions de Toriginal , en élevant un 
peu le fronton et en retranchant sur Tarcbitrave, 
qui est beaucoup trop basse a la Charité : d'autres dé- 
tails sont également négligés dans les profik ; les cha- 
piteaux sont trop saillants et n'ont point la piiysiono- 
mie de l'antique ; les triglyphes sont trpp longs , et 
Von prendrait sur 'ce seul essai une bien fausse idée 
de la sévérité du caractère , de la grâce et de l'harmo- 

■ 

nie de Pordre grec des propylées , dont l'échelle est 
d aiiieiurs beaucoup plus grande et le développement 
plus majestueux (i). • 

Du reste, même disposition à -peu -près pour les 
marches, dont une partie sert de base aux colonnes et 
forme en dehors un petit soubassement, et Fautre se 
trouve en arrière sous le po relie dans une demi-teinte 
fevorable à l'effet de l'ensemble. 

(i) Voyez l'ouvrage de Le Roy déjà cité , et celui de Stuart , ou 
la Galerie antique, dont les plauches sont réduitis et fidèlemeoi. 
copiées d*sprès «e dernier. 



PrrtsQ tHôtrl Dîeu . A 



— I 




PORTAIL DE L'HOTEL-DIEU, 



PLACE DU PARVIS D£ JV'OT&E*DAM£, 

î . ■ 



Il était très«difi^to<de plftear à «été du portail de 

Notre-Uame une façade q«i imposât par sa niasse. 
Quel volume peut se iaire remarquer à .cote de ce 
colosse de FaiichitectoFe goéhiqueP il ëcraserà toujours 
ce que l'on voudia mettre en opposition , et pour déco- 
rer cette place avec quelque siiccès , il faudrait , lorsque 
ses proportions seront fixées et ses abords suffisam- 
ment dégagés , Tenvironner d'un portique ou d'une 
colonnade entièrement subordonnée à Fédifice princi- 
pal, comme Le Bernm l a fait à Saint-Pierre de Kome. 
Que cette place soit ronde, elliptique ou quarrée, il 
n'importe 5 mais un édifice aussi important que la ca- 
thédrale de Paris ne peut gueres se passer d'un pareil 
accessoire, et Ton a pu juger ^ lors de la décoration 
provisoire appliquée à cet édifice pour le sacre de 
r£mpece|ir Napoléon , combien Tannoiice de sembla- 
bles portiques , pratiqués à droite et à gauche de cette 
masse, produisait d'effet, et ajoutait à la majesté de 
ce portail trop isolé , que rien n'appuie , quoique son 
excessive élévation semble l'exiger. 
L'architecte dél'Hôtel-Dieu, M. Clavareau, a donné 



l4o DESCRIPTION 

à cette décoration un cai actere mixte entre celui des 
temples et celui des monuments consacrés à la bien» 
fiiîsance et à Tutilité publiques : des croisées en forme 
d'arcades remplacent aux deux cotés du péristyle les 
niches qui dans ub édifice sacré eussent contenu les 
statues des saints , protecteurs de Téglise, etaniioncent 
les logements et les bureaux nécessaires à Feutrée 
d'une semblable maison. 

Une extrême simplicité fait le caractère principal de 
cette architecture. Uauteur ne s^est pas même permis 
les cannelures , ornement usité par les anciens pour 
Tordre dorique , et qui le mettent en harmonie avec 
les triglyphes dont sa frise est ornée ; le bossage placé 
. dans le tympan du fronton attend aussi la sculpture qui 
doit annoncer la dédicace du monument, et dont la 
seule économie peut avoir fait différer rexécuiion. 

Il ne faut donc pas juger avec trop de sévérité un 
édifice qui n'a pas reçu le complément de ses accès- 
soireâ, et qui, dans le plan général de restauration, 
doit avoir une liaison obligée avec les autres parties 
de ce COI ps-de-logis. 

Quelques personnes s'affligent de voir s'exécuter 
une restauration importante à cet hôpital ; elles préfé- 
reraient que les quais fussent dégagés de la mass« 
informe de ses bâtiments , et demandent l'érectioii 
dun monumiiiL digne de la capitale , dans un lieu 
plus favorable : mais il fallait pourvoir au soulage- 
ment des malades, en attendant l'exécution d'un prc^ 
jet si dispendieux. 



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B8 PAJIIfé l4l 



AUTRES EGLISES 

PAKOISSIALES OU CONVENTUELLES. 

I 

Les églises ou monuments du style sacré, dont nous 
avons donné la description, sont au nombre de vingt- 
iui« Ce n*est pas que Paris n'en renfermât autrefois 
et n'en contienne encore aujourd'hui un beaucoup 
pltis grand nombre , mais tous ne méritaient pas d'être 
analysés sous le rapport de l'art , et la plupart ne pré- 
sentaient du côté de leur histoire aucune particularité 
intéressante. Cependant ii n'est pas inutile d'en indi- 
quer le nom , et de donner quelques détails sur ce 
qu'il y avait de plus curieux dans ceux qu*on a dé* 
moUs ou changés de destination (i). 

Les paroisses de Paris , aujourd'hui au nombre de 
douze seulement , et vingt-sept succursales , ce qui fait 
en tout trente-iicul , étaient autrefois au nombre de 
quarante-cinq : à quoi il convient d ajouter les églises 
de quarante- cinq couvents d'hommes, et celles de 
soixante-treize couvents de femmes; on pourrait y 

■ 

(i) On n'a pas jugé convenable de donner la gravure de ces 
ttonumentt peu remarquables par leur architeeture. 



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Xi% OEftCEISTlON 

joindre encore celles de vin^neuf hôpitaux , de q\ii« 
torze séminaires , peut-être même les chapelles de 
seize collèges , et Ton aurait un total de deux cent 

vingt-deux. JMous nous contenterons, en les nomniaat 
successiTement toutes, d'indiquer briéT^eut ce ({ui 

pouvait rendre plu^ieius d'entre elles recomman- 
dables. 

Par exemple , ces quarante-cinq paroisses anciennes, 
parmi lesquelles on reconnaîtra iaeilement celles dont 
nous avons parlé précédemment, se subdivisaient ainâ: 
huit étaient dans la Cité ; elles se iiumuiaient la Made* 
laine, Saint-Germain-le-Vieux , Saint •Pierre- aux- 
Bœufs , Saint-Landry , Sainte-Croix , Sain(-Pierre*des- 
Arcis , Sa i n t-Dar thëlemy, Saiute-Marine. 

La Madelaine étoit une synagogue en 1 1 82 • Phihppe* 
Auguste ayant alors chassé les Juifs du royaume , con- 
vertit leurs synagogues en églises, et consacra celle 
qui était située rue de la Juivei ie , au coin de celle 
des Marmousets, à Sainte-Maiie-i\iadelaine. 

Elle était décorée de beaux tableaux de la main de 
Philippe de Champagne. 

La chapelle deSaint-Germain-le-Vieux, située àVex- 
trémité du MarclitvNeuf, île du Palais , était déjà érigée 
en paroisse en i36d. 

Elle avait été bâtie par les soins de Saint-Germain ^ 
sous rinvocation de Siiint-Jean-Baptiste. 

Le maitre-autel éuit dlécoré de quatre colonnes 
corinthiennes de marbre noir de Dioaut , et d'un 
tableau de Stella ; on exposait dans cette église les 
jours de grande féte une tapisserie laite du temps de 



Charles VI, représentant i liistoire de la vie de Saint- 
Germain. Les personnages en étaient, dit-on, correcte- 
ment dessinés , et le costume du temps exactement 
observé, ce qui faisait pour les arts un mouuiuent 
historique. 

On ne sait d'où vient le surnom de Saint-Pi erre- 
aux-Bœufs, donné à la petite paroisse, située immé- 
diatement au*dessus du cul-de^ac de Sainte-Marine, 
dans la rue qui porte son nom, et qui communique 
au parvis de Notre-Dame. £lle ne possédait rien qui 
pût attirer Tattention. 

L^église de Saint-Landry, érigée en paroisse dès le 
I a* siècle , et rebâtie vers la fin du quinzième, ne conte- 
nait de remarquable que le tombeau du célèbre sculp- 
teur, François Girardon , exécuté pour sa femme et 
pour lui , sur ses dessins \ par deux de ses élevés , 
Kourisson et le Lorrain. On peut le voir aujourd'hui 
au Musée des moniunents français, où il est conservé 
dans la salle du siècle tle Louis XJV. 

Sainte-Croix fut érigée en paroisse Tan 1 107, rebâ* 
tie et aufifnientéè en i45o, et dédiée en iSai, quoi- 
qu\*lle irait été linie qu'en 1529. 

L'église de Saint*Pierre-des-Arcis, que Ton croit 
aTOir été éri - < e en paroisse vers l'an 1 laS, fut rebâtie 
en i4^4î déeorée d'un nouveau portail en IJ02. 
£Ue «était située dans la rue de la vieille Draperie , à 
peu de distance du pont au Change. 

Saint- Barthélémy, anciennement la chapelle du 
palais des comtes de Paris, était situé à l'extrémité 
du c^uai des Moriondu» , vi^-a-viu» la fraude tour du 



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l44 BBSC&IFTIOir 

Palais de Justice. Cette église devint chapelle rojale 
i l*aTénement de Huguea^pet au trône. Elle mena- 
rai t de tomber de vétusté, lorsque vers 1778 , M. Cher- 
pi tel y architecte dix roi, fut charge de la restaurer, et 
d'y bâtir un portail, ce qui fut exécuté; mais l'ourra^e 
était à peine achève, que Je nouveaux plans furent 
acceptés pour rembeiiiââement de ce quartier, et les 
constructions , tant anciennes que nouvelles de cette 
église, furent démoUes ou entièrement changées de 
destination. C'est sur le terrain qu'elle occupait an- 
ciennement qu'est bàtr le théâtre de la Cité. 
K Enfin , on regarde comme un ouvrage du dixième 
siècle la petite église de Sainte- Marine, située Teis 
le milieu du cul-de-sac de ce nom , dont Teutrée est par 
la rue Saint- Pierre - aux -BcBufs ; elle était la paroisse 
de rarchevAque de Paris. Maintenant le service 
de paroisse se fait dans Téglise de Notre-Dame. 
{Toutes celles que nous Tenons de citer, sont ou dé- 
molies ou vendues , et devenues ainsi des propriétés 
t particulières. 

Seize autres paroisses étaient situées dans la par» 
tié de Paris nommée la ville j savoir : 
: Saint-Germain-rAuxerrois, Saint-Eustache, Saint«> 
Jloch , Notrc-Dame-de-Bonncs-IS ouvelles, Saint- Leu- 
Saint-Gilles , Sainte-Opportune , Saint - Jacques et les 
Innocents; Saint-Méry, SaintJosse,Saint-Jacques-€le- 
1 Hôpital, Saint-Nicolas-des-Champs , Saint-Sauveur^ 
SaintJean-en-Greve, Saint-Gervais , Saintf aul, Sainte- 
Louis-en-l'Ile. 

. Saint"^Paul , les Innocents , Saint*Sauveur, et Saia W 



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Jean , sont entièrement démolies ; nous avons décrit 
SaÎBirGermaiii, SainCF^Ëu^tache, Saint-Roch, et Sainte 

Gervais. 

Notr^Dame de Bonnes<^ouveUes ne contient abso» 
Ittment rien de remarquable : cette église^ située dan^ 
la petite rue Beauregard , près la porte Saiut-DeniS| 
ne fat d'abord qu'un» chapelle dépendant de la pa- 
roissè Saint-Laurent ; elle est encore aujourd'hui pre- 
mière succursale rie cette parois.se. Bâtie en i55t, elle 
fut démolie en i&gi ^ du temps de la ligue , pour oon» 
3truire les iortificiitio us Je la ville - reconstruice 
i6a49 die fiit érigée eu cure le 2^ juillet ifi^S. 

Saint»Leu*Saint*GiUes , d'abord simple chapelle , fut 
l>âtie en-iaSS, et érigée en paraisse Tan 1617. JBUe est 
située rue Saint-Denis, et est aujourd'hui la première . 
succursale de Saint-Nicolas-des-Champs. Elk a été in- 
térieurement restaurée, peu avant révolution, sur les 
dessins de M. de' Wailly, qui en élevant le chœur sur 
un assez grand nombre de marches, parvint à prati- 
quer aunlessous une chapelle souterraine, où l'on des* 
cend par deux escaliers demi-circulaires, dont ren- 
trée est par les bas^côtés. Cette disposition qui élevé 
beaucoup le maître^utel, est très-favorable a la pompe 
et au développement des cérémonies religieuses, le 
sol du chœur se trouvant ainsi beaucoup phis élevé qu9 
celui de la nef. 

On y voyait autrefois plusieurs bons tableaux; celui 
du maître-autel passait' pour être le ehef-d'œnvre die 
François Porbus, au jugemeat du Pou&siu. 

»9 



â46' DEdCRiPTio?r 

On 7 admirait aussi le mausolée en marbre de Ibiie 
Deslandes, femmedu président Chrétien deLamoignon, 
personne très-charitable, que les pauvres qu'elle avait 
toujours secourus youlurent enterrer eux-mêmes. 

C^est ce H ait touchant que Fartiste avait choisi pour 
le sujet du bas-relief qui ornait son tombeau. 

Sainte-Oppoitune, église rcjVale, collégiale et pa- 
roissiale, a donné son nom au quartier dans lequel 
elle se trouve située , et qui est compris entre la rue 
de la Monnoie et la rue Saint-Dems. Les reliques de 
la sainte y furent transportées en &jy, et la chapelle 
primitive agrandie, fut dotée par Louis-le-Begue; le 
chœur de Téglise attenant à cette chapelle fut démoli 
en I iS4* La cure fut annexée à une des prébendes en 

L^empereur Gharles-Quint y lors de son passage à 
Paris , sous le règne de Fiauçois 1 ' , fit présent à 
cette église d'un très -beau candélabre de bronze, à 
dix-huit branches. On y voyait aussi quelques beaux 
tableaux de Jouvenet et de Philippe de Champagne. 

Dans une des chapelles était la sépulture de la fa- 
mille Perrot, et dans Téglise on remai quait le tombeau 
de François Conan, savant jurisconsulte, mort en 
iS5i, monument qui fut érigé par Jeanne Henne- 
quin , son épouse* 

' SaintJacques et les Innocents, paroisse rebâdeet 

agrandie sous le règne de Philippe-Auguste , fut dé- 
molie en 1786 pour la formation du marché pratiqué 

sur remplacemeui du ciuicuere des Innocents. Soh 



D£ PARIS. 

dnciennecë seule la rendait recommandable (i) ; ses 

voiites élevées étaient sonores et très-favorables à la 
musique. On devait cette propriété particulière à leur 
construction légère , et au ioiu t^ue Ton avait pris de 
placer de distance à autre des vases de grès renversés 
au-dessus de trous pratiqués dans ces mêmes voûtes ; 
ils prolongeaient et rendaient argentins les sons de 
la voix dans les chants religieux > ce qui peut nous 
donner une idée de l'emploi des vases d'airain nom- 
més ekeia , cités par Vitruve, et usités dans les théâtre 
grecs pour opérer la prolongation des sons, sans oc- 
œsionner de rësonnances ou de confusion. 

Sur le maître-autel était un tableau représentant le 
massacre des Innocents, peint par Michel Corneille; 
Von remarquait aussi dans cette église la statue en 
bronze de grandeur naturelle, d^Alix Bui^otte-Recluse, 
décédée en x466, tombeau que Louis XI avait fait 
ériger à cette sainte fille, et qui, au lieu d'avoir été 
placé horizontalement, était debout adossé à un pilier^ 
ce qui attirait davantage Tattention des curieux. , 

Les charniers ou galeries voûtées qui communi- 
quaient à cette église et entouraient le cimetière^ 
furent aussi démolis à la même époque; ils contenaient 
un grand nombre de nioauments et d'épi taphes. On a 
vainement cherché dans celui où se lisait encore en 

(i) Elle subsistait sous le règne de Lo uîs-le- Jeune ^ et fut re- 
hiûe à neuf en i44^* Louis XI y fonda une école d'enfants de 
chœur « où «ix de cet enfants étaient toujours entretenus et où 
on lenr enseignait grainiteinent k musiqae vocale. 



t48 DESCRIPTION 

caractère» gothiques les noms de Nicolas Fiamel^ et 

Peruelle sa feiiime, quelques inscriptions, méJaiiies 
ou figures symboliques , qui pûssent jeter quelque noiH 
Veau jour sur la science alchimique dont on assure que 
Kicolas Flamel possédait tous les secrets j on n'a rien 
trouvé de plus que ce qui est connu et publié dans la 
bibliothèque des philosophes ehimistes. 

Saint^Méry ou Médéric^ encore aujourd'hui paroisse 
dn septième arrondissement, est tme église jadis collé» 
giale et paroissiale , située à Textrémité de la rue Saint* 
Martin, au coin de celle de la Vehrerie; elle n'était 
Vers le dixième siècle qu'une petite chapelle sous Vin* 
Vocation de Saint-Pierre, à bujueiie on substitua une 
église plus considérable, qui fut encore démolie soaâ 
le règne de François V\ et reconstruite vers lan 
tSao, telle qu'on la. voit auJoiiM'hui; c'est à cette 
époque que Ton peut fixer son érection en paroisse. 

Le genre de son architecture gothique est élégant 
et riche eh orkiemetlts ; elle conserve encore quelques 

parties de ses vitraux peints , et le chœur a été resfaui*é 
et décoré avec magnificence sous le règne de Louis XV, 
par les frères Slodt , statuaires célèbres de ce temps» 
On y remarquait entre autres objets de sculpture dus 
à leur ciseau , deux pupitres dWe invention heureuse ; 
ils étaient placés au bas du chœur, et représentaient 
deux anges île bronze, de grandeur naturelle, debout^ 
et tenant un livre ouvert, sur lequel se plaçaient cetuc 
de l'épitre ci de l'évanj^ile. 

Cette eghse était riche aussi en tableaux de l'école 
française et en tapisseries : à gauche , près de la croisée 



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tl de la porte latérale , est une ancienne chapelle nom-* 
mée Saint«Pierre-des*fioi5, dans laquelle, dît-on, est 
mort Saint Mëdéric, versi'an 700 , après y avoir vécu 
quelque temps avec un de ses compagnons. • 

Les mausoWes les plus remarquables étaient ceux 
de Simon Arnaud , marquis de Pompone, ministre 
d'éut, fik de Robert Arnaud d^Andilly, et neveu du 
célèbre Antoine Arnaud, de Port-Royal ; de Simon 
Alarion, avocat-général au parlement de Paris, d'une 
grande r^utation, comme Orateur et comme écrivain ; 
enfin celui du fameux Je*an Chapelain, de l'académie 
française , que ses qualités personnelles rendaient très^ 
estimable , mais sur le talent duquel son poème de 
la Pucelle, connu par tant de satires , a jeté un ridi« 
eale ineffaçable* 

Saint-Josse, petite paroisse, était autrefois située 
rue Aubri-le-Boucher, au com de la rue Quincampoix; 
elle n'était dans Porigine qu'une chapelle succursale 
de Saint-Laurent ; elle fut érigée en paroisse en 1260, 
puis rebâtie en 1679, par Gabriel Leduc, architecte , 
dont nous avmis eu déjà Poccasion de parler. Il n'éleva 
le portail que jusqu'à la première corniche , et ses pro« 
jets fiirent changés par son successeur. Il n'y avait 

dans ce monument i ien qui puisse en faire beaucoup 
regretter la perte ; îLy a déjà plusieurs années qu'il 
a été vendu èt converti en maison particulière. 

On citait au-dessus du maître-autel un assez bon 
tableau et une perspective, où les voûtes du chœur 
étaient continuées eu prolongement de manière à fisdre 
iUusian. 



cSo DSSCAIPTIOir 

' Le surnom de Saint- Jacques -de-rHôpital , indique 
usez son ancienne destination ; une Inscription fran- 
. çaise qu'on y lisait autrefois était ainsi conçue : « Hôpi- 
«c tal fondé en Tan de grâce iSip, par les pèlerins de 
« Saint -Jacques (i), pour recevoir leurs confireres; 
« réparé et augmenté en l'année i652. » 

Depuis on y avait établi un chapitre, dont le tré- 
sorier exerçait les fonctions de curé dans Tëtendue 
du cloître seulentent. Le vaisseau est resté dans son 
. ancienne forme, mais sa destination esttouNà-^t 
changée; c'est maintenant un atelier et magasin de 
.voitures. 

SaintFNicolaspdes-Ghamps , aujourd-hui la paroisse 

du sixième arrondissement, n^était autrefois qu'une 
petite chapelle pou^ les domestiques du prieuré de 
Saint-Martin, dont elle est très-voisine, et pour quel- 
ques habitants des environs. Cette chapelle, qui exis- 
tait dès l'an 1119, paraît n'avoir été érigée en cure 
qu'en 11 84, et reçut des augmentations de siècle en 
aiecle , à mesure que le quartier devint plus peuplé. 
. ^intérieur avait été décoré dans le style moderne 
peu avant la révolution. On y voyait quelques bons 
tableaux de Vécole française. 

La chapelle de la communion , adossée au maître- 
autel, est du dessin de M. Boullan, architecte, qui 
avait usé du secours de la perspective pour agrandir à 
l'œil un espace trop resserré. 

Vis^-vis la chapelle de la Vierge , est un petit monu- 

(i) De Gompostdle , dont le pèlerinage était alors fort soîtI^ 

k 

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D2 PAEISy l'j^l 

ment érigé par Laurent Magfniere, sculpteUF, mon en 
lyooy âgé de 82 aiis , pour lui, sa femme , et sa £Ue. 

Les autres savants et artistes inhumés dans cette 
église, sont Guiliaiune Budë, Pierre Gassendi, pro- 
fesseur de mathématiques au collège Royal; Henri et 
Adrien de Valois, frères, savants et historiens très- 
esiiniës ; Madeleine Scudéri , célèbre par ses romans ; 
Théophile Viaud , poète français , dont Tesprit était 
\if , mais dont les mœurs étaient très- déréglées ; en- 
fin François Milet, connu sous le nom d& Francisque, 
célèbre peintre de p lysage. 

Le portail de SaintrNicolas, du coté de la rue Saint- 
Martin , est dans le style gothique, mais ce n'est qu'un 
aimple pignon sans aucune physionomie. 

On a bâti du côté de la rue Aumaii e , un autre petit 
portail latéral où il y a quelque idée de l'architecture 
moderne. 

Saint-Sauveur, église autrefois paroissiale, était ori- 
ginairement nommé la chapelle de la tour , à cause 
d'une tour carrét^ qui était auprès et ne lut abattue 
qu^en 1778, On Térigea en paroisse dans le treizième 
siècle. Cette église fut reconstruite à moi hé sous le 
règne de François I". On y fit depuis plusieurs ré- 
parations, mais elle ne fut pas achevée. 

M. Poyet, architecte, avait été chargé de sa recons- 
truction sous le ministère de M. le baron de Brèteuil, 
et les travaux se poursuivaient avec une grande activité 
lorsque la révolution vint en arrêter le cours. Il est 
fâcheux pour notre architecture, r[ua ce monument^ 



i5a BBSGaiPTioir 

composé avec beaucoup de talent dans le style des an- 
ciennes basiliques y n'ait point reçu son exëcuticm ; il 
eût fait véritablement époque dans rhistoire de Fart, 
et eût offert un modde de la meilleure disposition des 
édifices sacrés : deux files de dix colonnes corinthiennes 
séparaient la nef des bas-cotés ; une immense niche 
circulaire occupait tout le fonds de Té^^lise ; au centre 
était Tautel isolé; un jour du haut éclairait ce fonds 
'avec mystère, et produisait un rajon céleste, domt 
rentrée ne pouvait s'apercevoir de la nef ; la simpli- 
cité des formes, raccord des proportions , la grandeur 
de Téchelle , tout eût concouru au bon effet de cet 
édifice y quVn péristyle d^ordre ionique eût annoncsé 
sur larueSaint-^Denis. Des murs lisses opposaient dans 
tout le reste du projet, leur noble simplicité à la ri* 
ches.se et au jeu de kiiuiere des colonnes isolées. La 
construction faite avec soin, en pierre choisie et bien 
appareillée, promettait une immiiaUe solidité, et déjà 
s'élevait à ime hauteur imposante; il n^existe plus rï&k 
de ces heureuses dispositions ; le terrein et les matériaux 
ont été vendus , et une belle et vaste maison , dans la* 
quelle se trouve un grand établissement de bams et 
plusieurs ateliers de commerce, a remplacé ce mcmu* 
;nient qui eût été Tun des plus recomiuaudables de cette 
capitale. 

Si nous recherchons quels monuments fonebres et 
quels noms décoraient Tancienne église de Saint-Sau- 
▼eûr , il est assez singuliw de n^ rencontrer que des 

acteurs comiques et des uLiteurs de poésies légères; ou 
citç parmi les premiers Ueuri-le-Grand, dit Turlupin, 



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célèbre compositeur de farces, qu'il jouait hii^méme 
avec un tel succès, que le nom de turlupinades est resté 
aux facéties de ce genre ; Hugues Gueru, surnommé 
GaultieivGarguilie , autre £u:ceur très-comique ^a^f les 
CÉiicatttres de yieiUards. 

Beruand Harduin de SaintJacques, dit Guiilot-Gor- 
ja, digne suecesseur de ce dernier; il avait étudjë en 
niëdeclne, et contrefaisait adiiui ablement les médecins 
ridicules. 

Enfin Raimond Poisson, excellent comique, inven* 
teur des rôles de Grispin, auteur de plusieurs comédies 
très^aies (i)« 

' Les poètes sont Jacques Verj^ier, auteur de poésies 
Itères un peu licencieuses, homme d esprit et de so- 
ciété; et Guillaume Colletet, mauvais rimeur, qui ne 
serait pas connu sans les satires de Duileau. On cite de 
lui ce distique en remerciement au cardinal de Eiche* 
lieu , qui , pour six vers flatteurs , lui avait fait remettre 
six cents livres. 

Armand qui pour sîi ver<; m*as donné six cents livres. 
Que ne puis -je à ce prix te vendre tous mes livres 1 

Saint -Jean en Grève, autrefois chapelle dépendant 
de Saint*Gervais , était située rue du Màrtroi, après 
Tarcade qui porte encore le nom de Saint-Jean, derrière 
rhôtel«de*ville. £lle ne fftt érigée en paroisse qu'en 

i , elle lut rebâtie sous ie règne de Ciiailes IV, en 

(i) Son fiU Paul PoisBon lai succéda , et lit long-temps dans 
les mêmes rôles les délices du théâtre Fiançais : c'est à ce der- 
nier qu'a suacédé le céMre Préville. 



lS4 BftsCllIPtiON 

iSaa , telle qu'on la voyait avant sa démolition , opérée 
depuis peu d'années. Les voûtes de son architecture 
gotfaiquie étaient assez hardies , et Ton regardait comme 
un chef-d'œuvre de construction Tarriere -voussure 
qui soutenait le buffet d'orgue; elle avait ^4 pieds de 
saillie , et cette projection , t^ans point d'appui appa- 
rent, surprenait Tceil. Pasquier de Tisie en £àt dit-on 
Tarchitecte, et nous le mentionnons ici , quoiqu'il ne 
soit point cité dans le recueil de Milizia, ni dans celui 
de Dargenrille. 

li y avait dans Vintéricur de cette église , dilTéren ti 
détails de décoration qui excitaient ia curiosité pubUque 
et avaient acquis une sorte de célébrité; tel était le 
maître-autel , surmonté d'une demi-coupole , soutenue 
|>ar huit colonnes de marbre, d'ordre corinthien. 

Le baptAme de Jésus - Christ , groupe en marbre 
blanc , avec un fond de rocher cFou Ton voyait s'ëchap* 
per les sources du Joiudain , était un ouvrage renommé 
de F. le Moyne , sculpteur du roi. 

Lliorloge placée en avant du buffet d'oigue, était 
remarquable par le mouton qui sonnait Fheure en 
frappant le timbre avec sa téte. ^ 

Un assez grand nombre de tableaux de l'école fran- 
çaise ornaient le chœur, dont la décoration était exé- 
cutée sur les dessins de J. Fr. Blondel, architecte du 
roi et professeur de Facadémie d'architecture : il 
avait aussi fait bâtir extérieurement la chapelle de la 
communion, édifice assez considérable, décoré d'un 
péristyle, et éclairé du haut par une lanterne. Cette 
chapelle seule a été exceptée de la démolition générale 
de l'église , et vient d'être réunie au local de rhôtel-de- 



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!>« PAAIS* lS5 

ville j sa voûte a étë refaite dans une meilleure forme , 
et la . nouvelle décoration a été traitée dans un genre 
plus simple et plus sévère^ par M. Molinos , architecte 
de la ville de Paris. £lle sert de sallç d'assemblée dans 
les réunions un peu nombreuses , et c^est là que Ton 
a tenu depuis peu la première séance des députés do 
la nation juive* 

Parmi les monuments funèbres qui décoraient cette 
^lise, on remarquait celui de M. Moreau de Sillesi 
écuyer , exécuté en marbre et en bronze , par Gautier. 

Ou y lisait aussi Fëpitaphe de Michel- Antoine Bau- 
dran , auteur dVn dictionnaire géographique ; 

Celle de Claude de Lorraine, plus connu sous le 
nom du chevalin d'Aumaie, qui fut tué à Samt-Denis, 
dans une attaque , à la téte d^un parti de ligueurs quUI 
commandait , 

De Simon Youet, peintre fécond, dont la plus grande 

oire est d'avoir compté le Sueur et le Brun au nombre 
de ses élevés. Il composait et exécutait ses tableaux avec 
une extrême facilité, mais ils étaient peu étudiés. On 
Taccuse d'avoir fait prendre une mauvaise direction à 
récole française, et d'avoir contribué par ses intrigues 
à éloigner le Poussin, qui l'eût rendue rivale de celle 
dltalie, si ses principes sévères eussent prévalu sur le 
faux goût où elle tomba après la retraite de ce peintre 
sublime. 

Le terrain qu^occupait Féglise SaintJean, est destiné 

à de nouveaux percements dans ce quartier , pour dé- 
couvrir le portail de Saint-Gervais, ainsi qu'à Tagran* 
dissementdç rhotel-de-ville, beaucoup trop resserré 



iStf DfiSCEIPTIOlf 

pour les besoins du service, et Taffluenoe qui s*j povCe 

lors des fêtes et des cérémonies publiques. 

ous avons £adt ]a description détaillée de Saint-Geiw 
Tais, et nous avons déjà dit quelque chose de Saint- 
Paul, en parlant de Téglise de Saint-Louis des Jésuites, 
qui remplace actuellement cette ancienne paroisse an* 
jourd'hui tout-à-fait démolie. , Nous ajouterons au peu 
que nous en ayons dit , que cette ^lise était origi-^ 
nairement une chapelle que Saint Hoi fit bâtir hors 
de la ville, Tan 634 9 ^us le nom de Sain ^- Paul. £U6 
fut érigée en paroisse en 1x07, et considérablement 
agrandie eij i225, lorsqu'elle devint celle de nos rois, 
pendant leur séjour à l'hôtel de Saint-Paul et au palais 
des Toumelles. Charles YI j fut baptisé le 3 décembre 
i368. 

Charles VU fit ériger enfin et dédier en i43i , F^Use 

qui subsista jusqu'à la révolution, et qui, dans sa cons> 
truction , ne présentait rien de bien remarquable. Le 
maître-autel était reoouyert d'une menuiserie dorée , 
établie sur les dessins du célèbre Jules-Hardouin Mon- 
sard , mort à Marlj en 1708 , qui eut sa sépulture dans 
cette église, et un 'monument en marbre, sculpté par 
Coysevox , son s^i y ce mausolée se voit aujourd'hui 
aii musée des monuments français , dans la salle du 
XVII* siècle. Les vitraux peints de cette église , qui y 
sont aussi conservés , avaient également de la réputa«» 
, tion : ils étaient de Desaugives ou Percher, Poirier et 
d'autres , d'après les dessins de Vignon le père. Les 
autres monuments funèbres qui attiraient' Tattention 
dans cette église, étaient ceux de François d'Argouge^ 



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DB PARIS. iSjr 

premier président du parlement de Bretagne : du duc 

de Noailles, par Anselme Flamand : de Nicolas Gilles, 
auteur des annaies et chroniques de France, mort en 
i5o3 : du célèbre Rabelais , curé de Meudon , mort en 
i553 : d'Henriette de Coligni , comtesse de Saxe , morte 
en 1673* Auprès du maitre-^utel avaient été inhumés 
les trois favoris d Henri II i , Maugiron , Quelus et 
Saint-Mégrin, dont les tombeaux furent détruits par le 
peuple sottleré, après la mort des Guises, le a Jan» 
vier i588. 

On Yoyait aussi dans Téglise de Saint-Paul , de beaux 

tableaux de Jouvenet, de le Brun, de J. B. Corneille; 
une arche enrichie de pierreries , que l'on portait en 
procession avec beaucoup de pompe , le jour de la Fèt^ 
Dieu , exécutée sur les dessins d'Hardouin Mansard. 
On exposait dans Téglise, à cette époque, une très-belle 
tenture d'or, d'argent et de soie, dont avait fait pré- 
sent à cette église la veuTC de Léon BouthiUier , comte 
de Chavigny , ministre d'état : elle représentait This- 
toire du Saint, patron de i église. L'iiorioge de Saint- 
Paul et sa sonnerie étaient également célèbres. Au 
sommet d'une tour élevée, une figure de bronze, gros- 
sièrement travaillée, plus forte que nature et vêtue i 
la romaine , levait son bras pour frapper avec un mar» 
teau les heures sur le timbre de Fhorioge ; cette ligure , 
attirait beaucoup l'attention du peuple, qui t'appelait 
Jacquemart. 

Saint-Louis en l'isle, la seule église de cette isle, qui 

porte le nom de ce saint, érigée en paroisse en 1623, 
fut reconstruite en i664) sur les dessins de Louis 1# 



tB8 SBiC&IPTION 

Vau, avec une somirie de 3o,ooo francs , léguée jiour 
cet objet par J. B. Lambert y elle fut continuée sur 
les dessins de Gabriel le Duc , et enfin terminée en 
1726, sur ceux de J. Doucet. 

C'est aujourdliui la première succursale de la pa:» 
roisse Notre-Dame. Elle possédait quelques bons ta- 
bleaux et Quelques sculptures estimées; la tribune de 
Foi'gue eut autrefois de la réputation ; toute la sculpture 
de décoration a été exécutée sur les dessins de i. B, 
Champagne, peintre, alors marguiller de cette paroisse. 

Elle conservait les restes de Philippe Quinault, au- 
diteur des comptes, si connu par les poésies lyriques, 
et dont le talent dans ce genre a triomphé des satires 
de Boileau. 

On comptait neuf paroisses dans le quartier de runi» 

versité. 

Ces paroisses étaient Saint-Séyerin , Saint*Nicolas 

du Gharduuiiet, S'aint-Etienne-du-Mont, Saint-i3eiioit, 
Saint» Victor, Saint-Hilaire, Saint-Cosme, Saint-André* 
des«Arcs, Saint-Jean du cardinal le Moine. 

Saint-Séverin, seconde succiursale de la paroisse de 
Saint-Sulpice, est située dans la rue qui porte son nom, 
entre les rues de la Harpe et Saint-Jacques. Il existait 
eu même endroit, dès le commencement de la monar- , 
ehie^une abbaye et une église dédiée à Saint-Laurent, 
en 5a5; Saint Séverin en était abbé : il j lut enterré vers 
Tan 55 1 , et sa réputation de sainteté ayant fait honorer { 
particuUèrement sa sépulture , Téglise de Saint-Laurent j 
prit, par la suite, le nom de Saint^Séverin. I 

On s>à,ii (^ue Saint Séverin donna, dans ce lieu, Tlur 1 



bit monastique à Saint Gloud, fils de Clodomir, qui 
n'ëchappa à b mort qu'en se faisant religieux: En 
io3i elle portais le nom de Saint-Séverin le Solitaire; 
en 1210 elle était déjà paroisse, et Ton pensait à la 
rebâtir; la construction commencée fut souvent inter- 
rompue, et ne lut entièrement achevée quen 

En 1684 , on fit au diœur des réparations consi- 
dérables , et Ton en changea la décoration ; le maître- 
autel fut orné de huit colonnes de marbre d'ordre 
composite , sur les dessins de Lebrun , qui chargea 
le statuaire iubi de^ Texécution des sculptures ac- 
cessoires. Il 7 avait de très-bons tableaux de Philippe 
de Champagne dans plusieurs chapelles. 

On 7 T07ait le monument d'Etienne Pasquier, cé- 
lèbre avocat , qui fut poète et historien , mort en 161 5 , 
âgé de 87 ans : ceux des historiographes de France 
Scevole, et Louis de. Saint-Marthe; et celui de Tau» 
leur du dictionnaire historique, Louis Moreri , mort 
en 1680, d'un excès de travail, à iâge de 38 ans. 

En 1 587 ^ on exposa dans cette église un tableau , 
pour exciter le peuple à la révolte contre les hugue- 
nots (▼07ez les mémoires de TËtoile) : a7ant été re- 
tiré par ordre du roi, les ligueurs s*en empar^ent 
après la journée des barricades , et le placèrent à 
Notre-Dame, où il resta jusqu'à l'entrée de Henri lY 

JL PatiS. 

^ Cette église , qui avait été extr^ement dégradée 
pendant la révolution , vient d'être réparée; les char- 
niers , qui menaçaient de tomber par vétusté , ont été 
abattus , et cet espace procure la libre circulatioa de 



DESGRIPTIÛN 

Pair, dans oe quartier où les habitations sont béni* 

coup trop resserrées. 

Saint-Nicolas-du-Ghardonnet tire son nom dusol ieiii> 
pli de chardons, sur leqfuel cette chapelle, autreloii 
succursale de Saint-\ ictor ^ fut d^abord construite. 
Elle forme aujourd'hui l'angle des rues Saint -Victor 
et des Bernardins. 

Érigée en paroisse dès Tan i243» elle fut rebâ* 
ûe en i656 ; les travaux interrompus furent repris 
en 1705 et achevés en ijop, à l'exception du portail 
sur la rue Saint-Victor, qui reste à faire. Elle iîit dë^ 
corèc avec richesse , dans plusieurs parties , sur les 
dessins de le Brun , et renfermait un assez grand 
nombre de tableaux de ce maître , et d'autres de Técole 
fiançaise. Mais ce qui faisait autrefois sa plus grande 
illustration c'était le tombeau de Charles le Bnm 
et celui de sa mère , érigfés sur les dessins de ce pre- 
mier peintre de Louis XXY , par Tubi et Collignon , 
statuaires de réputation. Le buste de le Brun , par 
Coyzevox, et les autres sculptures de son tombeau at- 
tiraient également la curiosité; elles sont aujourd'hui 
conservées au musée des monuments français. On 
voyait , dans la chapelle Saint-Charles, un plafond, et 
un tableau d'autel représentant ce saint, chef-d'œuvre 
du même peintre. L'église renfermait aussi les cen- ^ 
dres de la famille de Bignon et de celle de Paulmi ; 
d'Argenson. 

Saint-Etienne -du -Mont a été décrit avec l'ancienae 
église de Sainte-G«[ievieve. 
Saint-Benoît, autrefois église collégialeet paroissiale, 



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aujourd'hui tioisienie succuisale de la paroisse Saint» 
Sulpice ) est situé rue Saint-Jacques , yis-à-vis la place 
Gambraj. Un cloîere asiez considérable environne 
cette église, dont on attribue la fondation à Saint 
Denis , à cause d'une inscription ainsi conçue, qui se 
lisait sur les vitres de la chapelle Saint Nicolas : In hoc 
sacello S* Djronisius cœpit invocare nùmen sanctis^ 
dmm TVinitads. EUe a porté d'abord le nom de Saint- 
fiacque et Saint-Per^e , martyi-s , ensuite celui de 
tourné, qui signifiait imi/ /oum^, parce que, contre 
l'usage, le maître-autel était a roccident, au lieu d'être 
à l'orient* On croit qu'elle put être o^inairement 
bâtie vers le sixième ou le septième siècle ; on la trouve 
indiquée , dans ie douzième , sous le nom de Sainte 
Benoît:. On rebâtit, sons François la nef et Je poi^ 
tail , et Ton corrigea le défaut de position du maître» 
auld , en le plaçant à l'orient* Alors l'église prit le 
nom de Saint>Benoît le bim tourné^ ou le bis tourné^ à ' 
cause de ce changement. Il paraît qu'elle fut restaurée, 
sous Louis XIV , par le célèbre architecte Claude Per- 
rault , qui décora ie rond point de Téglise de pilastres 
corinthiens , 6on genre de décoration favori. 

Il fut enterré dans celte église , ainsi que GhaHes 
Perrault son frère , contrôleur général des bâtiments 
du roi , ifoembre des académies française et des sdeo- 
ces, et l'auteur de plusieurs ouvrages estimés. On se 
lappdle que la tombe de Pierre Perrault, avocat en 
parlement , le pere de ceux-ci, mort en 1669 était â 
Saint-Étienne-du-Mont, et que ses en£ants lui avaient 



l6s DBSCRIPTIOir 

fait ériger un luouument dout la sculpture était Je 
Girardon. 

LVxcellent gravenr Gérard Audran , Tanatoimste 

Miiâlûw^ Jean Dorât , surnommé le Pindai'e fran^alâ, 
mort en- 1 588, Eené Choppin, célèbre avocat, Jean 
Doniat, autre avocat, illustré par son livre des lois ci- 
viles dans leur ordre naturel ; la branche du procureur 
général Brulart, et enfin, Michel Boyron, que Louis 
XIV appelait Baron , et qui garda ce nom , et mérita 
le surnom de Roscius français, parce qu'il réunit, dit- 
on , toutes les qualités qui font Texcellent comédien , 
eurent tous leur sépulture dàns cette église, ainsi que 
quelques-autres , dont les épitaphes curieuses étaient 
rassemblées sous les charniers. On y voyait aussi quel* 
ques tableaux ét monuments de sculpture assez géné- 
laiciueiit estimes. 

La croix qui existait en bout du clocher était, dit«> 

on , parliiitemeriL bien orientée aux quatre points 
cardinaux 9 et l'on sent que de tels reperres , authen« 
tiquement constatés, doivent être, après un certain 
iaps de temps , utiles à vérifier , pour connaître les 
changements qui pourraient s'opérer , soit dans le 
globe, soit dans les édifices , par des causes naturelles 
ou accidentelles. Les architectes ne doivent donc 
point négliger, toutes les fois qu'ils en ont roecasion , 
de marquer sur leurs monuments les points de cor- 
lespondance existants entre le ciel et de solides cons- 
tructions , aim de pouvoir servir, en certains casi, 
rasti'onomie ou les sciences physiques. 
. Saint-Yictor ^'autrefois abbaye royale, aujourd'hui 



HB PAKIS. l63 

totalement démolie (remplacement de son territoire 

a été rendu au commerce) , fïit d'abord, comme la 
plupart des grands monastères ^ une petite ciiapeile. 
Près de là était un hermitage appelé Ceîla vêtus , 
et habité par un uioiue noir. Ces deux ui dtoires étaient 
placés sur le terrain du clos dit des Arènes , et où 
Ghilderic avait fait Mtir ou plutôt rétablir , en ^yy y 
un ampiiitliéàtre ou cirque poiu* les jeux publics. 

Louis-le-Gros y fonda, en iiiâ, une abbaye que 
François l ' fit rebâtir en iJi j, et qui reçut encore 
depuis divers embellissements sous les derniers rognes. 
Le portail , décoré d'un èrdre dorique , avait été re^ 
construit en lyGo. Plusieurs grilles dorées et d'une 
grande recherche dans le travail , se faisaient remar<» 
quer dans l'intérieur. Celle du chœur était l'ouvrage 
d'un serrui'ier célèbre nommé Durand ^ mais , dans de 
pareik' ouvrages , les gens de goiVt avaient souvent à 
regretter qu'une exécution aussi achevée et des travaux 
aussi compliqués et aussi dispendieux , ne fussent pas 
appliqués à de meilleurs dessins , et que , dans les 
temples sur-tout , la noblesse et la pureté des formes 
ne remportassent pas toujours sur cette multiplicité 
âe détaik qui ne séduisent que le vulgaire et fatiguent 
l'œil exercé du connaisseur, il y avait aussi des vitraux 
peints d'une belle exécution , des tableaux de Técble 
française assez renommés , des reliaues d'un 5^: and 
prix , entre autres une croix d'or donnée par Louis-ie- 
Gros, fabriquée^ disait-on , par Saint^Eloy, et qui con- 
tenait un gi aiid morceau de la vraie croix. 

Le cloître renfermait plusieurs tombeaux d'hommes 



l(î4 DISCRIPTIOBT 

célèbres 9 Ilionneur du siècle par leur «eie, lears ta* 

Iciils ou leurs vertus, et que nous nous plaisons tou- 
jours à rappeler au souvenir de ceux à cjui les iettxe» 
et les vertus sont chères. 

Les plus renommés étaient ceux de Hugues, dit de 
Saint-Victor, parce qu'il se consacra à Dieu dans cette 
abbaye en iii5. On le surnomma FAugustin clç son 
siècle. Il mourut en 1142. Le célèbre Abeilard fiit un 
de ses successeurs dans la chaire de philosophie au 
douzième siècle ; on montrait, sous le grand dortoir, 
une salle basse soutenue par des piliers gothiques , 
Ton disait avoir été Técole où cet éloquent professeur 
enseignait la théologie. Le jésuite Maimboorg, mourut 
d^ns cette maison en i686. Le poète Santeuil^ qui, 
dans le dernier siècle , fit revivre le goût des vers la- 
tins par sa célébrité dans ce genre et par l'originalité 
de son esprit , professa aussi la théologie à Saint- 
Victor } et y eut son tombeau et son épitaphe en vers 
latins par le célèbre RoUin. , 

La bibliothèque d^une maison où de si savants hom- 
mes avaient habité, devait être distinguée, en eifet^ 
le choix et le nombre des livres la rendaient telle : on 
y comptait 18 à 20 mille manuscrits, parmi lesquels il 
y en avait de très-prérieux. On citait entre autres une 
bible du neuvième siècle, un alcoran , beaucoup d'au- 
tres manuscrits orientaux, etunTite-Live du douzième 
siede; un recueil très«complet de géographie ancienne 
et une superbe collection d'estampes. Çes richesses 
^ littéraires font aujourd'hui partie de nos dépôts iia« 
tionaux. 



4f 



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OE PARIS. l65 

Sainfi-ffilaire , petite église autrefois paroissiale ^ 

existait avant l'an i3oo; elle a été réparée au com- 
menoefiient de ce siècle ^ elle était situé^ en l^aut de 
la rue des Carmes , vis-à-yis celle 4^ Sept- Voies , 
^ns la rue qm porte son nom^ Elle ne contenait rien 
de remarquable. SairU'Côme , petite ^Use également 
paroissiale autrefois, située rue 1^ Harpe , au coin 
de celle des Cordeliers, date du quatorzième siècle; 
elle ne contenait non plus rien d'intéressapt, si ce 
ji^est quelques sépultures , con^nie celles de la famille 
des Orner Talqn, des Debexe, de Claude d'Esp^m^^ 
célèbre théologien ; mais le monument sépulcral qui 
attirait le plus l'attention dans son enceinte y était 
celui de'la Peyronie, premier chirurgien du roi, mort 

en 1747 > q^it? les înaares en chirurgie de Paris lui 
£rent énger, en reconnaissance de Tillustration et des 
progrès de la chirurgie, cet art si utile, auxquels il 
contribua.beaueoup. Saint- Audré-dcs-Arcs , paroisse 
ancienne et célèbre , aujourd'hui entièrement démo» 
lie, autrefois située dans la rue du même nom à peu 
jde distance du pont Saint-Michel , fut érigée à la place 
d^uu ancien oratoire, sous le npm dé Saint^jindiol y 
el 4U UI1 prononçait Saint-Auclen. On croit qu'elle fut 
rebâtie dans le quinzième ou seizième siècle. Sa struc* 
tnre, du style gothique, était très-élégante, très-re^ 
cherchée et très-riche en sculpture , d'une extrême dé- 
licatesse et d^une grande finesse de traYail pour les 
évidements, la patience et les difficultés' vaincues. Elle 
était riche en monuments des arts ; et c^est peui-cUe 
la célébrité ^*ils lui avaient acquise, qui la faisait 



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i66 ^ ]>£scaiPTioii ^ 

nommer par le peuple plutôt Saint-André des arts que 
lies arcSf surnom qu'elle dut sans doute ^ dans Von» 
gine, aux arcs élégamment ornés dont ses Toùtes et 
SCS 1 i oisëes se composaient. 

Outre les tableaux dont elle était décorée, plusieurs 
monuincnts de sculpture y étaient remarqués, soit 
par le travail des artistes, soit par le nom des fa- 
BÉUes à qui ces monuments funéi*aires étaient ccmsa* 
crés : tels étaient ceux d'un prince et d'une princesse de 
Conti, par Girardon et Goustou Taîné; de la £inulle 
célcbie dans la magistrature, des de Thou, par F; 
Auguier ^ de Jacques Coctier , médecin de Louis XI ^ 
de le Nain , de Tillemont , du célèbre graveur Nanteuîl, 
de Charles Dumoulin, jurisconsulte, de Hem i d Agues- 
seau, conseiller d^état, de la Motte^Houdard, de l'aca- 
démie française , mort en ij3i, du vertueux curé de 
cette paroisse, Claude Léger; ce dernier était exécuté 
en stuc par de Laitre; enfin celui du célèbre littérateur 
Tabbé le Batteux, siur lequel on lit cette inscription 
simple et touchante , Amicus amico. 

On distinguait, sur le banc dç l'œuvre, un médaillon 
en marbre, représentant Saint André^ ex i^oto d'Ar* 
mand Arouet, frère du célèbre Voltaire, et janséniste 
très-zélé écrivant pour son parti ^ ce qui faisait dure à 
M; Arouet le pere, qu'il avait pour fils deux fous , Tun 
en prose et Tautre .en vers. Sainte-Foix cite , comme 
remarquable, la borne faite du tronc d'une ancienne 
statue érigée au factieux Perin-, par les bouchers , 
pendant les guerres civiles , sous le règne de Charles V I , 
et qui se trouvait placée au coin de la rue Saint-André* 



des- Arcs et de celle de la Vieille-bouderie. Saint Jean 
du cardinal le Moine , chapelle du collège de ce nom, 
qui fut fo lul c , en 1 3oa , par le cardinal Jean le moine. 
Il acheta , à cet effet , la maison , la chapelle et le ci- 
metière des Augustins au Chardonnet. Cette chapelle 
fut érigée en cure en 1 3o8 ; considérablement réparée 
en ij^y 'y elle a été depuis vendue et démolie ^ elle ne 
contenait rien de remarquable. 

Les douze paroisses des faubourgs étaient Saint- 
Martin, cloître Saint-Marcel, Saint*Médard, Sainte 
HyppoUte, Saînt<Jacques-du*Haut-Pa8 , Saint-Sulpice , 
Saint-Laurent, Sainte-Marguerite, la Madeleine de la 
Yille-rÉTéque, Saint-Philippe du Koule , Saint-Pierre 
de Cliaillot, Saint-Louis des Invalides , la paroisse du 
Gros-Caiilou. 

Nous avons décrit les plus remarquables ; ce que Fou 
peut désirer de savoir sur les autres se réduit à ce qui 
5uit : Saint-Martin , petite église , devenue parobsiale 
en I20O, située dans le cloître Saint-Marcel, n'était 
qu'une chapelle dans Torigine ; elle fut rebâtie en 1480, 
et considérablement augmentée en 1678. 

S;iint-Médarcl , aujourd'hui troisième succursale de 
ia paroisse Saint-Étienne-du-Mont, située rue Mouf- 
feta rd , portait déjà le titre de paroisse dans le douzième 
siècle; réparée et agrandie à plusieurs reprises, elle 
a été intérieurement décorée, et le maître-autel recons* 
truit à la romaine , sur les dessins de M. Petit-Radel , 
architecte, qui a aussi rebâti la chapelle de la Vierge 

«D 1784. ^ 

liC célèbre Olivier Patru, avocat au parleuieui , sur- 



, l68 DSSCRifTiOJI ! 

nommé le Quintilien français, est inhttmë dans cette 
paroisse. Pierre JNicoie , z.élé partisan de Jaménius, et | 
le diacre François de Paris, mort en 1727, dont la 1 
tombe attira long- temps la iouie , parce qu'elle opérait^ 
disait** on ^ des miracles, y ont aussi leur sépulture. 
Le cimetière où était ceUe de François Fans, fut fenné, ; 
du roi, en 1733. 

Saint- Hippolyte , petite église située au coin des 
rues des Gobelins et Saint-Hippolyte , était déjà pa- 
roisse en 1220 : son voisinage avec la célèbre ma* ; 
/ nuiactore des Gobelins lui avait procuré plusieurs , 
bons tableaux. Au-dessus du maître-autel était Tapo- 
théose du Saint, peinte par Le Brun. Cette église pos- ■ 
sédait aussi deux petits tableaux de Le Sueur. La chaire 
a prêcher, exécutée par Challe, sculpteur, avait de i 
la réputation. 

Parmi les sépultures qu'èlïe renfermait on distin- 
guait sur-tout celle de la famille des Gobelins ^ qui | 
établit cette manufacture de tapisserie, dont lés pro* | 
ductîons connues dans totite TEurope, se sont tou- 1 
jours perfectionnées depuis sbn origine v et sont au- ! 
jourdliùi arrivées àu point de rivaliser avec les origi- | 
naux en peinture qui servent de modèles. 
Saint -Jacques du Haut- Pas , aujourd'hui accoude | 

succursale de lu |)aroi5bc Saint-Etienne-du-iMuiit , lui 
rebâtie et déclarée paroissiale en i63o. Monsieur, i 
frère de Louis XIII , en posa la preiftiere pierre ; les 
travaux se bornèrent alors à Térection du chœur seu- 
lement. £n 167S , les travaux furent repris , par la 
muniûcence de Madame de Bourbon , duchesse de 



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' DE PARIS, 1^ 

liongue^e 9 qui posa la première pierre de Ift tour 

et (lu portail, érigés sur les dessins de Giltaid , archi- 
tecte de l'académie , et contribua à une partie de la 
dépense; le «ele des paroissiens fit le reste, les carriers 
fournirent gratuitement une partie de la pierre du 
pavement , et les ouvriers donnèrent chacun un jour 
de leur travail par semaine. Cette partie de Téglise 
achevée , on commen^ en la clmpeUe de la 

Vierge, dans le fond du chœur. On citait quelles 
bons tableaux dans cette église , un entre autres de la 
Hire , qui commença la réputation de ce peintre ; le* 
pere . de Philippe la Hire , graud géomètre , re- 
pose en ce lieu , à côté du célèbre astronome Jean* 
Dominique Cassini. On y voyait aussi avec attendris* 
.sèment et vénçration le touibeiau de Jean Desmouiins, 
curé de cette paroisse-, vertueux, zélé, chariiable, le 
pere de^ indigents et le modèle des pasteurs : son nom 
est encore répété avec des regrets ,qui font son éloge^ 
par tous les gens de bien qui habitent sur cette .pa- 
roisse uu.aux environs. i * 

Saint-Laurent, paroisse du cinquième arrondisse- 
ment, située grande rue du tauxbourg Saint-Mai'tin, 
est d'une fort ancienne fondation ^ érigée en paroisse 
en 1220, elle fut rebfttie en 14^9 ^ cle nouveau l^éta* 
hlie en 1 ; le portail ne fut érigé qu'en 1623. 

Antoii^e Le Pautre donna les dessins du^maître^utel, 
dont la sculpture fut exécutée par Guérin. Le célèbre 
François Blqndel dirigea la. décoration; du chœur et^ 
' celle de la chapelle de la Vierge ; la chapelle des Fondji 
' ist plus moderne. 



%y9 VSSCRIPTIOH 

Saâtite •> Marguerite , aujourd'hui paroisse du lini' 
tieme afroiidisseiiiMt, tie fut d'abord qu'une chapdk 
bâtie en i()2 5, et qui, vers l aii i63o, fut déclarée sue- 
eorâale de la paroisse Saint-Paul, après aToir été mise 
ibus riiÎToeatioii de Sainte -Margfuerite , par Antoine 
Fayet , curé de Saint-Paul , pour lui servir de sépul- 
ture , à Inî et ceux de sa famUle. Elle le^t située rue 
Saint-Bernard. Elle fut agrandie et érigée en paroisse 
Fan 17129 sur la demande et aux frais des habitants 
du ftuxlKmi^ Saint-Antoine, malgré les oppositions de 
Fabbesse de Saint - Antoine et autres. A gauche du 
«chœur ést une dbâpeUe sépulcrale , dont la décçra* 
tion architecturale assez imposante a été peinte en en- 
tier à fresque par Brunetti, très habile décorateur, 
sur )eitf dessins de Louis rarchitecte , qui bâtit b salle 
de spectacle de Bordeaux , et depuis , les noUTeaux et 
immenses bâtiments du Palais -Royal. Cètte chapelle 
ftit à'Pàrts l\kn des^premiers ouvrages qm le mirent e» 
réputation : elle a 47 pieds de long sur 60 de Jarge et 
35 de hauteur* Sa TOÙte est en berceau y. percée an 
milieu d'une lanterne quarrée et décorée de caissons 
peints en grisaille, comme tout le reste de rarchitec- 
ture; Cette chapelle , dont llmmidîté'et lé défiMit d'en» 
tretîcn avaient beaucoup endommagé la peinture, vient 
d'être restaurée, et Ton peut jouir encore de sa àè^ 
coration. .La frise et l'architrave réunies ne forment 
qu^un seul bas-relief, où Tartiste a peint d'un côté la 
moft de Jacob , de Tautre ses funérailles ; au-dessus de 
Fentrée, Adam et Eve chassés du Paradis terrestre. 
Le tableau du fond peint par Briard , représente le* 



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ailles dn Purgatoire , que des anges viennent délivrer 
et porter au Ciel, lie pavement est distribué en trente 
tombes rëgiijiieres. On vojjiit à Tentiée lé m^^i^hn 
en marbre du célèbre mécajuicien Vaucausoa, mort 
en- 178a y 4 Tàge de y 4 ^Ç^- 

La IHMel^ne de la Ville^FÉTéque , ainsi noauQ^ 
parce qu'autrefois les évêqnes de Paris avaient, dani 
ce bourg, séparé de la ville, une maison de plaisanca 
en italien i'illa^ à laquelle étaient attachées tles terres, 
des dimes , des gr^^nges , etç» % était une cbapaUe fon« 
dëe'par Cbarlea Vil, el qui, après avoir long^tempA 
servi de succursale à la paroisse de Saint-Germain- 
TAuxieirois, Ait, en lôâp, érigée en paroisse pour le 
ser\^ice du fauxbourg Saint-Honoré. L^agrandissement 
rapide de ce nouveau quartier ^ obligea de la recons-» 
truire, et la première pierre en fîit posée en xé^So. 
Le siècle suivant, Ton reconnut qu'elle était insuf- 
fismitepour le cpiartier, qui prenait chaque jour 
nouveaux accroissements et une décoration-imposante 
par les somptueux bâtiments de la place Louis XV, 
Ce prince ordonna donc qu'une nouvelle église plus 

vaste fùL Lii<jée, et située tle manière à concourir à 
l'embelUssement de cette partie de la ville. Des pians 
faii furent présentés, et la première pierre du nouvel 
édifice fut posée le 3 avril 1764* L'architecte M. Con- 
tant, d'ivri, étant mort en X777,degvaiids changements 
furent apporté» à ses projets par M. Couture, qui lui 
succéda , et ht ériger le portail non achevé^ dont les 
fftts de colonnes semblent promettre uhe noble et richib 
oidoDuance imitée des anciens temples grecs» 



. En attendant l*ae1ièr«ireiit de ce Taste ëdifioe, dont 

la destination semble n'être pas eneore entièrenicjit 
fixée^ rancieime petite églye a été démolie; san ter- 
rain forme aujourd'hui des clulniiers pour l'approvi- 
aionnement du bois à bniler ; et le service du cuite a 
M tfanaféré'à TAssomption, devenne la paroiaa&im* 
përiale , toujours sous rinvocation de Sainte Made- 
leine.. 

SaiavKerre de Gfaaînot , église située -vers te mifien de 
la grande rue de ce village, devenu l'un des fauxi>ourgs 
de Paria en i6Sg\ et qui fiiit maintenant partie de la 
ville, puisqu'il se trouve compris tlaiis la nouvelle en- 
ceinte des barrières, ^t aujourd'hui la troisième &uo 
cursale de la paroisse de la Madeleine, dont nons v^ 
nous de parler* £lle ne contient rien de remar^abie 
en peinture ni en architecture* 

La paroisse du Gros-Caillou, autrefois petit village ' 
situé sur les bords de la Seine , après les Invalides, est 
ainsi nommée à cause d'un très-^roscaillou qui se voyait 
sur la place où est aujourd'hui Téglise. On avait corn- • 
menoéà la reconstruire, avant la révoluûon, sur les des- 
sins de M. Ghalgrîn ; elle devait présenter un édiSee 
d'une étendue à-peu-près semblable a celle de i' église 
' de Saiat«>Philippe du Roule , et du même degré de ri* 
chesse. Cette construction a été interrompue quoique 
très-avancée, et n'a point encore été reprise, parce 
que, dans la nouvelle division des ^lises, eUe ne 
s'est trouvée désignée ni comme paroisse, ni comme 

aucewwle* ' 

Les églises de$ séniînaires étaient aju nombre de quap 

torze y savoir : 



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Saint^Magloire y fauxbourg Saint Jacques, fondé en 
t6 i 8, le premier séminaire à Paris et même en France; 

Saint'SuIpice , vis-à-vis l'église , fondé en 1642, ao 
lueliement démoli pour ibrnier la place ; 

Saim^Nicoias du Chardonnei^ fondé en 16 44 1 
Les BojLS'EnJantSy porte Saint-Vietor j 
Les Mission&^Etrangeres ^ rue du Bacq , fauxbouif[ 
Sûnt-Germain ^ 

Saint-Louis ^ rue d'Enfer, Saint- Michel ; 

La Sainù>Famille^ dite des TrenMroh^ montagne 
Sainre- Geneviève, ainsi nommée en riionneur des 
treute«trois années que J. C. a passées sur la terre; ce 
qui fixait à ce nombre les sujets de cette maison; 

Les Anglais , rue des Postes ; 

Les Ecossais , rue des Fossés-Saint- Victor ; 

La petite communauté de Saint-Nicolas; 

Le 6aint- Esprit et Vlmmaculée^Concepùoa, tum 
des Postes ; 

iSa/zï^-A/û/ce/du Cloitie; 

La communauté de Hainte^Barbe ; 

La communauté de Laon, 

La plupart de ces églises renfermaient des tableaux 
estimés, ou quelque décoration intéressante, que la 
révolution a fait disparaître, en donnant aux bâtiments 
et aux chapelles de ces fondations une destination nou- 
▼elle. Nous citerons, comme exemples, le sémi- 
naire de Saint-Sulpicc , dont la chapelle vaste était 
décorée de belles peintures par le Brun et quelques 
autres peintres français. On aurait désiré conserver le 
|>laibi\d peiQt sur plâtre, et k trausporter sur toile, 



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1^4 DESCRIPTION 

ainsi que cela se pratique pour les tableaux du muaée; 

mais, indëpendamnienL de la dé^^radation de ces pla* 

fonds gersés et attaq^ués d'humidité, cette opération 
eût entraîné à des dépenses trop oonsidérablea^ ce qui 
y a fait renoncer. 

Dans la chapelle de la petite communauté du même 
séminaire, sise rue Férou, était un beau tableau de 
le Sueur, dont le sujet était la présentation au temple» 
Le séminaire ou collège des Ecossais : on y voyait 
une urne de bronze doré d'une belle forme , ren- 
fermant la cervelle de Jacques II , roi d^Angleterre , 
mort à Saint-6ermain«en»Laie le i6 septembre l'joii 
son épitaplie était intéressante. 

3<> Le séminaire des Missions Étrangères avait une 

église basse et une autre au-dessus. Gelle-ci avait été 
nouvellement décorée de peintures curieuses de Caria 
Yanloo et autires maîtres français* Cette institution 
vient d être rétablie. 

40 Le^éminaire du Saint-Esprit, également destiné 
à rinstruction des missionnaires , avait été nouveHe- 
ment restauré par M. Chalgrin. On y voyait entre au- 
tres un grand tableau de M. Berthélemi, représentant 
rétablissement de la religion chez les sauvages. 

Les couvents ou communautés d'ordres religieux 
étaient, à Paris, pour les hommes, au nmnbrede4S 
en 1 790 ; savoir : 

Trois maisons de l'ordre de Cluni ; la premieret place 
de la Sorbonne ; la seconde a Saint-Martin-des-Gbamps; 
la troisième à Saint -Denis -de-la- Châtre ; une de 
l'ordre des Chartreux, rue d'Enfér. Cette dernière 



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t>E PARIS. * lyS 

était célèbre pair les pieintures de le Sueur, qui déco-^ 
i^ient le cloître , et font aujourd'liui Fornement d^une 
des salles du palak du sénat , au Luxembourg, 

L'église de Saînt-Martin-des^hamps était également 
célèbre pour les grandes compositions de Jouvenet y 
dont quelques-unes sont conserrées au Musée des 
peintres français , à Versailles. 

Une maison de Tordre des Bemai*dins, sise rue des 
Bernardins. L'église est aujourd'hui démolie. 

Deux de Tordre des Chanoines réguliers des Pré- 
montrés ; la première sise rué HàUte^Feuille, et Tautre 
au carrefoiur de la (iroix-Rouore. 

Deux des Génovéfains ,ou Chanoines réguliers de la» 
Gongr^tion de France ; Fune^ place de Saintë-Géne« 
Vieve j Tautre rue Saint- Antoine. 

Une maison des Chanoines réguliers de Tordre de 
laTrinité , sbeme des Màthurins , aujourd'hui démolie. 

Une maison de Tordre des Cordeliers , autrefois ap-» 
pelée les Mineurs-Conventuels , sise rue des Cordeliers*' 
£lle contenait beaucoup de monuments funéraires. 

■ 

L^égliseet la plus grande partie de la maison ont été 
ilémolies pour former la place de Técole de chirurgie. 
Dans une des salles de cette maison, se tint le fameux 
cliib des Cordeliers . dont Danton et Marat furent lei 
principaux orateurs. 

Trois maisons de Tordre des Freres-Précheurs-Do- 
aaimcains , dits Jacobins ; lapremîerefueSaintJacques^ 
la seconde rue Saint-Honoré ; c'est celle où se réunis- 
sait club si célèbre pendant la révolution , qui poi^ 



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tjS DBSCAlPTIOIf 

tait le nom de Jacobin. 11 ne reste aujourd'hui aucun 
Testige de Téglbe , ni de ses dépendances ^ et le terrain 
est de.fitiné à la formation d^un vaste marché, situé 
entre la rue Saint-Honoré et la rue des Petits-Champs. 
La troisième me Saint<-Dominique, £iiixbourg Saiot- 
Geruiain ; c'est aujoin d hi;i la paroisse du dixième 
arrondissement , sous le nom de Saint-Thomas-d'A* 
quin ; cette église est assez moderne; le portail a été 
rebâti il y a vingt ans par un religieux delà maison; 
mais les deux ordres sont horriblement maigres et 
de mauvaise propoiUon. 

Une maison de Tordre royal , militaire et régulier 
de Notre-Dame de la Mercy , sise rue du Chaume an 
Malais, 

Deux maisons de Tordre des Carmes ^ Tune place 

Maid^crt , l'autre rue des Billettes, et une troisième du 
même ordre réformé, dit des Carmes-X)échaussës,riie 
de Vaugirard , près du Luxembourg. 

Trois maisons de Tordre des Augustins : la première 
quai de la Vallée , dite les Grands • Augusdns , très* 
riche en monuments des arts , aujourd'hui démolie. 
La seconde, rue des Petits -Augustins , ainsi nommée 
du couvent que Ton distinguait par là du premier : c'est 
aujourd'hui le Musée des monuments français ; enfin 
la troisième , place des Victoires ; T^lise désignée 
pour être la première suocivsale de la paroisse de 
Saint -Eus tache , sert provisoirement de Bourse pour 
la réunion de la Banqùe et du Commerce. 

Une maison de Tordre des Minimes , sise place , 
Eoyaie au Marais ; son portail , bàii par 1^ rancois Man- 



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OB PARIS.. I^^ 

sard , avait use célébrité peu méritée* Cette église a été 
démolie pour la formation d'une rue en prolongement 
de celle de Tun des axes de la place. La maison est 
consacrée à rétablissement d'un lycée* 

Une maison de Tordre des ixtcollets, iauxbourg 
Saint -Martin ; une de Tordre des Tbéatins , sise quai 
du même nom , aujourd'hui quai Voltaire. Cette 
f^;lise , bâtie par un des religieux de Tordre , nommé 
Guarino-Guarini , célèbre architecte , mais dont les 
productions sont d un goiit dépravé, doit recevoir 
une nouvelle destination ; une salle de spectacle a été 
distribuée dans son intérieur : le portail sur le quai , 
bâti par feuDes Maisons, architecte du iloi, doit subir 
aussi quelques changements. 

Trois maisons de Tordre des Capucins ; la première 
rue Saint>Honoré) vis-àrvis la place Vendôme, aujour- 
d'hui totalement démolie pour Tembellissement de ce 
quartier ; la seconde, rue d'Orléans, au Marais, for- 
mant la deuxième succursale de la paroisse Saint- 
Méry , sous le nom de Saint- ÏVançois d'Assise; la 
troisième , nouvellement bâtie à la Chaussée-d'Antin , 
avec une élégante simplicité , par M. Brogniart, archi- 
tecte de l'ancienne académie : la maison vient d'être 
donnée à l'établissement de Tun des lycées de Paris, 
sous le nom de lycée Bonaparte. 

Une maison de Tordre des Barnabites , sise place de 
ce nom ou du Palais. 

Une maison de Tordre des Frères de la Charité , rue 
des Saint «Pères , fauxbourg Saint* Germain, où est 
aujourd'hui établie Técole de niédecine clinique ; nous 

a3 



i^S DBscmiPTioir 

avons parlé du portail intérieur , où Tordre doriqiie 
des grecs est employé avec divers changements. 

Deu\ maisons de l'ordre des Feuillants, l'une mt 
d'Enfei^intrMichel, Tautre me Saint-Honoré : Véglm 
de cette derniei e , ainsi que la porte de la coui , avaieiit 
été bâties par F. Mansard; le tout vient d'être démoli 
pour opérer le percement de la rue nouvelle dans Tans 
de la place Vendôme. 

Une maison de la Congrégation des prêtres de la 
Doctrine-Chrétienne, rue des Fossés-Saint- Victor. 

Trois maisons de l'ordre des Péniteatâ du tiers^ 
ordre de Saint-Franeois : la première au fauilDOurg 
de Picpus ; là seconde à Notre-Dame de Nazareth, 
près le Temple ; la troisième, rue Neuve^Saint-Lao- 
rent ; une quatrième existait à Belleville près Paris. 

Trois maisons de la Congrégation des prêtres de 
l'Oratoire : la première , rue Saint-Honoré ; la seoondef 
rue d Enfer ; la troisième, lauxbourg Saint-Jacques. 

Deux maisons de l'ordre des Bénédictins de la Con* 
grégation de Saint^Maur , Fune à Pabbaje Saint-Ger<^ 
maïu-des^Prés , dont nous avons parlé , aujourd'hui 
première succursale de la paroisse Saint -Sulpice; 

raiitrc aux Blancs-Manteaux, quartier du Marais, pre- 
mière succursale de la paroisse Saint-Méry. 

Trois maisons de la Congrégation des prêtres de la 
Mission ; l'une à Saint*Lazare , lauxbourg Saint-Denis,' 
c'est aujoturd'hui ime maison de réclusion pour les 
femmes de mauvaises mœurs ; l autre au séminaire de 
Saint-Firmin , rue SaintrVictor : elle est devenue mal- 
heureusement câebre dans la révolution par le mas* 



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DB PARIS. ' lyg 

^Mcre des prêtres que l'on y avait incarcérés.^ la troi- 
sième était aux Invalides. 

Eniin les Bénédictins anglais avaient une maison 
fauxbourg Saint*Jacques , qui complète les quarante- 
cinq que nous avons annoncées. 

Il ne nous reste plus à citer que les couv^ts et 
communautés de femmes , au nombre de soixante- 
treize , savoir : 

Les cinq abbayes de Saint-Antoine, l'Abbaye-aux- 
Bois, rue de Sevrés, près !a Croix-Rouge, de Mont- 
martre , de Panthemont , rue de Grenelle , du Val- 
de-Gra«ce^ déjà décrite. 

Les Dames de Sain te- Agnès , les Filles Anglaises, 
les Dames Anglaises, fauxbourg Saint-Antoine ; autres, 
me de rOursine, fauxbourg Saint-Marcel. La chapelle 
Sainte- Anne, la communauté de Sainte-Anne, les 
Religieuses Annonciades, les Dames de l'Assomption, 
les Dames de Sainte- Aure , les Dames Augustines de 
la Congrégation , les Dames de TAve-Maria , les Dames 
de Sain te- A voie. 

Les Dames de Belle-Chasse, dont l'église et la 
maison sont aujourd'hui démolies poui' la prolon- 
gation dç la rue de Belle-Chasse , jusqu'à la rue de 
Grenelle , à travers les bâtiments de Panthemont. 

Les Dames Bénédictines du Saint-Sacrement, me 
de Grenelle, les mémçs rué Saint-Louis au Marais, 
les Dames Bernardines du Précieux-Sang ; les Dames 
du Bon-Pasteur , les Dames de Notre-Daiyie de Bon- 
'Secours. 

Les Dames Carmélites , rue Chapon, au Marais,, 



l8o BESCEIP^ION " 

les Dames Carmélites , rue Sainl>Jacque» , célèbres 

par la retraite qu'y fit Madame de la Viiili(^re, et par 
le beau tableau de la Madeleine de Le Brun, que Ton 
prétendait être le portrait tî(^ cette femme célèbre. 

Les Dames du Calvaire , rue de Grenelle , dont la 
maison a été transformée long^temps en maison d^ar» 
rét et sert aujourd imi de caserne ; les Filles du Cal- 
vaire y rue Saint>Louis , les Dames du Petit-Calvaire) 
les Dames Capucines, duuL Féglisc et la maison vien- 
nent d'être démolies pour former la belle rue de la 
place Vendôme, en prolongement de Taxe de cette 
même place jusqu'aux boulevards. 

Les Dames Chanoinesses à Picpus; les .Dames du 
Cherche-Midi, près le carrefour de la Croix-Rouge; 
les Dames de la Croix , fauxbourg Saint-Victor ; les 
Filles de la Croix , première maison au fauxbourg 
Saint-Antoine , deuxième au Pré-Saint-Gervais , troi- 
sième à la Place-Royale ; les Dames de la Charité , 
rue Férou ; les Dameâ du Petit-Saint-Chaumout , rue 
Saint-Denis; la Communauté de Sainte-Valere, au coin 
de la rue de Grenelle et de l esplanadc des luvahdcs, 
aujourd'hui troisième succursale de la paroisse de 
Saint-Thomas-d'Aquin. 

Les Dames de la Conception , rue Saint-îionoré , 
démolies pour le percement de rues nouvelles, com- 
muniquai! i ail boulevard de la Madeleine; les Dames 
Cordelières ; les Dames de Sainte-Elisabeth ^ rue du 
Temple, servant aujourd'hui de magasin des subsi- 
stances ; les ï euillantines ; les Filles-Dieu ^ rue Saint- 
Denis , sur le terrain desquelles ont été bftties la rue 



DE PARIS. l8l 

et les passages du Caire; Tlnstitution chrétienne; les 
Daines de SaintJoseph ; les i)ame$ de U Jussienne, rue 

de ce nom. 

Les Filles de la Madeleine , près le Temple ; les 
Dames de la Madeleine de Trenelle; les Daines de 
Saint*Magioii e , rue Saint-Dcnis, dont l'église et la 
haute-tour ont été démolies et le terrain employé en 
maisons de commerce , établissements de roulage et 
de messageries. 

Les Filles de Sainte-Margiterîte; les Filles Saînte- 
Mari^; les Dames Saint-Michel; les Dames Mira- 
miones ; les Dames de la Miséricorde , rue du Vieux- 
Culi> 111 hier. 

Les Nouvelles-Catholiques f les Orplielines , près 
Saint^ulpice; les Orphelines , cul-de-sac des Tii^^nes. . 

Sauite-Périne à Chaillot , où est établie aujourd'hui 
l'institution de bienfaisance, fondée par M. Duchaïla, 

sous la protection de LL. MM. Impériales et Royales, 
pour les vieillards de Fun et l'autre sexe. 

Les Dîinics du Port-Roval : les Dames de la Présen- 

te** ' 

tation ; les Dames de la Providence. 

Les Dames Récolettes; les Filles du Sauveur; les 
Filles Saint-Thomas de Viiie-iNeuve^ les Dames Saint- 
Thomas, rue du même nom , au bout de la rue Vi- 
vienne , aujourd'hui première Succursale de la paroisse 
Saint*Roch. 

Les Filles de la Trinité. 

ii'union chrétienne de Saint-Chaumont ^ les Ursu-* 
Unes. 

Lei Dames de la Ville-rEvéquc. Les Dames de la 



iSa DBftCRiPTii>ir i 

Visitation de bainte-Marie , avaient quatre maisons; 
la première rue du Bacq ^ elle subsiste encore ; la 
deuxième rue Saint-Antoine , la troisième rue Saint- 
Jaeques , la quatrième à Ghaillot , dont Tégiise avait 
été bâtie par Mansard ; elle est aujourd'hui démolie, 
et il ne reste que deux pavillons de la maison, qui 
était très-considérable. 

Cette dernière complète les soixante -treize cou- 
vents et communautés de femmes , dont nous avons 
puisé la nomenclature dans Tannuaire du départe- 
ment de la Seine, en j joignant les suppressions ou 
les changements les phts considérables arrivés à ces 
édiiices , pendant ou depuis la révolution. £q s' éten- 
dant davantage sur chacune de ces fondations reli- 
gieuses , auxquelles nous aurons encore a joindre les 
hôpitaux , nous sortîîîons du cadre abrégé où nous 
devons nous renfermer. 11 suffira , sans doute, à nos 
lecteurs, de leiu* rappelier en peu de mots ce qui peut 
les intéresser sm* les plus remarquables de ces com- 
munautés d'hommes et de femmes. 

Par exemple, le nom de SaintpDenis de la Chanre^ 
tilt;, dit-on, son étymologie de Carcere^ parce que 
ce prieuré dépendant de celui de Saint-Martû(Mles* 
Champs, avait été construit sur le cachot, où Ton dit^ 
que Sisinti us avait fait enfermer Saint-Denis ; Tégliâe 
située entre le pont Notre-Dame et la rue de la Jui* 
verie , a été réparée par la reine Anne d' Autriche, 
en i665. Elle doit être démolie pour Tassainissem^t 
du quartier, et sert provisoirement de magasin àm 
commerce. 



HE PARIS. l83 

Les Chartreux, d'abord établis par le roi Saint- 
Louis , il Gcntilly , reçurent peu après de ce Prince , 
en 1257, i'hotei de Valvert, ancien palais où avaient 
demeuré quelques-uns de nos Rois, alors abandonné, 
et que le peuple croyait habité par des esprits malins, 
lies Chartreux s'y établirent et y bâtirent l'église, dont 
la première pierre fut posée eu 12^6 , mais qui ne fut 
dédiée qu'en iSaS. 

LHmmense terrain de ce couvent a été réuni aux 
jardips du Luxembourg, aujourd'hui le palais du 
Sénat ; les belles peintures de la vie de Saint-Bruno, 
par le Sueur , tjui ornaient le cloître , décorent main- 
tenant l'une des salles de ce palais. 

Les Bernardins ou religieux de l'ordre de CFteaux, 
fondés par Etienne de Lexinton , anglais , abbé de 
Ciairvaux, vers le milieu du douzième siècle. Le pape 
Benoît XII y avait été professeur j il en fit commen- 
cer l'église vers .i336^ elle était d'un genre gothique 
assez estimé ; on Pavait décorée du maître^autel et 
des stalles qui étaient à l'église de Port-Royal-des* 
Champs , et dont le premier établissement datait de 
iS56. Cette église est aujourd'hui démolie. 

Les église^ des Prémontrés , dont la première, rue 
Haute-Feuille, fut bâtie en 1618, et la seconde à la 
Croix* Houge en 1661 ou 62 , rebâtie en 17 19, ne 
contenaient rien de remarquable. 

Nous avons parlé en détail de l'abbaye de Sainte- 
Geneviève. L'ordre des Mathurins ou religieux de la 
rédemption des captifs , dits Trinitaires, fut établi 
au commencement du treiûeme siècle ; leur église 



lS4 DBSGRIPTIOlf 

était d^architecture gothique ; Robert Gaguin , histo* 
rien de France et Tun de leurs premiers généraux, 
la lit bâtir tu grande partie. 

Les Cordelière fuirent envoyés à Paris ^ vers IW 
nëe 1216, par Saint-François d'Assise. Ils y jettereiit 
les fondements de leur couvent en 1217. Saint-Louis 
augmenta leur terrain et leur fit bâtir une belle égHse 
au retour de son expédition contre les Sarrasins ; cette 
^lise , dans laquelle un grand nomb^ (i) de princes 
et de princesses avaient choisi leur sépulture , fut in- 
cendiée en i58o^ Henri III fit commencer la nou- 
velle église et le couvent en i58a, qui furent conti- 
nués par les premiers présidents , Christophe et Jean- 
Auguste de Thon. Le sanctuaire fut réparé magnifr- 
quement en 1702 par les libéralités de Louis XIV. 

L'église était une des plus grandes de Paris , elle 
avait 3ao pieds de longueur sur 90 de largeur ; elle 

* est démolie; le terrain qu^elle occupait forme une 

* place long- ternes désirée devant TËcole de Méde* 
cine, et pour Tornement de laquelle s'érige en ce 
moment une fontaine publique, noblement décorée 
sur- les dessins de M. Gondoin, architecte , le même 
qui a construit les écoles. 

» 

(i) On cite entre autres Dom Antoine , roi de Portugal, tl 
son fidèle ami Diego Bolhey; Alexandre de Aies, précepteur 
«le Saint - Thomas et de Saint - Bonarentnre ; Jean Scot de 
Belleforcst. Ou y voyait les tombeaux des Lâmoignon , des Rri- 
connet , des Lemaître, de Longucviilc, de 13rellion , Celui cV Al- 
bert Fio^ prince de^Carpt ; la figure de bronze était de PaoI 
Ponce « ststuaîre florentin ; le buste de Tabbé Gougenot « par 
Pigal. Plusieurs bons tableaux décoraient cette église. 



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DB PARIS. l85 

La bibliothèque des Ck>rcleliers était tràHiche ; elle 
fut augmentée d^une partie de celle de Saint-Louis , 
qiîi la leur légua, et laissa Tautre partie aux* Jacobins 
de la rue Saint-Jacques. Catherine de Médicis leur 
donna aussi un grand nombre de manuscrits grecs. 

C'est dans les salle» des Cordeliers, que fut établi 
pendant la révolution le dépôt des livres de toutes 
les bibliotbeques, des couvents et des émigrés, et^que 
la répartition s'en fit ensuite entre les bibliothèques 
publiques de Paris et. des départements. 

Les Dominicains , dits Jacobins , de la rue Saint* 
Jacques et de sa chapelle, où fut leur premier cou- 
vent, datent du treizième siede; TUniversité donna 
à cet ordre un terrain nommé le Parloir aux Bour- 
geois, quelques maisons et une chapelle dédiée à 
SainlaJacques le Mafeur qui lui appartenait , vis^-vis 
Téglise de Saint-Ltienne-des-Grès. 

SainihlxMiis* contribua beaucoup à leur établisse» 
ment, et Ton croit qu'il fit même bâtir leur église. 
Le* 'cardinal Mazarin leur fit présent d'un maître- 
autd en marbre, enrichi de colonnes. Il leur donnar 
aussi un beau tableau de Valentin, représentant la 
naissance de la Vierge. 

n y avait dans cette église , aujourd'liui entière- 
ment dénnoUe^yingtHleux anciens tombeaux de princes 
et princesses du sang et autres grands seignenrs. Le 
cloître avait été rebâti en i556 > des libéralités de 
Ificolas Hennequin. 

«Près de l'église étaient les ct^lebres écoles de Saint- 



]86 i>9sc&i»Tioii 

Thomas, dont Albert-le-Grand hit le premier proiè&- 
leur et Soin^Thomas le second. 

Nous avons parlé de la maison de cet ordre , sise 
ruQ SainirDominique, aujourd'hui paroisse du dixi«m 
arrondissement , dont le cardinal Riehétiea fut le feu* 
dateur, et dont Fëglise a été commencée, en i683, sur 
les dessins de Bulleu Le finm donna ceux du naitie^ 
autel, orné de huit colonnes de marbre, exécuté par 
Martin. Le chœui* était enrichi de plusieurs tableaux; 
les peintures qui décoraient le plafond étaient de 
moine. On voyait dans cette église la sépulture du 
maréchal de NoaiUes et de son épouse ; edks de 
plusieurs princes de la maison de Lorraine , de plu- 
sieurs seigneurs de Soyecourt, de Rothelin, de Bei- 
^nd, de Relingue , d'Armentieres , de Chazeron et du 
marquis de Yardes , d'abord iavori de Louis XIY et 
> depuis tombé dans la disgrâce. 

Les Dominicains de la rue SaintrHonoré , lieu trop 
vélebre dans la révolution , sous le nom des Jœobiiis^ 
furent fondés en i6ti par Henri de Gondi, évéque 
de Paris. Il y avait dans Féglise un très4)eau mau- 
solée du maréchal de Créqui , exécuté avec siagaifr» 
cence sur les dessins de Le Brun, par Goysevox, 
Coustou Taîné et Joli , statuaires , aux frais de la veuve 
du marédbal , Catherine de Bougé , du Plessis-BelBere; 

Qn y voyait aussi la sépulture d'André Fëlibien, 
historioigraphe dés bâtiments du Roi et de Tacadéniie 
d*architecture , auteur de plusieurs ouvrages estimés 
sur les arts; et celle de son fib, prieur de Saint* 
M de YirazeJ. 



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< DB Aïs. ' ,l8^ 

Le toqibeau du câebre Mignard, peintre français , 
mon le 3o mai 169S, âge de 85 ans^ érigé par fat 
comtesse de Feuquiere sa fille , célèbre par sa beauté. 
U est exécuté par Lemoine ; le buste seul de Mignard 
aTait été exécuté de son vivant, d'après nature, par 
Girardon. 

Il y avait dans cette maison une bibliothèque d'en* 

vii*on trente mille volumes, un cabinet d'histoire» 
naturelle asses considérable et plusieurs bons ta* 
bleaux. 

L'église des Pères de la Merci ^ sise rue du Chaume, 
au coin de la rue de Braque au Marais, a été fondée, 
en i6i3, par Marie de Mëdicis ; elle a été bâtie sur 
les anciennes chapelles de Notre»Dame et de Saint»* 
Claude, fondées en i348, par le seigneur de Braque, 
maître d'hôtel, chambellan et sur-intendant des finan* 
ces de Charles VI ; ce Ministre et ses deux femmes y 
avaient leur sépulture. On voyait aussi dans la même 
égiiee le tombeau du maréchal de Thémines et de son 
fib, et ceux de MM. de la Mothe et Fenaii. 

Le portail a été reconstruit et décoré par<^ottard, 
arehiiecte (i) , au commencement du dix-huitteme 
siècle; il n'éleva que le premier ordre corinthien^ 
et il était remarquable en ce que , pour en diminuer 
la saillie sur la rue, l'architecte avait imagine d'en, 
bire les oolomies ovales , elles étaient cependant enga- 
gées dans des pilastres* Ce moyen , ressource de mau* 

(i) Cet artiste , contemporain de le Pantre et de le Mercier, 
a bâti l'hôtel de Hollande , décoré d'an assez bon style , ajf 
Vieille rne du Temple, presque en face de la rue des Rosiers. 



.S88 * fifiSCEIVTIOlf 

vais gùtktf que Fauteur avait peut-être regard^ comme 
un trait de génie , fi*était qu^une bizarrerie, et ne pro> 
duisait qu uu très-mauvais effet, en faisant voir,surie 
petit côté de Tovale^ c'esi-à-dire en profil, des colonnes 
d'une propoi lion ridiculement élevée. Le second or- 
dre composite, dont les colonnes sont rondes et iso- 
lées , a été érigé sur les dessins de Bofirand , archi- 
tecte plus sage dans ses conceptions et très-expèn- 
menté dans Fart de bâtir. 

Deux statues par François Auguier, statuaire^ dé- 
coraient le maitre^utel ; elles représentaient Sainc- 
Raimond Nonnal , cardinal , et Saint-Pierre NoUsque , 
fondateur de Tordre. Un beau tableau de Bourdon, 
placé dans une des chapelles de celte église «-.repré- 
sentait ce même saint, recevant, en 12^3, Thabit de 
Tordre, des mams de i'évéque de Barcelone. 

Cet ordre, assez semblable à celui des Mathurins, 
s uaposait la mission dangereuse de la rédempti^a 
des capti&, et y ajoutait le yosa^ de demeurer, en 
ôtage pour eux jusqu^au paiement de la rançon. 

Une seconde maison de ces Pcres, sise au bas de 
la rue des Sept-Voies, près la paro^isse de Saint- 
Hilaire , existait à Paris dès Fan i5i5. 

Celle de la rue du Chaïune, phis moderne ,.9 serri 
de maison de détention pendant la révolution. L^é* 
glise est aujourd'hui presqu'entièrement . démolie, 
mais on Toit encore vis-à-vis la porte latérale de 
riiotel de Soid^ise les bases et une partie du seuil 
des colonnes ovales du portail, conservées jusqu*à 1 
htotenr de clôture. 



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Des trois maisons de Tordre «tes Garnies y celle de 

la place Maubeit est la plus ancienne; c'était le cçir 
lége de leur ordre et leur premier étabiisseroent eD 
France ; on sait que Saiiil-Louis , qui avait été les vi- 
siter au Mont-Carmel, en avait amené plusieurs avec 
lui à Son retour de la Terre-Sainte. Us habitèrent 
d abord, en iSji , dans le couvent des Célestins (i). 
PhiUppe-le>Bel leur donna une maison auprès de la 
montagne Sainte-Geneviève; Philippe -le -Long leur 
ht un pareil don; ils achetèrent eux-mêmes un col* 
l^e voisin , et leur courent s^agrandit ainsi. 

Jeanne d'Evreux, troisième femme de Charles-le- 
Bel ) laissa , par testament , en iS^p^ sa couronne et plu* 
ifiemrs autres bijoux précieux pour la construction de 
l^^lise , dont la dédicace fut faue en i353. 

maitre^utel était décc^ de beaux marbres, 
dont Louis XIV avait fait présent. On avait cherché 
à rajuster d'une manière neuve alors ; par exemple , 
les chandeliers de Fautel représentaient des anges 
. tenant des cornes d'abondance ; le tabernacle était 
en forme de globe terrestre, autour duquel ram- 
pait un serpent, et surmonté de Tarbre de la croix, 
OÙ était attaché un fort beau Christ , le tout en bronze 
doré. 

On voyait dans cette église, un mausolée de la 
finnnUe Boulenois, riche de composition^ et de ma- 

tieres , exécuté à Rome par Poncet de Lyon , sculp- 

(t) La rue des Barres , daus ce ^uai lier , prit son nom de U 
rayuxe de ituid mauleaux. 



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teur ; les portraits des défanto y figuraient en -m» 
MÏquSj geare de travail, dont aucun autre monument 
de ce genre n^offirait d'exemple à Pans* C'est en 1786 

qu il lut posé dans ce rte église et qu'il y devint Tobjet 
de la curiosité publique* 

I La bibliothèque était d^envirmi laooo ▼obiinea. 

Les Carmes des Billettes étaient ainsi nommés de 
la me oii était leur courent; ib y farenlsobatitiiëseii 

l63a aux frères de la charité de Notre-Dame. Leur 
église lut rebâtie depuis à l'endroit où Ton du que se 
fit le miracle de la Sainte hostie, dans h maison du 
juif Jonathas, sous le règne de Philippe-le-Bel. 
Le corps de Papire Masson, historien estimé, et le 

Couur de Mézeray, liistorio^^raplie de France , sont in» 
humés dans cette église, de nouveau rebâtie en 1754^ 
sûr les dessins et sous la conduite de ficere Claude, do- 
minicidn* 

Les Carmes-Déchaussés de la mede Vangmurd, lo- 
gèrent d'abord aux Mathurins , ensuite au collège de 
Cluni f enfin le cardinal de Joyeuse les présenta au 
roi et â la reine régente , et obtint pour eux des lettres- 
patentes en 161 1. Ib prirent possession d'une maisoa 
rue de Yaugirard, et constroisirent, à la hâte, une 
chapelle et quelques logements. 

Cette première ehapeUe, devenue trop petiie par 
TalBuenoe des fidèles , fut bienlAc rebâtie , et presque 
aussitôt il fallut encore la remplacer par une église î 
c^est celle dont la reine Marie de Médicis, posa la 
première pierre en 1 6 1 3 . 

Le tableau du maitre*autel , richement orné de 



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]>X VARIA. 191 

marbres ^ était de Quintin Yarin^ l'un des maîtres da 
Poussin; le sujet était la prësentatton au temple. Le 
dôme peint par Bertholet Flamaël, représente l'enlè- 
Tement du prophète Elie , au moment oà il jette s6n 

manteau à son disciple Elisée. 

On admirait dans la ehapelle de la Viei^^e , le groupe 
d'alb&tre exécuté à Rome par Antonin Raggi , çur le 
modèle du cavalier Bernin , et deux tombes de bronze 
«Mrnées de bas-relieft , du dessin d'Oppenord. Le cloître 
et tous les corridors du couvent étaient enduits de ce 
beau blanc poli, dont ces moines possédaient alors 
seuls le secret) et qui a conservé le nom dé blanc des 
Carmes. On connait aussi la célébrité de Teau de Mé» 
lisse, de leur invention. 

ha première des trois maisons de Tordre des Au- 
gustins est située sur le quai qui porte leur nom. 

Ils s*établirent à Paris , sous le règne de Saint Louis, 
et demeurèrent d'abord au-delà de la porte Saint-£us- 
taehe , dans la me, encore aujotuxl'hilii nommée, des 
Vieux - Augus lins. , Ils se transportèrent ensuite, en 
ia8S , près de la porte Saint-Victor , dann le lieu nènb* 
më Chardonnet, et achetèrent en 1293 , le terrain sur 
le quai, où ils ont depuis bâti leur couvent et leur église, 
et oix existait une maison de frères Sachets ou religieux 
de la pénitence, que Saint-Loius y avait fondée en 
1261. Charles Y fit bAtir l'église actuelle^ qui ne fut 
achevée et dédiée qu'en i453j elle était grande et ri- 
chement décorée en marbres , pdntures , boiseries d'un 
beau travail. Le maître -autel enrichi de huit colonnes 

de marbre breche-vtolette, était du dessin de Brun i 



la chaire à prêcher et une figure de Saint-François, 
en terre cuites étaient de Germain Pilon. C'est dans 
cette église que ae iaîsaient les réceptions des cheralien 
de Tordre du Saint-Esprit ; ils s'assemblaient dans des 
salles magnifiques f où Ton conservait Jes portraits et 
les armoiries des chevaliers de cet ordre depiûs son 
institution. Le chœur était orné de tableaux représen- 
tant des réceptions de chevaliers, par Yanloo Taîné, 
De froy fils, Philippe de Champagne, Jouvenet. Les 
assemblées générales du clergé se tenaient aussi dans ce 
couvent , et ses jarcbives y étaient conservées. 

C'est dan$ une de ces salles que Louis XIII £ut dé- 
claré roi, et Marie de Médicis régente. Différentes 
chapelles étaient aussi ornées de peintures estimées et 
de monuments funèbres. .... 

Nous citerons celui de LarchAnt , capitaine de cent 
archers de la garde de Henri 111, hoipme d'expédition, 
mort des suites dVne blessure qu'il.reçut en iSpa , au 
«iege de Rouen. IHane de Yivonne de la Chataigne- 
raje, son épouse, morte en i6o3, lui avait ^t éri* 
geif^jce mausolée. 

Ceux de Gui Faure, de Pibrac, de Jean-Baptiste de 
Gondi, de Philippe de Comines, historien des tegnes 
de Louis XI et de Charles VIII, de Sainte-Beuve, de 
Brulard, du poète Kemi Belieau, se trouvaient aussi 
fbins réglise des Grands-Augustins. 

. La deuxième maison de cet qr^e est celle dite des 
Petits» Augustins , située même ruei,.ftnxbourg Saint- 
Germain. EUe fiittl'abord occupée par des Au^ustins 
Dt chaussés que Marguerite de France, première lemuie 
de Henri IV, avait fondés j elle y substitua, peu après, 



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. ^ D2 l?À.AI5. igi 

en x6ia,cl«s Âugustins de la réforme établie à Bourges. 
La reine Anne d'Autriche posa la première pierre de 
leur église, commencée en 1 6i 7. On estime les peintures 
de la chapelle de la reine Marguerite de Valois^ où sont 
inhumés les peintres Porbus et Nicolas Mignard, frère 
atné du célèbre Pierre Mignard; et un groupe de 
sculpture de Biardeau, qui décore le maître- autel. 
Le £uneux prédicateur André le Boulanger, plus connu 
sous iD^nom du petit pere André, était de cette réforme, 
et a été inhumé dans le cloître de ce couvent^ il mourut 
en i65i • Les livres de chant du chœur étaient les plus 
beaux que Ton connût. La bibliothèque, divisée en 
plusieurs salles ^ contenait i| à la mille volumes, tant 
imprimés que manuscrits. 

La troisième maison des Augustins-Déchaussés, dits 
les PeiûS'PereSt est située près la place de^ Victoires. 
Ce sont ceux que la reine Marguerite avait fait sortir 
du couvent des Petits-AugustinS|et qui, après s'être 
retirés à Avignon, revinrent à Paris en 1619. Leur 
église fut commencée en i656 , et se Ht remarquer par 
une assez noble simplicité. Le portail fut érigé 9ur les 
dessins de Cartuud, et eut alors quelque réputation. 

Cette église et le réfectoire étaient riches en peintures 
modernes de Galloche; Bon Boullongne, Carie Vanloo, 
Lquîs de iiouUongne, I^a Fosse, Rigaud, Lagrenée le 
jeune, etc. 

On y voyait une statue de Saint Augustin par Pigal ; 
le tombeau du marquis et de la marquise de THopital, 
par Pottltier; ceux du célèbre musicien LuUi ét de 
Lambert , sou beau-pere, aussi musicien. 

a5 



194 DBftCEIVTlOll 

La bibliothèque de cette maison était belle et nom» 
breiise. Il y avait aiusi un beau cabinet d'antiquità 

orné d'un assez, anti uoiubi e de buas tableaux italiens 
«t flamands. 

Nous ajouterons & ce que nous ayons dëja dit des 

Minimes de la place royale, qu'ils y furent établis sur 
l'invitation de Louis XI , par Saint Francois-de-Paufei 
hermite de Calabre, et fondés par la reine Marie de 
deMikiicis^en t6i i. Les chapelles de cette ^lise étaient 
très-riches en tableaux et en içausolées; on y distin* 
guait ceux de Henri de Bourbon , prince de Gondé, de 
Saint François-de-Paule , par Desjardins ; du duc de la 
Vieville, surintendant deS finances; ceux des maisons 
* d^Angouléme, de Ck>lbert de Villacerf, par Coustou ; de 
FHôpital y de Vîtry, de Castille, de Vèrthamon ; ceux 
du savant Delaunoy, docteur en théologie, et d'Abel de 
Sainte*Marthe, auteur de quelques poésies latines. Le 
maître-autel éiait orné de six colonnes de marbre noir 
et d*une belle copie de la descente de croix, de Daniel 
de Volterre , qui est à Rome dans l'église des Minîmes. 

On voyait dans les galeries, au-dessus du cloître, 
deux tableaux de perspective, illusions d'optique du 
pere Niceron , auteur d'un traité de cette science. La 
bibliothèque était d'environ a4ooo volumes , tantim» 
primés que manuscrits. 

Le bas-relief du fronton du portail dernier ouvrage 
du célèbre François Mansard, représentait Sixte IV 
accompagné de plusieurs cardinaux, ordonnant à Saint 
François-de^Paule de se rendre aux invitations de 
Luuis XI, qui Rappelait en France* 



D£ PARIS. t ïg5 

La maison des RécoUets fut établie en France 

la fia du seizième siècle, au lauxbourg Saint -Mai tin^, 
SOUS la protection d'Henri IV et de Mariç de Médicis, 
sa femme, qui posa la première pierre de leur église. 
£lle était peinte en partie par le fre.re Luc , peintre 
médiocre, et conservait entre autres, les sépultures 
de Fiancoisti de Créqui , femme de MaxiuuUen de 
fiethune, duc de SuUy, movte en 1687; 

Du duc de Roquelaure, célèbre par ses plaisanteries 
à la cour de Louis XXY, et mort en i683 j ain&i que du 
duc de Roquelaure son fila, mon & Paris^ en i^38, à 
8a ans, le dernier de sa maison. 



■1 


M 


Ml 


II. 



et bien composée. 

La maison et TégUse des Théatins, quai Voitaii^ei 
dont on a parlé précédemment, furent établis par Ifi 
cardinal Mazarin, en 1647* L'^Use ne lut d'abord 
qu*une chapelle, sous le ftom de Sainte ?ÂBne*la«* 
Royale, cà cause d'Anne d'Autriche, mcre du 101, Le 
cardinal légua cent. mille écus i ces religieux, pour 
la construction d^une église qui iut commencée Tannée 
suivante, sur les dessins du p^re Guarini, élevé de 
Borromini, et qui passait pour un t^*^«babile archi* 
tecte. 

Il avait encore plus que Si^i maître Thorr^ur des 
lignes droites, et fit preure du plus mauvais goût dans 
cette composition ridicule, dépensa beaucoup pluf 
que la somme donnée , et laissa le bâtiment imparfait. 

Le portail sur le quai fut érigé en 1747 -, par les libé- 
lalitéa du Dauphin , pere de Loma 3LYI , à la soiUcil^ 



sg$ »SSCmtFTIOJf ^ 

tion de Vévèqae de Mirepoix, qui avait été religienx de 
cette maison ; les dessins furent donnés par M. Des 
Mdjsons I architecte, le même qui a restauré le pahds 
de Justice ; ce portail paraissait assez pur, lorsqu on le 
comparait aux guillochages qui se faisaient générale» 
xnent alors dans les bâtiments. Le cœur du cardinal 
Mazarm reposait dans cette église;eile renfermait aussi 
les cendres de Pompée Varesl, nonce do Pape , mort 
en 1678, et celles d'Edrne Coursault, auteur de plusieurs 
comédies et d'autres ouvrages de littérature, mort en 
1701 ; ce poète suppléa parla fiicilité de son esprit et 
par son goût naturel, aux études qu'il n'avait pas laites. 
* Le cardinal Charles de Lorraine introduisit les Ga- 
pucins en France, et les établit d'abord dans le parc 
de son château, à Meudon; ils eurent ensuite un petit 
couvent à Picpus. H y af eu trois et même quatre mai- 
sons des moines de cet ordre à Paris. Celle de la rue 
*Saint-Honoré était la première, et fut fondée en 1576, 

par la reine Catherine de Médicis j le carchn;i] de 
Joyeuse fît la dédicace de leur église en 1610. On voyait 
dans la nef la tombe du fameux pere Ange de Joyeuse, 
duc et pair , qui se fit capucin , et celle du pere Jo* 
seph Leclerc, si connu par ses relations intimes avec 
Je cardinal de Richelieu. Le sanctuaire et le chœur de 
Téglise ont été rebâtis en i j3S« On y voyait plusieurs 
bons tableaux de Fëcôle française : la bibliothèque 
était fort belle, et contenait 24,000 volumes. ' ♦ 
Les Capucins de^ rue du fauxbourg SaintJacqnes 
furent fondés, en i6i3, par Godcfioy de la Tour ; 
c'était le noviciat de la province. L'emplacement 




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PARIS* IQJ 

qu'iU ooeupaient a été connu depuii ious le nom de 

Champ ' des- Capucins. On a ordonné l'ouverture de 
plusieurs mes sur ce terrain en 1786, et l'on y a éj(tgé 
un nouTel hôpital de santé, sur les dessins de M. de 
Saint-Far, ingénieur et architecte. 
C'est ce couvent du iauxbourg Saint- Jacques qui a 

été transféré dans Télégante maison du nouveau quar- 
tier de la chaussée -d'Ântin en 1783. L'église et le 
couvent, bâtis sur lés dessins et sous la conduite de 
M, Brogniart, architecte de l'ancienne académie, sont 
riches de disposition et d'une grande simplicité dans 
l'exccuuon. Destiné aujourd hui aux élevés du Lycée 
Bonaparte, ce bâtiment remplira également bien cette 
nouyelle destination, parce qu'une heurense et sage 
distribution peut s'appliquer avec succès à divers éta- 
blissements publics d'un genre analogue. La façade a 
été privée , pendant la révolution, de deux bas-reliefs 
qui peuvent être facilement remplacé par des sujets 
convenables; et Ton exécute, en ce moment, deux 
vasques de pierre pour les nouvelles fontaines qui 
doivent ajouter à la décoration de cette façade. 
' Enfin les Capucins du JVIarais , situés rue d'Orléans, 
dont l'église est aujourd'hui deuxième succursale de 
la paroisse Saint-Méry, sous le nom de Saint-François- 
d'Âssise, doivent leur établissement, en 162^, au 
pere Athanase Mole , frère du premier président de ce 
nom. M. d'Argenson, lieutenant de police et ensuite 
garde des sceaux, a beaucoup contribué à l'achevé- 
ment de cette église, qui ne contenait rien de remar- 
quable que quelques tableaux de l'école française. On 



•^occupe, en ce moment, de restituer à eette suceur* 

saie quelc^ues bâtiments accessoires nécessaires au 
service du culte, qui en avaient été distraits. 

Les Barnabites qui occupaient le prieuré de Saint- 
£loy , monastère de fiUés, fondé par ce prélat et situé 
rue de ce nom , présentement place du Palais de Jus- 
tice, tirent leur nom de Tégiise de Saint - Bai uabé 
de Alilan , où cet ordre fut d^abord établi* Ces rel^ 
gieux, venus en France sous la protection d'Henri lY 
en 1608, arrivèrent à Paris en 1629, et prirent pos- 
session de cette maison en i63ê. L'église n'a jamais 
été achevée, non plus que le portail élevé en 1704 
sur les dessins de Cartaud, architecte déjà ché. La pe- 
tite place qui était devant cette é-lise, aujourd'hui 
réunie à ia place du Palais, avait été formée de i eni- 
placement de la maison du pere de Jean Ch&tel , qui 
fut rasée. On suit que l'on avait érigé, sur son terrain, 
une pyramide dont Henrj IV ordonna la démolition 
à la sollicitation du pere Cotton, jésuite , son confes» 

seur. 

Les Feuillants arrivenent en procession de Tour 

louse a Paris, en ijSj, d'après les pressantes sollicita- 
tions de ^^mi III, qui les logea d'abord à Vinceniiei 
^ dans la maison où depuis furent les Minimes. Denx 
mois après ils vinrent habiter dans la rue Saint-Houo- 
té, vis^à^vis la place VendAme. Henri IV posa^ en 
1601, la première pierre de leur église, aujourd'hui 
démolie : le portail et la porte de la cour, sur la rue 
Saint-Honoré, sont des premicii ouvrages de Fran- 
çois Mansardt 




V 



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Uéglise et les chapelles étaient très^riclies en ta- 
bleaux^ statues, mausolées d'anciennes familles, telles 
que Harcourt, Montholon, Mariliac, Phiiippeaux, 
Rostaing, etc. Le^ vitrages du cloître, peints d'une 
suaniere uès-précieuse,. représentaient, en une suite ' 
de petits tableaux , la' vie de don Jnan de la Barnerei 
ion dateur de cette maison. 

1a bibliothèque était peu nombreuse, mais com- 
posée de livres rares, et Tapothicairie était décorée 
avec une grande magmiicence. 
' La seconde maison des Feuillants est sise me d^« 
fer, et servait de noviciat à l'ordre. L'église, dont la 
première pierre fut posée en i633 par le garde des 
sceaux Pierre Séguier, ne contenais rien de remar^ 
^piable. 

Les Doctrinaires, ou prêtres de k doctrine chré- 
tienne, avaient à Paris trois maisons: celle de la rue 

* 

des Fossés-âaint-Victor fut fondée, en i5a8, sur cette 
partie de l'emplacement des arènes ou de l'amphir 
tiicàlre bâti par les Romains, et réparé par le roi Chil* 
déric en 577. L'église e^t dédiée à Saint Charles* EOe 

contenait <]^uel^ues tableaux :«la bibliothèque était fort 
beUe. 

La seconde, située rue Saint-Martin, est sons le 
tmm de Saint- Julien - des - Ménétriers , parce qu'eU# 
appartenait autrefois à la communauté des maîtres à 

danser; elle date de Fan i63o, et fiit érigée sous la 
{protection de la reine Anne d'Autriche. 

La troisième, située rue du fauxbourg Saint-An» 
toine, est sous le nom de Sa^iUrCharles Borromée. Les 



doo Dsscfti^Yfoir 

pénitents du tîerftH>rdre de SaiqtrFrançoû, du. faux* 
bourg Saint « Antoine Picpus, étaient établis en 
1600. La maison de Mortemaf s'ea disait fondatrice. 
Louis XUl posa la praniene pierre de l'église bâtie 
en 161 1 . Les entrailles du cardinal du Perron y furent 
inhumées, ii^e contenait quelques tableaux de Le Brun, 
et quelques sculptures de l'école de Germain Pilon. 
La bibliothèque était fort belle. Il y avait , dans k 
maison, un appartement pour les ambassadeurs, oà 
rintroducteur allait les prendre dans les carrosses 
du roi y le jour de leur entrée publique, pour les con- 
duire au LouTie en cérémonie. 

Les autres maisons ne contenaient rien de remar- 
quable ; réglise 4^ celle dite de ^ azareth lut achevée en 
x63i. Le cœur du chancelier Séguier, principal fon- 
dateur, y était déposé. 

L'église de la Congrégation des prêtres de l'Oratoire 

portait le titre de Chapelle Royale du Louvre. 

Cette. institution date de 161 1 ^ elle est due à Pierre 
de BéruUe, que ses Tertus élevèrent au cardinalat. La 
reine Marie de Médicis la protégea et k fit déclarer de 
fondation royale. Ce fut en 1616 que M. de BéruUe ao> 
quit de madame la duchesse de Guise l'hôtel du Bou- 
chage, pour y loger ses disciples, dont le premier établis- 
sement était au &uxbourg Saint-Jacques. DifiGérenli 
terrains réunis à celui-ci formèrent un emplacement 
suffisant pour y bâtir Téglise actuelle, dont la première 
pierre fot posée au nom du roi le aa septembre 1 62 1 ^ 
elle fut achevée en i€3o sur les dessins de Jacques 



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Lemercier : It portail seulemeiit restait à faire î il fût 
«obéré sur les dessins de Caqué. La sculpture est d'A- 
dam la jeune et de Francin. 

Le maître-autel était décoré de quatre colonnes de 
marbre et d*un riche baldaquin doré ; le retable , enri- 
chi d'un bas-relief en bronze 5 de Girardon, avait été 
donné à cette chapelle par madame de Montespan. 
On y voyait plusieurs bons taUeaux et deux mauso» 
léeSf l'Un du cardinal, fondateur, par François Aii>^ 
guier ; lauu e de i\ icolas de Harlay et de son épouse* 

Cette congrégation a été illustrée par de^ hommes 
du plus grand savoir : on ne citera, dans le grand 
nombre, que Mallêbranclie et Massillon. mie a.vait en 
FVance 7S maisons enseignantes, soh comme sémi^ 
naires, soit comme collèges; et la supériorité des su?* 
jeta qu'on y forvk»it ^cita souvent la jalousie des jé- 
suites. 

La bibliothèque, composée de 4^ mille volumes, 
dut étfe préeièuse et bien choûne^ elle contenait dçyi 
manuscrits rares, achetés dans le Levant par de Har- 
lay«$ancy lors ét son ambassade, et dont il fiyt présent 
à cette maison en s'y retirant. 

La maison de la rue d'Enfer fiit fondée, en i65o, 
pAT Nicolas Pinette, trésorier de Gaston d'Orléans, 
frère de Louis XIII. La première pierre de l'église fut 
posée mi nom de oè prince en ifiSS f elle 6it bénie 

deux ans après. 

U y avait, dans la chapelle de la vierge, un riche 
mausolée , élevé en 1661, à la mémoire du^ cardi- 
nal fiéruUe. La sculpture .est de Jacques Sarrasin , 

aô 



aod DBflGairTiôir 

itatuaii^e célèbre. Le taj^leau d'autel était de Le Bnm. 

Cette maison servait d'institution à cette .illustre 
cong^régation ; elle avait une bibliothèque peu nom* 
breuse, mais riche en manuscrits. ^ 

Nous aTons parlé de la maison des Bénédictins dt 
la congrégation de Saint-Maur, à labbaje Saint-Gei^ 
main-des-Prés , aujourd'hui première succursale de la 
paroisse Sami-Sulpice. 

La maison dite des Blancs-Manteaux , dans lA rue de 
ce nom, et qui traverse dans la rue de Paradis, fiit 
réunie aux Bénédictins, après la réforme. des moines 
inendiants (i). j 

Ce monastère fut rebâti en i685; le chancelier le ' 
Tellier et Elisabeth Turpin sa femme en posèrent la ! 
première pierre. 

On y voyait le mausolée de Jean le Camus, lieute- 
nant civil, en marbre décoré de bronze, et sculpté 
par Simon Maizieres en 1719. ; 

La bibUotheque était composée d'mviron vingt | 
' mille volumes d*un bon choix. On sait que êe n^ëi^it ** 
point un objet de luxe chez les Bénédictins , dont 
Férudition est assez connue» 

(x) Les religieux serfg Sainte •Marie y furent .étàblb eu 
t^SS, et leur chapelle bitte des libéralités de Saint Louis. L'ordre 

aboli en 1274 , !es Guilleinains ou hermites de Saint>GuilJaume , 
leur succédèrent en 1297, et ils s'y maintinrent juaq^u'en i6id» 
qu'ils furent réunis à la réforme des Bénédictins. Les premieri 
de ces religieux portaient un manteau blanc « et le nom de Blancs* 
; Hanteauz qui lêur fut donné resta è la maison , quoique les 
Guillomains et les Bénédictins portassent d«â mdii tea ux noiis. 



La principale maison des Lazaristes ou prêtres de la 
juission, fauxbourg Saint rDenis, n'est remarquable 
que pûr Tavantage qu'elle a eu d'être dirigée par le 
pieux et respectable Vincent de Paule..C'était en 1 1 xo, 
11À hôpital de lépreux. 

L^ëglise gothique est fort petite ; elle fut ornëe, après 
la béatification de Saint Vincent de Paule, de beaucoup 
de tableaux représentant l-butoire de sa fie; et son 
corps ^ placé dans une châsse d'argent, fut mis sur 
Pautel de la chapelle , consacrée à ce saint personnage , 
ion Jaieui de 1 institution des Sœuis de la Charité ^ 
des EïiCsuits-Trouyés. 

La maison de Saint-Lazare a été le prenuer thé&tre 
de rinsurrection , de la licence et du pillage. Le i3 
juillet 1789 des brigands soldés htrayagerent et Tin- 
cendierent en partie, sous prétexte de s'emparer des 
magasins d'armes et d^ blé qu'on y supposait cachés ^ 
et donnèrent la Uberté aux vagabonds que Ton y tenait 
renfermés. 

Ce vaste, enclos, dont a vendu plusieurs dépen- 
dances , sert aujourd'hui de maison de détention 
ppur les femmes. Le séminaire de Saint- Firmin» 
rue Saint-Victor , dépendait dé cette congrégation y qui 
jouissait du droit de donner des curés aux deux villes 
où nos. rois avaient leurs principaux palais, savoir, 
Versailles et Fontainebleau. Elle desservait aussi la 
chapelle de Versailles, la maison de Saint^Cyr et TRâ- 
tel-Royal des Invalides. On les appelle prêtres de la 
mission, parce que leur principal ministère est de 
&iie des Missions dans les villages et dans les bour'*« 



m4 DBscmiVTioir 

gades ) pour y porter les lumières de la religion, et j 
dotmer Pexempte des verUss ehariiables si bi w piati? 
quces par leur fondateur. 

Les Bénédictins Anglais, de la i^e Saint «> Jjpu:qiieS| 
réfugiés en France, comme plfesiem autres comma* 
tiautës,pour éviter la persécution des ecclésiastiques 
d'An^eterre, se logerênt d^abord au fiiuaboing Saint» 

Germain , ensuite dans luie maison située entre le 
Val-de-Grace et les Feuillantines, oii Marie-Ziouiso 
.d^rlëan»^ depuis reine d^Espagne, pOM la preniez 
Iperre de leui' église en 1674. 

C'est dans cette même église que fut déposé le oorpa 
de Jacques II , roi d'Angleterre, mort à Saiiu-Gerinain- 
to-Layele 6 septembre 1701 f et celui de LouifleJhfarie 
Sttiart, sa fille, moite le tS aTtil 1717. On lirat cette 
seule inscription sur le tombeau du premier ; Ci gU 
Jacques II y rùi de la Omnde^Bretmgme* 

Nous n'ajouterons à I4 nomenclature que nous avons 
donnée des 73 couvents et communautés de fasunes, 
èt aux notes abrégées que nous avons jointes sur ^el- 
^es«-unes de ces maisons, que trés-pcu de détails sut 
ks a1>bayes de Saint«AntoÎM, aux Bois, des Covdk»* 
lieres, de Montmartre, de Port*Royai et de Pantlie- 
mont, ayant décrit amplejnent celle du Vatde^îrace^ 
parce que toutes ces maisons religieuses, dues la plu- 
part à la piété des rois et des r^nes de France, eiboepté 
quelques tableaux précieux ou quelques riofaea ofaa^ 
ments d^autels, n^avaient rien de remarquable qu'une 
èxiréme propreté; et que. la descripiièa de lieux asMS 

semblables, consacrées à la retraite et au silence , et q^6- 
néralement peu fréquentés, deviendrait £tôtidieuse» 



Ctm ffoi afirpnt quelque intérêt i eonnaitre plus par» 

ticulièrement ces fondations, peuvent recourir aux 
sources où nous aurions puîfié nouâ-mémes, Piga^iol 
de la Force , le tome 5 du Dictionnaire des Gaules et 
de la France^ par Tabbé &pUly ; les Antiales et Anti- 
quités de Pâris • les Essais de Saint-Foix, et plusieurs 
autres descripti<ms des curiosités de Paris composées 
eti partie sur ces an^i^s ouvrages. Nous a^ons pria le 
parti de ne décrire, pour éviter la confusion, que ie^ 
principaux édifices de cette capitale infmense^etde 
n'attirer Tatteifttion du voyageur et des curieux que sur 
les chefs-d'œuvre des ans^ et sur les hommes oâ^ir^ 
ient ees monuments honomt et perpétuent la ntié- 
moire. 

Le fanitbeurg Saint«AntDine doit son nom k }a célè- 
bre abbaye de ce nom, fondée en 1 198. On y comptait 
aS religieuses incorporées à Tordre de Citeauj^en iao4« 
L^^Use^ assez belle et dans le|;<enre gothique, fiM; bft» 
tie par Saint Louis qui, en 12^^, assista à Aa dédicace 
avec k téioe Blaaehe. On y voj^t le lomlieaii et les 
statues des deux filles de Charles V; ceux de l'épouse 
du vicomte de Melua, m^rte en tiù6 ; de madaoïf de 
8ourbon<^Condé , abbesse , efec. L^abbesse et plusieurs 
religieuses furent emprisonnées , par les Boui^gu^uoas 
et les Anglais , en 1 43^ , comme complioea du prûjet 
favoriser l'entrée de Paris aux troupes de Charles YU, 

Pendant le siège de Paris pàr Henri IV , ses troupe^ 
eccupaient cette abbaye et observaient une exacte 
^scipline. Le chevalier d'Aumale ht une sortie contre 
elles , les força d'abandonner ce posté, et piUa la meif 
, les vases sacrés et autres rici^esses* 



ê 

%06 DESCRIPTION . I 

Les nouveaux et^omptueux bâtiments de ce monts* ■ 

tere ont été construits par M. Goupil, entrepreneur, 
sur les dessins de l'architecte Leuoir le iiomain. ! 

L^abbaye-aux-Bois, rue de Sevrés fiiuxboarg Saint* | 
Germain , a pris son nom de sa première situation au 
milieu des bois, où elle avait été fondée au diocèse ds 
Noyon en 1207. Ces religieuses , transférées à Ptoil 
après l'incendie de cette maison , succédèrent aux 
dames de TAnnonciade des dix Vertus, dont elles 
achetèrent la maison en 1719 j elles bâtirent une 
nouvelle église, dont Madame, veuve de Philippe de 
France , posa la première pierre. 

L'abbaye des Cordelières^ rue de i^Oursine £aux- 
bourg Saint -Marcel, fut fondée à Troyes, en 1270, 
par Thibaut VII , comte de Champagne , puis 
transférée à Paris, en 128g, par Marguerite de Pr(>- 
vence , femme de Saint Louis , qui se retira dans cette 
maison après la mort de ce roi, et fit bâtir leur église. 
Blanche sa fille, veuve de Ferdinand, prince de Ca^F 
tille, s^y fit religieuse, et donna de grands biens à cette 
communauté. 1 

L'abbaye de Montmartre, située sur la montacfne 
de ce nom, fut fondée par Louis-le-Gros et la reine 
Adélaïde, sa femme, en 11 33. Le pape Eugène III fit 
lui-même la dédicace de legiise , assisté, dans cette cé- | 
rémonie, par Saint Bernard et par Pierre4e-Vénérable ' 
en ni?* 

On voyait, dans le chœur, le tombeau de la reine 
Adéhude , qui finit ses jours dans cette abbaye et y fiit 1 
enterrée en ii5 5. ' 



I 

! 



Les moines de Saint- Denis allaient en procession, 
tous les Bept ans avec le chef du Saint, dans une cba«- 
pelle de cette é'jlise, en mémoire du martyr de Saint 
i)enis et de ses compagnons, que la tradition assure 
avoir eu lieu sur cette montagne, d^où elle aurait été 
nommée Mous Alanj rum , et par corrupuun Mont* 
martre* 

On conserrait, dans la chapelle souterraine, une 
très-belle statue d'albâtre, plus lorte que nature, re- 
présentant Saint Denis à genoux. Cette statue avait été 

donnée par la reine Anne tl Autneiie, cjui a contribué 
aux embellissements de l église. 

On montrait aussi , dans un souterrain plus profond, 
à droite de eette chapelle, Tautei où i on dit que Saint 
Denis célébrait les saints mystères. L*eau filtrait à 
travers la voûte naturelle de cette espèce de grotte. 

L'abbaye de Port-lloyal se composa des débris d'une 
abbaye de même nom , fondée en i ao4 dans le diocèse 
de Chartres, par i\Litiiieu de Monuaorency. Son nom 
vient parce que, dit-on, Philippe -Auguste s'étant 
égaré à la chasse, se réfugia dans un oratoire qui était 
dans cet endroit. ' 

L*église de la Maison de Paris fut bÂtie en 1646 sur 
les dessins d'Antuine le Pautre, architecte célèbre, et 
frère du graveur également célébré, avec lequel on Ta 
souvent confondu. 

On voyait un magnifique tableau de la Cene, sur le 
maître -autel, par Philippe de Champagne: il n'était 
(^u une répétition de Toriginal placé dans le chaur où 
l'on n'entrait point» 



aoS DBSCltlVTXOV 

L'abbaye de Pantheiiiont , sise rue de Grenelle faux- 
bourg Saint «GermaiD) fut institué eu dans le 
diocèse de Beau^ais, où elfe ^càit âtuée sur la pcnts 
d'une montagne, qui, dit-on, lui fit donner ce nom. 
Cette situation exposant k maison aur inondations des 

torrents, l'abbesse et les religieuses se réfugicreul à 
Beauvais en x6i6, et eulia vinrent à^Paxis en 167X1 
cil efles furent substàtuéés aixx^Iigieiises du Terbe* 

Incarné. 

Leur église fut rebâtie sur les dessins et Sons la ooe- 

cîuite de M. Coûtant , architecte du roi ; et le Dauphin , 
pere de i»ouis XYI, en posa la première pierre en x 749* 
If. Flanque , aussi architecte du ror, âevede M. Con- 
tant, acheva plusieurs détails de ce monument, que son 
naître avait, laissé imparfait. 

Cest une assez jolie coupole, supportée par quatre? 
pendentiis: le maitre-autei est placé en face de la porte 
d'entrée et adossé à la grille du chœur. Là fratcheitr 
de l'éxecution, Textrume propreté et la ricbesse des 
accessoires et ornements d'église, présentaient exx en- 
trant un aspect séduisant. Le portait sur la rue est oraé 
de deux colonnes ioniques couronnées d'un fronton, 
circulaire , dont la forme pesante s'accorde assez mal 

avec la délicatesse de cet ordre. 

Depuis la révolution, l'église et la maison qui était 
très-étendue, ont servi long-temps d'archives et de dé> 

pots pom* différentes administrations. 
Nous bqnierons ici les détails hbtoriques et descrip"^ 

tifs sur les couvents cl communautés de femmes, par 

les raisons exposées ci-dessus, et j^our n'omettre au- 



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cune des églises de cette capitale , nous terminerons en 
donnant seulement le nom de celles des vingt-neuf bô» 
pitaux et maisons hospitaUeieB qui esistaieni à Pazis en 

jiy 89, savoir : 

' Sainte-Anasthase ou de la Santé^ au Marais, rue 

Sainte-Anasthasc ^ Sainte- Catherine , rue Saint-Denis; 
la Charité, déjà citée, rue desSaints^Peres £uixbourg 
Saint-Germain; les Sœurs de la Charité, rue Saint- 
Laurent : ces maisons vont être rétablies. Les Conva- 
lescents^ rue du Bacq fauzbourg Saint-Germain, fondés 
en 1642 ; les Etifants-Rouges , au Marais près du Tem- 
ple, supprimé en les Ënfants-Trouvés, -parvis 
Notre-Dame, dont Téglise était décorée, en entier de 
peintures par Natoire et Brunetti, et fut rebàtiè en 
17 47 sur les débris de l'église de Samte'Genevievë des 
Ardens par Bofirand ; ce dépôt était une succursale 
de la maison destinée au même usage finubourg Saint- 
Antoine. Le Saint-Esprit attenant à THôtel-de -Ville, 
place de ce nom, lut fondé en iZSfi par des bourgeois 
en favenr dss pauvres orphelins de Paris. L'église a 
été aussi restaurée, en 17479 P^ le même architecte 
Boffirand , qui mérita sa réputation par un excellent es» 
prit et de profondes connaissances dans Fart de b&tir. 
L^ Pitié, rue Saint-iYictor près le Jardin des Plantes» 
L'H6tel-Dieu, dont Tancienne église a été démolie 
pour agrandir la place du parvis Notre-Dame, doit sa 
fondation à Saint-» Landrj; il fut augmenté par Saint 
Louis et par Henri IV. 

L'hospice SaintJacquesHbi-Hattt-Pas a été érigé sur 
les dessins 4^ M* Tidl» 

§ 117 



ê 



<jiio DBSCEirxiôir 

L'Hospice Saint-Nicolas fauxbourg du Rouie ^ déjà 
cité, fondé' par M. fieaujon, érigé sur les dessins ck 

Giiardm. 

L'Hospice de la paroisse Saint- Eustache; celui de 
de Saint-Sulpice, rue de Sevrés, foikdé par madame 

ISecker ; iliospice de Saint-Méry ouvert en 1783. 

Les Dames Hospitalières , place Koyal^ , fondées en 
16?- 4 so^is la protection de la reine Anne d'Autriche. 
Cette maison servit de retraite à mademoiselle d'An- 
bignë, depuis marquise de Maintenoni avant q^x\j&j^ 
fût appelée à la cour de Louis XIV. 

Les Dames Hospitalières de la Miséricorde, ru« 
Mouffetard. 

Les Dames Hospitalières de la Roquette, fauxbourg 
Saint» Antoine, succursale de la maison de la plaça 
Royale que nous venons de citer. 

Les Incurables, rue de Sevrés, fondés par le cardi-^ 
nal de la Rochefoucault, en lôSy ; les Pôtites-Maisons, 
même rue, fondées, en 1479) ^ous le titre de Mala- 
drerie de Saint Germain, pub en iSSy établies en hôpi» 
tal pour les pauvres infirmes par l'Hôtel-Je-Ville. - 

L'hôpital Saint-Louis, fondé par Henri IV en 1607, 
etotre le fauxbourg du Temple et celui de Saint* 
Martin , bâti en quatre ans et denri sur les dessins de 
Claude Villefaux, architecte \ le plan est rëguHer et 
très-bién entendu. L'hôpital de Santé ou de Sainte- 
Anne, au fauxbourg' Saint-Marcel, iut restauré et meu- 
blé en même temps : il en coûta pour le tout la somm» 
de 795,000 livres. 

Les Eilles de la Miséricorde ou les Cent Filles , 




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2)£ PARIS. SIC 

Censiw, &iixbotirg Saint-Marcel, fondëesen 1624 par 

le président Antoine Séguierj Sainte Pélagie, faux- 
bourg Saint-Marcel, aujourd'hui maison de détention» 
Lies Quinse-Yingts , fondés par Saint-Lonis, vers 1270, 
pour 3oo aveugles ) rue Saint-Honoré. Cette maison a 
été supprimée en 1780 avant la révolution , et un nou« 
veau quartier s'est élevé sur son emplacement : Eudes 
de Montreuii, architecte de Saint-Louis , en bâtit l'é- 
gUse. Cet hôpital fiit transféré, sur la demande du car- 
dinal de Rohau, à 1 hôtel des Mous^etaires- Noirs 
fanxbourg Saint-Antoine. 

L'hôpital général^ dit la Salpëtriere^ maison très- 
vaste y située sur le boulevard de ce nom , vis-à-vis le 
Jardin des Plantes, fondé par Louis XIV m i656 : le 
président Pompone de BeUievre, la duchesse d'Aiguîl* 
Ion et le cardinal Mazarin en furent les bien£ûteurs. 
L'église , bâtie par Libéral Bruant sur un plan octo- 
gone , est assez remarquable et dans uu slyle très-simple. 
La maiscin dite Scipion, rue de ce nom^ £aiuxbourg 
Sàint-Marcei, est une dépendance de l'hôpital géné- 
ral. 

LliApital de la Trinité « fondé en laoa hors de la 
ville, s'est trouvé depuis, compris dans son enceinte» 
me Greneta. 



vin DB LA paBHxans paetji. 



« 



' Cr 



i 




I 



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DESCRIPTION DE PARIS,. 

SECONDE PARTIE, 



DES PALA}$. 



p HBfl les édifices saciiés, les p^alais sont, ea géiijéra}| 
les ouTiages où rarchitecture déploie ses plus grands 
jiiojeDS, où la puissance et le g.oùt des uations se dé? 
Vjeloppent lavec le plus 4'étendu,e. 

C'est aussi dans ce genre d'édifices que se montrent 
mieux les mceuw et les usages jdes peuples. Les habî? 
lations des grands et des rich,es ( car il «e peut être 
.question que 4e x^es-là ^us le nom de palais ou 
4'hAtels ) portent par tout pays le caractère des insti- 
jtutions politiques qui j dominent. S.eion \fi plus ou le 
^noins de variétés que ees institutions permettent aux 
particuliers d'étaler et de mettre au jour, selon le plus 
(OU le mtoinsdeXaste ou4e réserve qu'elles commandent 
4ans remploi des richesses y rjetrcbilectune étal^ ou 
resserr.e les sijennjss* 

Les exeinples jwtésents 0t p^sés prouvent qjate dans 

les pays, soit ceux où la démocratie règne, soit ceux 
jf>tt son esprit a de l'influence , les habitations particuuf 
lieres des riches sont modestes. Un palais trop somp» 
^ueuiL^xciterait l'en vie> 11 se lorm^ 4^U9 ces pays uiji car? 



21 DSftC&IPTIOir 

taili unisson extérieur qu'on prend pour de rëgalité, 
mais qui n'est le plus souvent que de Thypocrisie 
de la part des puissants, habiles à se dédommager de 
cette contrainte par d'autres voies. Le luxe des bâti- 
ments particuliers fut inconnu aux républiques grec- 
ques ) et dans ce qu'on appelle les beaux temps de la 
république romaine. Ce fut vers le déclin de ceiie*ci 
que les riches., rompant les barrières élevées par les 
mœurs et les lois contre le luxe, se permirent d'habiter 
des palais qui, selon Pline, insultaient déjà aux de- 
meures divines. 

Les républiques aristocratiques de Fltalie moderne 
ont porté au plus haut degré la magnificence des palais. 
C'est généralement le principe de l'aristocratie qui 
domine dans Tltalie^ et ce principe est très-iavorabie 
au luxe de Tarchitecture civile. Là où les grands ont 
le gouveraenient et y participent, l'orgueil du rang, 
de la naissance et de la fortune ne peut plus être com- 
primé par les lois et par les mœurs é Au contraire , il 
doit se développer et se montrer à découvert ; il doit 
frapper les sens de la multitude ; il doit se trouver em- 
preint sur tout ce qui saisit les yeux. Dans ces pays, 
on voit réunis cher les grands la modestie intérieure 
avec le faste extérieur, et c'est ce qui nous explique 
ce nombre prodigieux de palais magnifiques dont 
toutes les villes d'Italie sont ornées. Ik sont dus à la 
nature de ces mœurs qui commandent la parcimonie 
au dedans^ et tout lappareil de la richesse au dehors. 

Le gouvernement monarchique est très^favorableà 
l'architecture des palais. Là, le prince dispose doi 



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somiiies iûB plus considérables , et peut les employer à 
son grë aux dépenses de Tart de .bâtir. Dans àè grandes 
nionarchies, le palais du souverain est nëeessairement 
un iQiiuense étUiice, et k>rs<{ue ie bon goût a pu en 
ordonner Fensemble , cet exemple in»posant agU 
puiss«iiimieiit sur l'état des arts et tle Tarcbitecture* 
Car, dans les monarchies , il règne un esprit d^imitation 
qui porte à se modeler sur l'exemple du prince. Imiter 
c'est plaire , et plaire est le plus grand moyen de ior- 

é k 

tune. De là cette espèce d'émulation èlitre les grands ^ 

cette ambition de se mesurer plus ou moi us dans la 
oonstruction des palais sur le goût, le genre et la ma* 
^ificence de la demeure du souverain. 

De proche en proche, cette ambition s!étend aux 
citasses suivantes, et, comme dans ces pays il 7 a trop 

de distance entre le prince et aucun des sujets, pour 
que Fenvie puisse faire redouter un paraiieie, 1 archi- 
tecture peut, sans crainte d'aucune censure , être pro« 
diguée aux habitations des riches. Il résuite aussi de là 
qu'aucune mesure d'étiquette ne réglant les conve* 
nances dans la disposition et l'ordonnance des palais, 
ce qu*on appelle le car^tctere de l'arc] litecture perd 
beaucoup de sa valeur. Il n'y a plus d'échelle de pro* 
portion sur laquelle Tartiste puisse se régler ; et cet em^ 
ploi indiscret des richesse^ et des beautés de Tart dans 
toutes sortes d'habitations, rend son effet moins vji, 
et l'application de ses ressources moins caractéristique. 

Au reste, nul art n'éprouve plus que l'architectura 
1 lailuence des mœiurs, et Tobservateur atteutii en dé- 
couvre sans peine les effets dans la construction et 
l'ordonnance des palais. C'est pourquoi celte partie de 



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4 DBSCEIPIIOir 

Fart o0re toujours , chez une nadoii , un intérêt parû^ 

culier, ps/tce qu'elle est comme le miroir où. se réflé- 
chissent ses mœurs et ses usages. 

Mais , commé on Fa déjà dit, e*est dans la demenrtr 
du souverain que se peint avec le plus de yérité la 
' puissance de chaifue nation ét te goftt de chaque siede.- 

« Le palais du prince, écrivait Tliéodoric a Cassiodore 
« son architecte, est la noble image de la puissance de 
« l'empire , il atteste la grandeur et la gloire des 
« rojaumes, on le fait remarquer aux étrangers commet 
« un monument digile de leur admiration, ét, an pre- 
« mier coup d'oeil , le maître leur païait tel (jae soif 
« habitation semble Tannoncer. » 

Malgré tout ce quV tenté et exécuté en fiiit de palais 
la magnificence des rois de France, il paraît bien dé- 
cidé Aujourd'hui qaé le Lcmyre, considéré en lui-même, 
et considéré surtout dans sa réunion avec les Thuileries, 
formé le plus riche et le plus grand ensemble qu'od 
▼oie non seulement M France, mais encore dans te 
reste de l'Europe. 

L'achèvement du Louvre, et l'achéTement de sa réu- 
tiionavec les Thuileries marchent avec tant de rapidité,- 
qu'on peut déjà parier de cet ensemble comme existant. 
Ce n^est plus des yeux de Finiagination tfuHîi est penAis 
d'apercevoir ces merveilles. On en jouit presque déjà, 
et l'outrage ^ui, en traitant en ce moment des palais 
de Paris , n'anticiperait pas l'instant qui Terra con- 
sommer ctàs travaux , commettrait une espèce d'inii- 
délité. Gë6t pourquoi oh a tru devoir réunir dans urf 
seul et même article les descriptions des Thuileries et 
du Louvre. 



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Si 




I» 



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DES PALAIS RÉUNIâ 

DES THUILERIES 

ET DU LOUVKE. 



OMME les grands ëditices veulent de grands accom- 
smentB, çe n^est pas un mécMocre «vaâiage pour 
palais de souveraifi, placé dans une capitale, que 
l'occuper uiie situation qui permette de lui propor- 
mnët ses accessoires ^ ses avenues , et tous les embel^ 
céments environnants* A cet égard, il est douteux 
'il y ait un palais où toutes ces circofistaiices se soient 
imaiâ réunies dans un plus heureux accord que dans 
IX dont nous parions. Depuis plus de deux siècles, 
succession dé ti'avauic^d^a^randissenients, etd'amé* 
iorations quelquefois divergentes, mais le plus souvent 
rigées vers le même but, a tendu constamment à 
faire de cet ensemble le point de centre oii devaient se 
, rapporter un grand nombre d'objets d'embellissement, 
I dont on aperçoit mieux que jamais aujotufdliui la 
liaison. > 
Depuis longtemps la position du palais des Thui-' 
sries et de son jardin , cette continuité de promenades 
'ui forment les Champs^liiysëes , la grande place qui 
'ipsLte des Thuileries sans les désunir, les monu« 



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6 l>£3CftIPTION 

ments adjacents^ k nouvelle clAtiire de Paris, PaTenue 

qui s'étend de là jusqu'au pont de Neuilly , et présenté 
au voyageur sinon une entrée, du moins une arrivée 
de ville la plus magnifique ; tous ces embellissements 
mis en rapport par leur direction ou leur alignement 
avec le jMilais des Thuîleries, ont accoutumé Timagi* 
nation a les regarder, ainsi qu'ils le sont effectivement, ; 
comme les avenues et les accompagnements de ce | 

palais. I 
Nous croyons donc ne nous point écarter de la vérité, | 
^ en présentant au lecteur, comme le prélude accessoire 
de notre description , les différents objets qui noua 
paraissent liés, dans cet ensemble, sur une longueur 
d'une demi-lieue, à partir de la barrière de r£toile 
jusqu'à la colonnade du Louvre. Ayant à parcourir^ 
dans cette étendue , un si grand nombre de monuments, 
nous ne suivrons d^autre ordre que Tordre itinëraii e.- 
. Bes*barrieres de l'Etoile , qui forment le point le 
plus haut de la colline où elles sont placées , se dé- 
couvrent le jardin et le palais des Tbuileries. Cette 
colline y jadis beaucoup plus élevée , fut coupée , il y a 
près de quarante ans , pour ouvrir une route commode, 
et alignée sur Taxe de la porte des Tbuileries et du 
pont de Neuiily , pris dans sa longueur. Le projet était 
d'applanir le terrain de manière qu'au sortir de ce pont 
on aperçût le palais. M^is l'embarras des déblayements, 
et peut-être l'économie, firent renoncer à cet entier 
nivellement. Peut-être est-il permis de ne pas regretter 
son inexécution. La bauteur actuelle donne un point 
de vue» et l'effet des constructions qui a'y développeront 



DE PARIS. Jt 

Taudra mieps sans doute, que Taspeet indéttnniné 
d*tin espace qui se serait perdu dans Thorizon. 

Les barrières qui forment Fentrëe de Paris, sur la 
hauteur de FËtoile, font sans doute un meilleur effet 
de loin que de près. L'architecte de ces monuments 
recommandables par le caractère de leurs masses, mais 
trop souvent bizarres dans leur ajustement et leurs 
détails , avait prétendu orner toutçs les entrées de 
Paris d^ëdifices dont le style répondit à l'idëe exprimée 
par le nom de barrières qu'on leur donne en effet. 
Analogie puérile, et qui a produit tous les vices, toutes 
les incohérences de goiit, et cet emploi repoussant des 
bossages, dont les barrières de TËtoile offrent l'exemple 
révoltant. Il y a^it sans doute beaucoup mieux à ima<- 
guier pour annoncer les entrées de Paris , et Ton peut 
s'en convaincre sans sortir du lieu où nous sommes. 

Au point milieu de Tesplanadc de TEioile , et entre 
les deux barrières , s'élève en ce moment un immense 
arc de triomphe , dont les fondations sont déjà hors 
de terre. Ce monument , dont MM. Cbalgrin et Ray* 
mond sont les architectes , fera point de vue de la 
porte du Palais des Thuileries. On ne peut encore ej^ 
faire l'éloge que sur la. foi du talent de ses deux au« 
tetirs. Mais l'imagination plus active se figure déjà le 
bel ensemble de cette grande masse, qui, se raccor« 
dant dans l'espace , avec les deux pavillons des bar» 
rieres , dont sans doute les couronnements seront 
complétés, fera pardonner les bizarreries de leur 
structure ep faveur du bon effet de leur aocompa» 
gnement. 



B DKSCIIIPTIO.N 

Une yaste ayenue , alignée sur la grande allée du I 

jai din des Thuileries , et entourée de promenades et 
Jie maisons agréables , aboutit à la place où s'élevait 
jadis avec beaucoup d'él^ance la statue équestre de 
Louis XV , fondue en l^runze ^t exécutée par Bou- 
jchardon^ Cette statue et son piédestal orné de quatre 
▼ertus colossales en bronze , de la main de Pigal , ont 
été anéantis par la révi)lution , et cette place attend 
aujourd'hui de nouTeajix embellissements. 

Ceux qui en conçurent dans le temps le projet, 
semblent s'être proposés f non sans raison, de lui don* 
fier un caractère différent- de celui des autres places 
de Paris : on voulut <jue celle de Louis XV , environ? 
née dims tous ses aspects, d'objets agréables, de mo- | 
numents existants ou projetés , lût plutôt un centre 
de points de vue variés , et plutôjt un cadre ou divers 
tableaux viendraient trouver place avec plus ou moins 
xie régularité, qu'un ensemble symétrique d'une com? 
position d'arcbitecture inscrita dans une enceinte ^ 
6ur un plan uniforme. 

Les diverses eatri^pris^s qui depuis lors se sont suc« 
eédées , et les nouveautés qui s^exécutent ou se pré* 
parent aujourd'biû , ont justiiié et justiii^nt 4^ plus en 
plus la première conception de cette place. 

Les deux colonnades qui la bornent du coté gaucho 
ont été exécutées sur les dessins dfi M. Gabriel, Leur 
/>bjet principal fut de terminer de ce côté la place, par 
une arclxitectiu'e pittoresque et somptueuse. Ces édi- 
fices même n'eurant , dans l'origine, aucune destination . 
précise; et ils eo ont déjà changé plus d'une fois. L'in* 



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DB PARIS, Q 

tention de rarchitecte a évidemment étié de rivaliser ^ 

dans ces colonnades ,'avec celles que Perrault a élevées / 

à rentrée du Louvre. Mais tous les connaisseurs con- 
-viennent que l'avantage est resté à ce dernier. £n 

voulant éviter ce qu^on a quelquefois appelé un clijfaut 

» 

dans Touvrage de Ferra ult , c'est-à-dire raccoupiement 
des colonnes, M. Gabriel a fait voir qu'il y a dans 
. i^architectipre un beau relatif, ii^dépendant de toutes 
T^es , qu^ ce qui est défaut selon celles-ci , peut pro* 
duire des beautés supérieures à ce genre de mérite, (juL 
ne résuite que de Tabsence des défauts* Au reste « 
l'exemple des colonnades de Gabriel, serait peut-être 
mai choisi pour décider la question de l'accouplement, ' 
dans une composition du genre de celles dont il s'agit, 
et où les colonnes mises , si Ton peut dire, en spectacle , 
et destinées à être vues d'un point idxe, ne produisent 
pas le mauvais effet qui résulte de la gémination des 
supports, lorsque leurs points de vue sont très-variabies. 
M. Gabriel aurait peut-être réussi à faire condamner 

Perrault, s'il eut donné à ses ordonnances plus de 
gravité, moins de maigreur aux colonnes, moins de 
largeur aux entrecolonnements , plus de caractère aux 
profils et aux objets de décoration , et s'il eût lait choix 
d'un plus heureux soubassement. Du reste , cette archi- 
lecture a de Téclat, de la magnificence, et offre un 
riche point de vue. 

La rue qui sépare les colonnades a de la grandeur 
et de la noblesse^. elle annonce avec beaucoup de dl- 
.^ité le momunent auquel die conduit. Je parie de 
ré^ii:>e de la Madeleine, élevée d abord sur les dessins 

2 

k 

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à 



!• BBSCRIPTIOlf . 

de M. CcNitant, rééditée depuis par M. Couture, qui 
en a modilié le plan et changé l'élévation, et a érigé 
à «on mtrëe un péristyle oorinthieu, d^une belie 
proportion et d^une sagesse d'ordonnance, qui font 
désirer depuis long temps que ce monument soit 
acfaerë. Cet achèvement est nécessaire pour compléter 
l'ensemble des beaux aspects dont nous parcourons 
rénumération. De nouyeaux projets et Tidée d*wie des- 
tination nouvelle, ont occupé depuis peu les artistes, 
et le moment ne saurait être âoigné qui verra terminer 
cet édifice. 

Déjà s'élève , en pendant , le péristyle du corps [ 
législatif dont on a fiiit mention en parlant du palais 

occupé aujourd hui par ce corps. £t déjà Teilét de ce < 
frontispice, qui termine le point de vue du pon t , ajoute { 
aux embellissemeiits de la place qui précède le jardin I 
des Thuileries. 

La révolution , en déplaçant et en décomposant tant 
de moniunents et d'objets d'art, n'a pas pu ne point 
produire quelques rapprochements heureux. C'est ainsi 
que le mausolée de Turenne se trouve aujourd'hui 
mieux placé sous la coupole des invalides. Ainai, les 
groupes en marbre des chevaux de Marly , par N. Coiis- 
tou , sont venus très - heureusement à l'entrée des 
Champs-Elysées, se placer en pendant avec les ^oupei 
de chevaux ailés de Mercure et de la Renommée , par 
Coysevox, qui donnent tant de noblesse et d'él^anoa 
à l'entrée du jardin des Thuileries. 

Cette entrée , appelée ilu font" Tournant, parce 
qu*un pont-levis servait autrefois de passage sur 1m \ 



0£ PAKIS, li 

fossés qui entouraient le jardin , vient d^Âtre recons- 
truite par les soins de TEmpereur, et la grille oruée de 
£mceaux , qui jadis s'élevait sur la place du Carrousel, 
en va décorer Faspect. 

Le jardin des Thuileries n'avait point encore été 
terminé de ce côté. II restait à élever , à construire et 
à prolonger la terrasse qui donne sur la rivière et en * 
i^etour sur la place. Le projet d'achever l'enceinte de 
ce jardin est un des^premiers qui ait occupé i'iijxipereur . 
Déjà depuis un an , la terrasse dont on vient de parler 
a été finie, et celle qui lui est opposée n'attend plus, 
pour rétre que quelques déhlayements. L'ouverture 
de la rue de Rivoli a donné lieu de substituer au mur 
de ce qu'on appelait la terrasse des Feuillants, une 
clâture de piédroits en pierre, réunis par une belle* 
grille , et qui ouvre la vue du jardin aux maxsunâ qui 
s'élèvent le lông de cette rue* 

Il ne peut entrer dans le plan de notre description 
de parcourir les beautés d'ensemble et de détail da 
jardin de& Thuileries, ce chef-d'œuvre de Le Nôtre, et 
auquel jusqu'à présent on n'a pu opposer aucun autre 
jardin considéré sous le rapport de décoration et de 
promenade publique. Tout y a été conçu grandement, 
et tout a concouru à y réunir les deux qualités qui se 
rencontrent si rarement ensemble, suru>ut dans les 

7 

jardins, Funité et la variété. Les ornements y ont été 
sagement distribués. Les statues y ont été placées avec 
Ascrétion et en vertu d'un plan raisonné. Rien déplus 
aisé que de les multiplier dans les jardins , mais aussi 
rien de plus aisé que d^en^ rendre l'aspect insipide et 



19 »B8GEf»TIOlfr 

reffet insignifiant. Trop d'exemples avertissent d^éviter 
cet abus : et le plan de Le Nâtre, Êiit pour senrir de 
règle aux décorateurs ne saurait être trop respecté. 

Le parterre qui découvre la Tue générale du pakis* 
des ThuilerieS) la terrasse qui borde ce palais, oflrent 
une belle distribution de compartiments, de groupes, 
et de statues &ites pour la place qu'elles occupent, et 
qui offrent à la niasse du palais un riche et bel ac* 
conipagnement. 

C'est dHci qu'il faut considérer Fétendneet le défve* 
veloppement de cette ligne de bâtiments , qui forme la 
l^ade la plus intéressante du palais des Thuîleries* 

L'histoire de la construction du palais des Thui- 
leries et du Louvre avec leurs accompagnements, serait 
l'objet d'un ouvrage très-étendu. Tant de mains se sont 
succédées dans ces nombreuses bâtisses , tant de projets, 
d'abord incohérents , puis mis en rapport, puis aban^ 
donnés , repris , modifiés pendant deux siècles et demi, 
se sont contrariés ou conciliés au gré de tant de cir- 
constances diverses , qu'un corps de notions précises , 
justifiées par des autorités probantes , sur Vétat passé 
et présent de ce vaste ensemble de palais, serait lui» 
même, en son genre, presque aussi difficile à compléter 
dans toutes ses parties , que le monument qui en serait 
le sujet. 

Un coup d^œil rapide sur Forigine et les changements, 
sur les restaurations et les agrandissements , sur la 
forme extérieure et le goût d'architecture de ces deui 
palais , bientôt réunis en un , est tout ce qu'on doit at» 
'tendre de nous. - i 



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os paris/ i3 
Un «ptcieuz emplacement occnpë par une tuilerie 

et par desjardins , parut à Catherine de Mëdicis , qui 
voulait amir un palais séparé du Louyre, habité par 
Charles IX, un lieu commode pour la construction 
d'un palais à la lois vaste et bien situé. Ce fut là qu'elle 
fit commencer le bâtiment des Thuileries, par les deux 
plus célèbres architectes de ce temps , Philibert De- 
lorme et Jean JBuUant* ^ 

On ne sait pas bien au juste quelle part chacun de 
ces deux artistes eut dans cette entreprise. Les chan« 
gements qui y furent opérés depuis, laissent la critique 
assez indécise sur ce qui doit appartenir en propre à 
BuUant. Pour Philibert Ddonue, on reconnaît encore 
son goût dans plus d'une ordonnance, et on lui fait 
assez communément Thonneur de la construction pri- 
mitive de ce palais. 

Diaprés les plans et les dessins que Ducerceau nous 
en a conservés , son étendue devait être bien supérieure 
à cette que présente aujourd'hui id ligne de bâtiments 
dont il se compose. 

Catherine de Médieis n^en acheva que le gros pa* 
villon du milieu , les deux ailes con ligues formant au- 
jourd'hui galerie et terrasse sur le jardin , et les deux 
corps de bTitiment ou pavillons qui viennent immédia- 
tement après. Dégoûtée de cette entreprise, la reine 
forma le projet d*un autre palais qu^elle fit construire 
-par Bullant, sur les terrains de Thotel de Suissons, et 
dont il ne reste plus que la colonne engagée dans les 
massifs de la Halle aux blés. 

Les constructions commencées et abandonnées par 



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l4 BESCEIFTIOir 

Catherine de Médicis, furent reprises et continuées 
sou^Henri IV ; elles furent augmentéet par Lcmis XIII 

sur les dessins de Ducerceau , qui , romiiie il arrive 
ordinairement, avait changé l'ordonnance et la déco- 
ration des premiers architectes. On attribue à ce der- 
nier les deux pavillons d'angle qui terminent de cha- 
que càté cette ligne de bâtiments, les deux corps de 
bâtiments d'ordonnance Corinthienne ou Composite 
(comme.on voudra dire) qui précèdent les pavUlons 
d^angle , et Térectidn de la galerie qui commence an 
pavillon de 1 iore. Il parait que les troubles religieux 
qui s'élevèrent alors, empêchèrent Ducerceau de cou- 
tinuLT , et c[ue l ouvrage fut suivi par un autre sur ses 
dessins. 

* 

» Ce l^er historique suffit déjà pour expliquer cette 
extraordinaire multiplicité de parties, de masses et 
d'ordonnances, dont s'est trouvée composée, tant sur , 
la face du jardin , que sur celle de la cour du Carrousel, 
la masse totale du palais des ThuUeries. On j compte 
effectivement cinq espèces de dispositions et de dé<x^ 
rations, cinq sortes ^de combles différents, et comme 
cinq pavillons divers réunis Fun à l'autre, sans prô- 
que aucun rapport extérieur entre eux dedistributioii} 
de style et de conception. 

Le goût de ce temps était aussi de diviser les édi- 
fices en pavillons, en tours, en ailes flanquées de mas- 
àS& plus élevés , et écrasés par d'énormes toitures. Ces 
toits démesurés étaient le luxe des châteaux forts et 
des monuments de la féodalité. Ce type s'est conservé 
dans tous les palais dus au siede qui vit renaître b 



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]>£ PÂKIS. l5 

bonne architecture en France/ On le retrouve au 

Luxembourg, aux Thuileries, et il existait encore 
auLouTre. 11 ËEiut avouer que ce genre de composition 
était peu propre à produire cette belle régularité que 
demande l'emploi des ordres grecs. Quel coup-d'œil 
imposant n'eût pas eu la façade des Thuileries sûr une 
ligne de i68 toises , si elle eût pu être soumise à Tu- 
nitë d'une grande conception ! Mais les grandes con* 
captions sont rares en architecture. Les plus vastes 
ouvrages de cet art, sont ordinairement le résultat 
de tentatives décousues , de projets enfantés séparé- 
ment, et qu'une circonstauce heureuse ramené après 
coup, autant qu'il est possible, à une intention gé- 
nérale. 

C'est ce qui est arrivé au palais des Thuileries. 

Louis Xiy voulut'mettre de TensemBIe dans toutes 
les parties de ce palais, et Le Yeau fut chargé de ce 
raccordement. * ' 

Il commença par supprimer l'escalier bâti par Phi- 
libert Delorme, chef-d'œuvre de construction et de 
disconvenance, qui occupait la place du vestibule ac- 
tuel. 'Il changea la forme et la disposition du corps 
élevé du pavillon du milieu , qui jadis était une cou- 
pole circulaire. La restauration ne conserva de l'an- 
cienne ordonnance, que le premier ordre à tambours 
de marbre. Deux ordonnances, l'une Corinthienne, 
l'autre Composite, surmontées d'|in fronton et d'un 
attique, remplacèrent la décoration de Delorme, et 
une aorte de dôme quadrangulaire prit la place de la 
coupole. 



l6 " DES G H I PT lOîf 

. Les restaurateurs des Thtiileries (car dans eet oik 

vrage ou associe Dorbay à Le Veau) conservèrent en 
leur entier les deux galeries collatérales 4u paviUoa 
du milieu avec les terrasses qu*eUes portent (i). Mus 
ils changèrent la devanture du corps de bâtiment qui 
s^éleve en rètraite des terrasses. Cette partie était la 
moins heureuse de la façade de Delorme. Aux man- 
sardes et aux cartels qui s'y voyaient dans un otdre 
alternatif, ils substitoerent le rang de croisées et da 
trumeaux ornés de gaines, qui subsiste aujourd'hui 
^ avec un attique* 

Les pavillons suivants de chaque côté, et qui sont 
.à deux ordres de colonnes , ont été conservés en leur 
entier. On est assez porté à en attribuer Tarchilectiirs 
à J. Buliaiit, dont le goût était en général plus léger 
€t plus pur que odui de Delorme. On reoonnaît en 
effet dans cette disposition du stylobate inférieur, 
dans la grâce et la proportion de l'ordre ionique « 
Farchitecture de la cour du chftteau d'Ecouen. Quoi 
qu'il en soit , ces deux pavillons n'ont souflert ci'autrè 
ichangment que celui de l'attique aotuel substitué 
aux mansardes. Il paraît aussi que la sculpture qui 
orne les fûts des cqlonnes, doit s'attribuer à la restau- 
ration. Les dessins de la fiiçade primitiye noos font 
voir ces colonnes lisses d^ns toute leur hauteur. 

Les deux corps de bâtiments à grands pibstres oo« 
rinthiens , qui , de chaque côté , suivent immédiate- 
ment les pavillons qu'on vient de décrire , étaient de 

(x) Il s'agit de la iàçadc qui donne sur le jardin. 



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l'architecture de Ducerceau. C'est lui ipi^on doit ac- 
cuser surtout de la dissonance qui frappe dans cette 
association d'un ordre colossal placé à coté de deux 
ordres délicats et légers. Ici le passage devient brus- 
que, et les restaurateurs n'auraient pu réparer ce dé- 
faut que par une reconstruction totale» Il parait que 
cela leur fut interdit. Ils se contentèrent de supprimer 
des lanternes d'escalier pratiquées en dehors de ces 
fatçades. Ils en consenrerent Vordonnance, y suppri- 
mèrent des ressauts dans l'entablement , des fron- 
tons qui anticipaient sur sa frise, et les mansardes du 
ooroMe. 

Les deux grands pavillons d'angle furent encore 
plus respectés dans la restauration , qui semble n'avoir 
fait qu'en élaguer de légers détails. 

On a jugé avec beaucoup de sévérité les auteurs de 
cette restauration , pour n^avoir pas fait disparaître de 
celte façade toutes les disparates d'ensemble et de dé- 
tail qui trouvent. Mais les architectes peuvent-ils 
être responsables de toutes les sujétions auxquelles on 
les condamne ? Or il paraît que la condition à laquelle 
furent soumis Le Vèau et d'Orbay avait été de conser- 
ver le plus possible des anciennes constructions et de 

four» ordonnances» - 

Les moyens qui lei^r étaient conBés , se trouvant 
ainsi limités , il faut se garder d'apporter dans le juge- 
nient de leur ouvrage une censure absolue. Il paraît 
qu'ils visèrent d'abord a ramener, autant que possible, 
toutes les masses discordantes de ces bâtiments, à une 
ligae d'ciMdïleiiieot k peu près «nifonne , i n uyen astes 

3 



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actii de mionaer une apparence d uiuté à des parties 
détachées et sans accord* Ik y parviment encoie en 
HSâujëtissant les croisées et les trumeaux , les pleins et 
les vides de toute la fa^ide» à une disposition i«gu« 
liere. 

On ne peut nier que toute ia partie du milieu ne 
soit la plus heureuse de cetle mtauratioii. S 7 règne 
un accord de lignes bien eniciulu, ei la variété des 
masses, des retraites et des saillies qu'on j oJbserve, 
semble y être moins Felfet d^un raccordement &i% aprèi 
coup , que d'une combinaison originelle. 

Ce qu'on a dit de la Êiçade qui règne sur le . jardin , 
s'applit^ue au goût et au genre de la façade de la cour, 
dont toutes les parties , à qudques différences près, 
sont correspondantes. Le pavillon du milieu , considéré 
soit sur la cour , soit sur le jardin , est le morceau le 
plusTiche de toute la façade* Ce qu'on a laissé subsis» 
ter de Philibert de Lorme, c'est-à-dire, l'ordonnance 
des colonnes à bandes de marbre, serait ce qu'on peut 
feire de plus riche en architecture, si le goàt pouvait, 
dans cet art, admettre les superiiuités au nombre des 
richesses. Pour répondre à ce luxe, on a, du edté da 
Carrousel, employé dans les ordonnances supérieures, 
des colonnes de marbre , genre de magnificence qu'il 
est rare de trouver en franise au d^diors des édiioes. 

Le vestibule qui mené au grand escalier, et cet es- 
calier lui-oiéme, ont de la noblesse et de la grandeur. 

Ce serait ici que pourrait trouver fdaoe la descrip- 
tion des intérieurs du palais^ des anciennes et des nou« 
velles distributions de C€t intémur^ 4 1^ simple éna* 



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DE PARIS. " 19 

mération de tous ces objets ne devait excéda de beau- 
coup l'espace de cet article. Fidèles au plan que nous 
jM>us sommes proposé de donner une esquisse abrégée 
de rextëri«ur de ces édifices, nous allons continuer 
notre route. 

Au sortir du vestibule du palais des Thuileries sur 

le Carrousel, r œil cominciicc à eti e averti , par le percé 
qui vimt d'avoir lieu, de la réunion projetée depuis si 
long-temps des deux grands palais destinés à n^en Ëdre 
qu'un. 

C'est ici qu'il convient par conséquent de placer 
quelques notions , et sur ce qui a été fait et projeté à 
cet égard f et sur ce qui s'exécute en ce moment. 

Le Louvre et les Thuileries ^ comme on Ta dit, et 
comme cela se voit, n avaient point été bâtis dans la 
vm ni d'<étre réunis, ni de feire pendant. Aucun 
laf^rt symétrique, de quelque genre que ce soit, 
n'avait présidé à leurs plans. Le manque de parallé* 

lisme dans les Jeux façades qui sont en çegard , l'iné- 
galité en longueur de ces façades, le genre si différent 
de leurs ^évatiens , tout s'opposait à cè que l'idée dé 
leur rapprochement vint saisir les esprits. 

Gepeedant des parties détadiées du Louvre le long 
de la rivière avaient fait naître le nioiif de ce rappro* 
ohemeM. L'angledu pavillon des Thuileries, qui donne 
sur le quai , se trouvait 4 peu près'sur l'alignement de 
quelques corps avancés. L'idée vint, non d'une asso- 
ciation réelle, mais d'une communication entre le 
Louvre et les Thuileries , au moyen d'une gâterie cou- 
verte. Henri IV ordonna à Ducerceau la continuation 



aO DESCHIPTION 

de cette galerie, à partk des Thuilenes; Louis Xlil 
la fit achever, et sa décoration fut terminée sous 
Louis XIV. 

A cette époque naquit l'idée de la réunion effectÎTe 

des deux palais. Louis-le-Grand voulut aussi terminer 
le Louvre, qui alors n'avait qu'un angle de sa cour qui 
Mt achevé. Ce projet occupa tous les esprits. LaFrsnoe 
lie manquait pas aio;rs d'architectes habiles. Mais Pierre 
Lescot n'avait pas laissé de successeur. Il n'y avait per- 

50U11C d'assez accrédité pour subjuguer Vopinion géné- 
rale. On sentait qu^on avait hesoin d^un artiste à gran- 
des conceptions. Lltalie se vantait alors de Bemin. 
C'était un lioiume universel , mais doué surtout de cet 
esprit de ressources qui sait tirer parti des diiEcultés^ 
et qui sait voir en grand. Louis XIV lit demander à 
Bernin des plans du Louvre. On désira, bientètposM' 
der l'artiste en pmonne. U vint en France, mit h 
main à l'exécution de ses projets, lut contrarié, et au 
bout de huit mois regagna l'Italie. 

Il paraît que la première pensée de Bemin s'était 
dirigée vers la réunion élective des deux palais. Ccst 
ce qu'annonce son plan. Et dans ce plan on n'aperçoit 
pas qu^il ait eu l'intention de diviser, par aucune cons- 
truction intermédiaire , le vaste emplacraieiit qui s'é- 
tend entre les deux palais. Il faisait partir de l'autre 
angle des Tliuileries la galerie parallèle à celle ^tù 
existe du côté de la rivière, et il la rattachait avec betn* | 
coup de symétrie au Louvre. ' 

Bemin jugea sans doute que le manque de paiallé- 
lisme entre les deux laçades , serait peu choquant dam 



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un si grand espace ^ et qu*on serait pins frappé de la 

correspondance des masses, que de l'irrégularité géo- 
métrique du plan, U est à croire qu'il avait raison. 
L'espace lui-même , tout grand qu'il soit, n'aurait eu 
* non pius rien de disproportionné, iin considérant l'éten* 
due de la fiiçade des Thuileries, la place qui la précède 
ne saurait être trop grande. On peut en juger par le 
jardin de ce palais , dont l'esplanade découverte de cent 
vingt toises, n'est sûrement pas trop éieoduc pour laisser 
jouir d'une façade dont la longueur en a cent soixante- 
huit. Il fallait, à la vérité datis ce projet, mettre la 
façade correspondante du Louvre en rapport avec celle 
des Thuileries. Aussi Bemin avait-il projeté de donner 
de ce côté au Louvre une grande étendue, et cette 
façade, dans son plan, était la principale et la plus 
belle de toutes. \ 
* Les projets de Bernin abandonnés, Claude Perrault 
fut celui que Ton chargea de terminer le Louvre, et 
d'en opérer les raccordements. Tous ses projets furent 
aussi combinés dans la vue de la réunion des deux pa- 
lais. Mais on peut voir, d'après ses plans, quil conçut 
cette réunion d'une manière fort différente. Dans deux 
dessins variés, il proposa de remplir Fintervalle des 
deux palais par des constructions de tous genres , et 
par des distributions de bâtiments si considérables , 
que ridée même de cette réunion eût disparu, et que 
cette grande entreprise eût présenté plutôt une suc^ 
cessfon de monuments que ridée d*nn grand ensemble. 

Peut-être est-U permis de concevoir un milieu entre 
l€s projets de Bernin et de Perrault. Peut^tre peut-oa 



a2 DKSCRlPTiOM 

imiiginer un projet qvi^ laissant aperoeToir tonte b 

grajidt ur du tableau et de son cadre, cache les irré» 
|rularités de détail, sanA tu masquer i ensemble ^ diVm 
respaoe, sans olMruer la me, et laisie joœr én coup 
d*œii d' uae immense enceinte ci ediiices , en dissimulant 
les disparates de quelqnesHms de kurs rapports. 

Il esta présumer que telle est rintentioii des archi- 
tectes acluels du Lowne; et Tare de trioniphe que Ton 
aperçoit en sortant du v^tibule desThuiîeries, semblé 
déjà révéler le secret des nouveaux projets. 

En efiet, 'coeme la porte du Louirre et celle des 
Thuileries ne se trouvent point sur le même axe y il 
était imyissîMie de diriger sur im piMnt qui leur fiiil 
commun rouverlui e de cet art . La bienséance voulait 
que sa direction £ût celle du paiais et de la porte des 
Thuileries. Mais alors ce monument isolé , ceeme U 
se trouve actuellement, ne senrinût qu'à mieux avertir 
le spectateur desdisparaias de plan et de rapport entre 
les palais. Tout pi^ouve donc que Fintention actuelle 
est d*«eoi^per tout l'emplaoenmit par de Ugeres cons- 
tructions , qui feront diversion au vice du plan et ne 
cadUeroot pou^t ies élévations. 

La choee paraît «ncora miet» indiquée et par la 
situation de Tare de tncnaphe, placé sur la ligne de la 
grille aetueUe, et par les particnlatttésdecetaTC. On 
y observe qu'il est percé, dans sa longueur, par dc 
petites arcades. Or, ces arcades latérales et les pierres 
d'attente de cAté, font prévoir qu'à k plaoe dehgriné, 
sera construit -un rang de petits portiques ou de gale- 
ries peu élevées t qni diviseront peut-être en plnsiems 



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DE PARIâ. 23 

^ms la ooiir actuelle du château^ Ces choses peuvent 

être annoncées comme très-probables. Quant au reste 
de l'emplacenteia, s^ily a quelqpie disposition arrêtée, 
rien ne la dénote encore , et Ton ne saurait en rien 
prédira* Un point également inconnu du public est la 
manière dont sera raccordée à la façade du Louyre la 
nouvelle galerie qui s'élève déjà sur la place du Car- 
rousel , en pendant de celle qui donne sur la rivière. 

Ce que Ton peut dire jusqu'à présent de cette ga- 
lerie, qui commence à sortir de terre, c^est qu'on a 
fort heureusement profité de k £Eicilité offerte par 
l'excédent de saillie extérieure du pavillon d'où elle 
parti pour lui donner plus de largeur que. n'en a la 
galerie du Muséum^ et que, par là, on prévient un 
des grandâ inconvénients attachés à Tintérieur de 
celle-ci , et un vice de proportion irrémédiable, ou qui 
ne pouiiait être corrigé ^u'en établissant dc^ divisions 
dans sa longueur. 

Quant à l'arc de triomphe qui vient d'être découvert 
avant d^ètre terminé , nous n'en entreprendrons pas la 
deaaription , parce qu'elle serait incomplète. Il ne peut 
être permis aujourd'hui de parler que de sa proportion, 
et du goût particulier de sa décoration. Pour ses pro- 
portions, il y a deux manières d'en juger. L'une, en 
considérant l'ouvrage en bii-méme, l'autre, en l'envi- 
sageant dans ses rapports avec l'ensemble dont il fera 
partie. Sous le premier point de vue, les architectes 
du Louvre ont lait sagement de se régler sur un ou- 
vrage d'ardiitecture antique, plutôt que de hasarder, en 
ce genre, quelque conception nouvelle et inéprouvéc. 



a4 DBftCfttVTIOH 

llii ont imité y dans la masse et dans la disposition, 
rare Septime Sévère , et ils eu ont reproduit les 
proportions, et les détails avec une pureté plus gnuide 
que celle de leur origiual. Souâ ce rapport , leur ou- 
vrage est digne d'éloges« Pour rappréder dans leseoond 
point de vue, Timpartialilé veut qu'on attende que les 
accompagnements de ce monument soient ackevés. 
N'étant pas destiné à rester isolé, le jugement qu^on 
porterait aujourd iiui sur TefTet de sa masse serait un 
jugement précipité. La décoration de cet arc triomphal 
offre à Paris un spectacle inusité , et pourrait bien de- 
venir aussi , avant son achèvement total, Tobjei de cri- 
tiques inconsidérées. Les colonnes de marbre rouge 
qui se détachent sur une pierre blanche, la frise de 
marbre de couleur, qui semble couper rentabiemeati 
offrent à quelques personnes Fidée d'une bigarrure in- 
solite. Quant aux colonnes de marbre, le motif en a 
pu être inspiré par celles du pavillon des Thuileries 
avec lesquelles elles sont en regard, et que le temps a 
privées de içur éclat. Mais on peut présumer quis rin- 
tention et le motif de cet arc ayant été aussi de sernr 
de support au quadrige de bronze doré auquel sont 
attelés les quatre chevaux, antiques de Venise, dont le 
métal est encore doré, les architectes ont jugé a propos 
d'établir dans toute la décoration du monument use 
sorte de diversité de couleurs variées, et de matières 
polychromes , propres à rendre le riche couronnemest 
de bronze doré moins disparate pour les yeux, a?cc 
l'uniformité d'une pierre monotone. Il faudra donc 
attendie aussi pour juger de cet accord, que U>usl«s 



H.. 



f 

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D£ PARIS. 2J 

accessoires divers et de diverses couleurs ^ qui doivent 
trouver place dans cette composition, aient été ter- 
mines. 

< Nous avons déjà parlé de la galerie de communication 

des Thuileries au Louvre, occupée aujourd'hui, dans 
toute sa longueur, par le Muséum des tableaux. Com- 
mencée , ainsi qu'on Ta vu , avec des intentions diffé- 
rentes et dans des temps, divers , cette galerie of&e 
4lans son étendue, qui est de deux cent TÎngt-deux 
^toises, plusieurs styles d'architecture, qui peuvent se 
réduire à deux principaux. Celui de là galerie à grands 
pilastres, qui rappellent et continuent l'ordonnance 
des pavillons d'augle des Thuileries, et celui de la 
partie de cette galerie qui se compose de deux ordon- 
nances séparées par un petit étage intermédiaire. On a 
dit que Ducerçeau. avait donné les dessins de la pre- 
mière, et que les troubles d alors l'empêchèrent de - 
rexécuter. Sa construction fut confiée à Etienne Du- 
perron , f>eintre et architecte de Henri IV. Elle se com- 
pose d'un seul ordre de grands pilastres composites 
accouplés sur les trumeaux, et supportant dans toute 
cette longueur des frontons alternativement circulaires 
et angulaires. Les sculptures de ces frontons* ont été 
évidemment, et probablement lors delà restauration 
des Thuileries, t|srminée$ sous Louis XIV, dont elles 
portent les devises. Toutes ces constructions furent 
faites et reprises à tant de fois , qu il y régnait toutes 
sortes d'irrégularités.. Ainsi, les deux façades de cétte 
galerie , je parle de celle du quai , et de celle du Car- 
rousel , n'avaient auçune correspondance dans leurs 

4 



26' ]>BSCRIPTI01f 

percés. D'un cote régnaient au rez-de-chaussée def 
fenélrflif de Fautre des arcades. Cette partie TÎeol 
d*être ramenée à un dessin uniforme. Des arcades ont 
été percées d'un côté comme de l'autre, dans tons les 
entre-pilastres , et cette restauration a contribué autant 
à l'affermissement des constructions , qu'à rembeliiââc» | 
ment du local que ces percés dégagent d*une manière 
à-la- fois commode et agréable. 

La longue £Eiçade de la galerie qui donne sur la ri- 
Tiere a éprouré , comme ceUe des Thuilories , les effets \ 
de ri^Gonstance humaine, et des vicissitudes du goût. 
£Ue est aussi un assortinaieiit de plusieurs manières. A 
l!ordouiiance en grandi pilastres dont on vient de 
parler, succède un petit pavillon qu'on appelle de 
VMorloge; et de là jusqu'au pavillon qui forme ai^ 
jourd*hui le salon d'Exposidon des Tableaux^ règne , 
à quelques irrégularités près , une décoration uniforme 
de deux ordonnaiiccs de pilastres accouplés d'ordre 
dorique ou toscan en bas, coupé par des bossages, et 
d^ordre corinthien* en haut , qui portent aussi des 
frontons alternativement angulaires et circulaires. C'est 
la seule conformité qu'il j ait entre les deux architec- 
tures de celle iaçade , à quoi il faut ajouter aussi celle 
des percés de l'étage supérieur, et celle de la ligiie da 
eouronnement. Cette architecture qui n'est pas sans 
mérite , dan s quel ques détails , tut laite sous Louis XIll, ' 
et on l'attribue à Clément Metereau. 

Pour être juite, ou doit dire que Toeil est moins ! 
kappé ici qu'aux ïbuiLeries de l'incohérence de ces i 
deux architecttires. La prodig^use bngueur de cette 




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DE PARIS. VJ 

galerie, empêche qu'on ne Tembrasse en sùvs entier, si 
ce n'est de l'autre côté de la rivière , et alors on ert est 
trop loin pour que cette diversité saisisse la vue. L'uni- 
formité de la ligne générale fait puissamment ditersion 
au sentiment de la dissonance qui peut exister entre 
les deux décorations. Lorsque la longueur des édifices 
sort (l'une certaine mesure, peut-être est-il permis de 
croire qu'une régularité trop exacte produirait l'ennaiw 
Peut-être le défaut qu'on attribue 'i<» ad hasai^d est-il 
plus léger qu on ne pense. Peut-être la variété des deux 
ordonnances de cette fiiçade donnera^t*elle lieu, dans- 
rintérieur de la grande esplanade qui doit bientôt 
mettre à découTcrt les deux palais , à quelques divisions 
qui justifieraient le manque d'uniformité dont il s'agit. 

La partie de la galerie dont on vient de parier, s'ap- 
paye au gros pavillon qui donne sur le quai , et qui 
forme ce qu'on appelle aujourd'hui le Salon d'exposi- 
tion des tableaux. Ce pavillon est suivi de l'aile en re- 
tour du bâtiment, qu'on appelait Palais de la Reine 
ou de l'Infante, et connu aujourd'hui sous le nom de 
Galerie d'Apollon* Cette aile de bâtiment va rejoindre 
Tangle du Louvre , et se raccorde assez mal avec lui. 
Sans doute le besoin .de rendre toutes ces parties de 
bâtiment moins discordantes entre elles , inspirera 
ridée de les coordonner , sinon par une architecture 
commune, au moins par des lignes, qui les ramené^ 
ront à un niveau général : et à cet égard il y aurait 
peu de chose à faire de ce côté pour produire l'effet 
dont on parle. 
La manière dont la galerie en question , considérée 



aS DESCRIPTION 

dans Fintérieur de remplacement ijni sépare les deux 

palais, vient se rattacher an Louvre, offre infiniment 
plus de disparates par la diversité de plans, de formes 
et de disposition des bâtiments que te hasard a fiiit 
naître de ce côté. Lorsque tout ce qui obstrue encore 
cet empbcement aura disparu, lorsque des Thuileries 

ou apercevra le Louvre , on sentira la nécessité de 
prendre un parti de raccordement digne d'un si grand 
projet. Et la chose deviendra plus nécessaire encore', 
lorsqu'il s'agira de répéter la galerie correspon danto 
du côté de la rue Saint-Honoré, de la faire aboutir au 
Louvre , et d'opérer cette liaison désirée. 

On s^apercem alors que la façade du Louvre, qui 
regardera celle* des Thuileries, sera la plus importante 
de toutes, ainsi que Bernin Tavait pensé ; parce que 
cette -&çade ne sera point vue isolément comme les 
trois autres. Au contraire, forcée de figurer avec l'en- 
semble du grand tableau dont elle sera un objet priii* 
cipal , elle appellera toute l'attention des ordonnateurs 
et des architectes. 

Uespece de fatalité* qui a Toùht que le Louvre (id 
fait et refait à tant de reprises et d époques diverses, 
est cause de la dissemblance qui règne entre ses fiiçàdes 

extérieures. Aucune des qiialre ne ressemble à mie au- 
tre. Mais la moins belle et la moins riche sans compa- 
raison est celle dont nous parlons.» et sans doute les 
avis de l'expérience et les leçons de la comparaisou , 
les seules que tout le monde rècoive, et les seules dont 
on ne saurait en ce genre prévenir les effets, décide- 
ront, en leur temps, du sort de cette façade. 



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DB PARIS. 2g 

Mais il est temps d'entrer dans la cour de ce Louvre , 
et d'en admirer les singulières beautés. Je vais aussi 

dire deux. luuLs de son origine. 

Lf'époque de la première construction de ce palais 
est assez incertaine. Selon quelques écrivains, elle re- 
monterait au septième siècle. Ce qu'on peut dire,' 
c^est qu'elle est fort ancienne, puisque Fé^rmologie 
même du nom de Louvre est problématique. Les uns 
veulent que le mot vienne du nom propre d'un sei- 
gneur de IéOUinw, 'suLT*le terràin duquel le château 
primitif fiit bâti. Les autres prétendent que Louvre 
signifie Vœuvre, Voiwrage par excellence. D'autres 

disent que Louvre ^ en langue saxonne, veut dire chn." 
ieau. Quelques-uns ont cherché la raison de ce mot 
dans le mot latin lupara, qui , venant de l^us, loup, 
indiquerait que cette maison royale était originaire- 
ment située dans tm lieu propre à la chasse du loup. 

Selon Piganiol , hi situation originaire du Louvre 
dans une grande plaine, et détachée entièrement de 
Paris ^ fait connaître que ce chiteau avait été b&ti à 
deux iinS) c'est-à-dire, pour servir* de maison de plai- 
sance à nos rois, et de forteresse pour défendre la ri- 
vière et tenir les Parisiens en respect. 

Le plan de l'ancien Louvre, continue Piganiol, était 
nn paranél<^ramme, et s'étendait en loi^ueur depuis la 
rivière jusqu'à la rue de Beauvais , et en largeur depuis 
la rue Fromenteau jusqu'à celle d'Autriche, nommée 
aujourd'hui la rue du Coq. Le Louvre alors touchait 
aux murs de la ville, et le terrain qu'il occupait était 
de Soixante toises de long sur cinquante-huit de lai^e. 



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30 DBSCRIPTIOir 

Ce bâtiment consistait en plusieurs corps de logis, 
d'un extérieur si simple y que l€^ ia^ ades ressemblaient 
à quatre pans de murailles percées au hasard de petite» 
croisées les unes sur les autres sans syméliie. 11 était 
d'ailleurs flanqué, dans toute son étendue, d'un grand 
nombre de tours., et environné de fossés larges et pio^ 
fonds. 

Les tours en cpiestion y étaient répandues sans au* 

cune symétrie entre elles, à Texception de celles des 
entrées et de celles des angles. Les premières ne mon^ 
talent que jusqu'au premier étage, et se terminaient 
en terrasses ou plateformes j les secondes, plus hautes^ 

* étaient couTcrtes d^ardoises, et se terminaient par des 
girouettes peintes, rehaussées des armes de France. 
Âu /milieu de la grande cour , s'élevait ce qu'on appe^ 
lait la tour du Louvre. Elle était ronde et ressemblait 
à celle de la Conciergerie du palais. Son diamètre était 
de i3 pieds , sa hauteur de i6 toises. 

11 paraît que toutes ces bâtisses étaient en très-mau- 
vais état , dès le commencement du seizième siècle ; car 
on lit que François I^** , pour loger au Louvre Gbarles>* 
Quint, en i529, fut obligé dy faire faire des répara- 

^ tions considérables. 

Dès Tan ij^S, ce roi voyant Tancieu palais tomber 
en ruines, avait commencé sur ses terrains un nouvel 
édifice. Avant de rien entreprendre , François avait 
ordonné à Sébastien Serlio, alors en France, de faire 
un dessin du Louvre. Il parait que ce célèbre archi- 
tecte, tout en obéissant aux ordres du roi, aurait con- 
tribué à faire approuver les dessins de Pierre Lescot, 



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os PARIS* 3l 

abbé de Clagny. Ce fiit sui^ ses projets que fut com- 
mencé le nouveau palais , qu^on a depuis appelé le 
Vieux Louvre, pour le distinguer, des constructions 

nouvelles. 

Cette partie, à peine commencée sous François I^'^, 
fit achevée sous Henri II, comme il paraît par une 
inscription gravée au-dessus de la porte de la salle où 
sont les caryatides de J. Goujon : 

Henricus II, chrisdanissimus , vêtus tate collapsum 
refici cœptum a jKUre Francisco I rege christianisa 
simo mortui sanctissimi parentis memor pientissîmus 
filius ahsohic aniio a sainte Christi u. n. xjlxxviu. 

Les recherches propres à éclaircir toutes les tenta- 
tives abandonnées, tous les projets avortés, toutes les 
entreprise^ qui se sont successivement entre*détruites 
dans la constmction du palais du Louvre , et aussi 
toutes les époques diverses où ces travaux ont été pris 
et repris, ainsi que Vexposé des autorités sur lesquelles 
8*appuyeraient ces recherches , feraient le sujet d'un 
long et difficile ouvrage. Nous ne nous proposerons 
pas même de présenter ici un essai de ces notions ; 
nous ne pourrions les abréger sans les tronquer. 

Nous nous contenterons de réduire à quatre épo- 
ques la description historique du Louvre. La première 
qui est celle de François I*^ et Henri II ; la seconde est 
celle de Louis XIY ; la troisième qui appartient au 
règne de Louis X Y ; la quatrième qui est celle du règne 
actuel. 

L'histoire des monuments et celle des arti^^tes ont 
^jours été si négligées , surtout en France , qu^on 



Z% nESCRIPTIOH 

éprouve des difficultés à concilier Tépoque de tS^iy 
où François I^*^ aurait fait commencer le Louvre, avec 
l'âge qu'aurait eu alors Pierre Lescot ,^né , comme cela 
paraît prouvé, en i5io. Il n*est pas probable quon 
ei\t conûë une telle entreprise à, un jeune homme de 
dix-huit ans. On croit concilier ces faits en disant que 
le roi commença, en i528, à faire démolir le vieux 
château, et que ce fut effectivement .en i54i que le 
nouveau Louvre sortit de terre. Pierre Lescot aurait 
eu , à cette époque , trente ans. 

La partie qu^on éleva alors fiit celle qui fait l'angle 
de la cour actuelle, à partir du pavillon qui donne sur 
le quai jusqu^au pavillon de Le Mercier^ connu par 
les caryatides de Sarrazin. Cette partie est la seule 
qui ait été complètement achevée dans Fintérieur, 
selon les dessins de Lescot. Il n'en reste plus d'intègre 
depuis la nouvelle restauration, que la mpitié de l'aile 
qui s'étend depuis l'angle jusqu'au pavillon de Le 
Mercier. C'est là qu'on peut juger du génie et du 
goût de Pierre LescoL 

A cette époque, en Italie comme en France, il 
régnait entre les arts une plus grande union. L'art de 
rarchitecture sur-tout ne s^était point isolé , comme 
cela est arrivé depuis, dans un enseignement spécial et , 
dans une pratique exclusive. Tout dessinateur, il est 
vrai, croyait pouvoir eue aiclntucte, mais aussi tout 
architecte était réellement dessinateur. L'architecture 
se composant particulièrement de ce qu'on appelle : 
construction et de ce qu'on appelle décoration , Tar- 
chitecte parfait est celui qui excelle dans chacune de 



DB PARIS. 33 

ces parties. Je ne veux pas nier qu'à Tépoque dont il 
3^agit , la partie décorative ii*ait eu un peu trop Tas* 
cendant. Cela se prouverait par les compositions de. 
Pierre Lescot, II e6t certain que la sculpture est pro* 
cligttée surtout dans Pattique de la &çade que nous 
examinons. Il y a trop de choses , trop de richesses » 
trop d'objets, et la proportion de ces objets est trop 
forte pour les étages inférieurs. 

Pierre Lescot parait avoir visë au développement 
de toutes les richesses de Farchitecture et de la sculp* 
tMxre réunies. C'est pourquoi il voulut admettre une 
ordonnance dans la décoration de son premier étage « 
quoique les colonnes ou les pilastres ny aient pas plus 
de hauteur que les croisées. Il en est à peu près de 

même de Tordre de son rez-de-chaussée dans sa pro- 
portion avec les arcades. Mais il est moins question 
de discuter scholastiquement cette architecture que 
d'en faire remarquer les beautés. Or, spit qu'on exa* 
mine cette façade dans son ensemble^ soit qu'on s'ar- 
rête sur ses détails^ on ne peut s'empêcher de regretter 
que Pierre Lescot, ou n'ait pas assez vécu, ou n'ait 
pas été assez favorisé par les circonstances pour ache* 
ver le Louvre sur ses dessins. Depuis lui , cinq à six 
changements de goût ont eu lieu dans rarchitecture ; 
un très-grand nombre dliommes iiabiles, et de ma- 
nières diverses, ont rivalisé avec ses conceptions, et 

Je résultat de tant de vicissitudes est cjue , ee qu'il y 

A de plus beau dans le Iiouvre, est de la main de 
X>escot. 

Outre la pureté, la correction et la belle exécution 

5 



34 DESCRIPTION 

des formes de ses ordonnances, de ses croisées, de ses * 

frises, de ses chambranles, outre la richesse de sa 
composition , on ne «aurait trop y vanter la perfection 
de k sculpture, soit en ornement, soit en figures. On 
y Toit au-dessus des portes, des figures de bas-relief de 
la main de Jean Goujon , qui sont de sa plus belle 
manière. 

La salle qui occupe à rez-de-chaussée toute cette 
partie , la seule qui soit aujourd%tu en entier de Les- 
cot, possède encore un bel ouvrage de Goujon. C'est 
une tribune soutenue par quatre caryatides de ronde 
bosse d'une proportion colossale. 

Sous Louis XIII 9 la façade que nous veuous d^ad* 
mirer fut ixintinuée sur les dessins de Lescot. Le Mer* 
cier, qui fut chaîné de cette direction, crut devoir 
s^écarter des plans de son prédécesseur, dans Téleya- 
tîon du grand pavillon surmonté d'un dôme , le seul 
qui reste aujourd'hui dans cette cour. On a beaucoup 
loué la sculpture des caryatides en bas^relief de la main 
de Sarrazin, qui s'élèvent au-dessus de l'attiqne de 
Lescot. Tout cet ajustement, quoique riche, s'éloigne 
cependant déjà beaucoup de la pureté de goiit du siècle 
précédent. Le vestibule orné de colonnes , qui est au 
rez-de-chaussée de ce pavillon, est dA à Le Mercier; 
et ce morceau n est pas sans mérite. 

Il parait que ce fut alors aussi, et sous la direction 
de Le Mercier, qu'on éleva, en se conformant aux 
dessins de Lescot, l'autre partie de cette aile du Lou- 
vre , où étaient jadis FAcadémie française et celle des 
inscriptions et belles-lettres. Ce fut uu des premiers 



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ehangements survenus dans le plan originel. Car le 
Louvre ne devait avoir en étendue que. Je quart de la 
superficie , • occupée par la cour actuelle. Le projet 
s'étendit sous Louis XIII, et on le quadrupla. 

La difficulté fiit alors d'assortir aux élévations in- 
térieures qui n'avaient été projetées que pour un moin- 
dre espace , la décoration des façades extérieures dont 
Pierre Lesoot ne s^était pas occupé , et dont on ne 
connaît point de dessin £dt par lui. Il iaudrait des 
recherches -particulières pour assigner des époques 
au^ diverses manière? qui se sont succédées dans les 

faces extérieures du I^ouTfe* . 

Le Veau , premier architecte du roi , en avait élevé 

deux, celle qu'on yieuat d'abattre d^ côté du .quai, et 
celle qui donne sur la rue Saint-Honoré. La partie où 
règne aujourd'huila cplpnnade, était élevée seulement 
de dix pieds hors de terre. Celle qui est du côté des- 
tiné à regarder les Thuileri^s offre , comme Ton voit 
encore aujourd'hui, deux manières différentes. 

Les choses étaient en cet état, c^est^à-dire , dans 
une totale confusion ^ la plus grande divergence d'opi- 
nion régnait entre les architectes et les ordonna* 
teurs. On ne trouvait pas que les projets de Le Veau 
répondissent aux intentions.de Louis XIV. On deman» 
dait des pjojets à tout le monde; on en faisait faire 
en Italie. Ënhn Colbert proposa au roi de £adre venir 
à Pïris Le Beminy comme on Fa déjà dit. 

Ce célèbre artiste conçut un très-beau projet et un 
projet général qui embrassait le présent et l'avenir. 
Ses idées et âes dessins tendaient à lier le Louvre aux 




36 DSSCftlFTIOH 

Tiiuileries, et, par un magnifique percé, étendaient 
la phoe du LoiiTre jusqu^au Pont«-Neiif . Nous ne par- 
lerons point ici de ce projet, qui a aussi des défauts, 
et qui, comme tous les ouvrages d'architecture, est 
«usceptible de plus d'une objection. 

Mais la principale de celles qu'on fit alors au l^er- 
nin , fîit que les constructions de l'intérieur de sa cour, 
masqtiaient et par conséquent détruisaient en quelque 
aorte les élévations de Pierre Lescot, qui ne devenaient 
plus que des murs de refend , lorsque la condition pre» 
miere du programme avait été de respecter Vancien. 
Plus d'un parti, comme on le devine bien ^ se réunit 
contre Le Bernin. Le Veau, premier architecte, ne 
Tojait pas sans envie cette préférence donnée à un 
étranger. Mais celui qui agit le plus, fut Charles 
Perrault, secrétaire du conseil des bâtiments, présidé 
par Golbert. Il avait la confiance de ce ministre , et il 
desirait faire adjuger Pentreprise du Louvre à Claude 
Perrault, son irere, qui avait traduit Vitruve, et qui, 
sans être architecte de profession , avait le génie de 
l'architecture , dessinait supérieurement , et ambition- 
nait l'ocpasion de faire montre de son talent. 

Toutes sortes d'intrigues se réunirent donc contre 
les projets de Bernin. On s'en dégoûta, et l'artiste, 
comme on l'a dit, s'en retourna à Rome, comblé 
d'honneurs et de bienfaits. 

Ce fut alors que Charles Perrault travailla avec plus 
d'ardeur à produire son Irere. On. en revint aux projets 
de Le Veau. Louis XIV les trouvait au-dessous de ce 
qu^il ambitionnait Cependant il n^osait donner un 



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désagrément à son premier architecte. On imagina 
donc de réunir ensemble , pour donner un nouveau 

projet, Le Veau, LeBnin, et Claude Perrault. C'était , 
à ce 4|u*il parait, une manière de mettre de côté les 
projets de Le Veau, sans 1 exclure lui-même. 

C'est de cette espèce de triumvirat que résulta le 
dessin de la colonnade du Louvre, dont il paraît ce* 
pendant que tout rhonneur doit appartenir à Claude 
Perrault. Lorsqu'il fut question de choisir , Golbert 
mit sous les yeux de Louis XIV les deux projets de la 
commission, Fun de Le Veau, Vautre de Perrault. U 
vanta , en homme habile , réconomie du premier , ce 
qui décida le roi à adopter le second , et le projet de 
Claude Perrault remporta. 

Ceci arriva après que Le Bernin eut quitté la France, 
d'où il partità la fin de i665. La colonnade de Perrauk 
fut terminée \ers i6jo. Ainsi il est bien constant que 
Bernin ne vit pas cet ouvrage. Dès-lors ces éloges gé- 
néreux qu'on lui prête, la surprise que lui causa la 
vue de ce monument, et les vers de Voltaire à ce sujet, 
tout cela doit se mettre au rang des nombreuses bévues 
que le défaut d'histoire des monuments, et le manque 
dUnsmptions tendent à produire et à multiplier de 
plus en plus. En vain se retrancherait-«n sur ce que 
Bemin aurait pu voir au moins le projet de Claude 
Perrault en dessin. On répondra d'abord que Charles 
Perrault, qui a recueilli tous les renseignements re- 
latifs à cette époque, n'a fait aucune mention^ de cette 
circonstance ; que, secondement, il régna entre Bernin 
et les Perrault la plus grande mésinteUigence, qu'eniiny 



38 DBSCAIFTION 

ic projet général de Bernin , dans la refonte du LtOime, 
exclut ridée qu ii ait pu proposer Fadoption d'uB 
autra projet. Cette méprise au reste a défa été relevée. 
M. Le Roy a fait von que la généreuse franchise dont 
il s'agit, appartenait à Serlio, qui, sous François 1^, 
concourut à faire préférer les dessins de Pierre Lescot 
aux siens propres. 

Louis XIV avait posé, en i665 , la première pierre 
des constructions projetées par Bernin pour Je Louvre. 
En 1670 fut achevé ce qu'on appelle ou le péristyle 
ou la colonnade de ce grand édifice, mr les dessins de 
Claude Perrault. Quoique Venvie ait cherché , dans le 
temps, à lui ravir Thonneur d'en avoir été Fimique 
inventeur, quoique la critique ait tenté depuis dvn 
rabaissa le mérite, et bien que la censure 7 puisse 
trouver des défauts , ce morceau restera toujours 
comme un des plus beaux de l'architecture moderne, 
et ofirira Taspect du plus magnifique de tous led palais. 
L'ordre coiiutliicn qui compose cette colonnade est 
d'une admirable proportion. L'on ne peut se lasser 
d'y louer la beauté de la modénature , l'élégance et la 
pureté des détails, le choix et la belle exécution des 
ornements. C'est im ouvrage classique en France. Il 
est trop connu pour qu'on s'arrête à en décrire les 
particularités. 

Perrault avait conçu aussi un projet universel, qui 
embrassait non seulement rarhevement du Louvre, 
mais sà réunion avec les Thuileries. L'érection de sa 
colonnade devait sur-tout amener de grands change- 
ments dans la cour du Louvre et dans les £içades extë» 



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DE PARIS. 6g 
Tieiure$« Bientât après fiât entreprise cdie qiii donne 
sur la rivière, et qui se compose d'un soubassement 
Mmbiable à celui de la colonnade, soubassement sur 
lequel s^éleve, entre les croisées , tant celles du premier 
étage que celles de Tattique , une ordonnance unique 
de pilastres corinthiens. Cette décoration est par£aii* 
tenient (raccord avec celle du frontispice, tant par 
Tordre que par Tentablement et tous les détails. On 
comprend quHl devenait indispensable, sur-tout de ce 
coté, où les deux façades extérieures du Louvre se dé- 
ooimrent d'un seul et même aspect, de les assujétir à 
une décoration uniforme. 

Il paraît que la difficulté de procurer aux autres 
façades du Louvre un emplacement qui permette de 
les considérer ainsi en rapport l'une avec Tautre , a été 
de tout temps la raison qui a fait négliger Funiformité 
et la symétrie de décoration dans son extérieur. Bernin 
est le seul dont les projets aient visé à cet accord uni- 
versel. On s'étonne en effet de voir Perrault occupé de 
raccorder simplement avec Tangle de sa colonnade la 
face du Louvre qui donne sur la rue du Coq* La dé- 
coration du pavillon du milieu est de lui , et on lui 
attribue aussi Tattique avec Tentablement qui s'étend 
depuis le massif de la colonnade jusqu'au pavillon 
c:entral dont on vient de parler. 

U est à croire que Perrault n'arriva que par degrés 
à un plan général du Louvre et de sa i cunion aux Tliuî- 
kfies. Le projet de la cobnnade parait avoir été conçu 
isolément, et sans un rapport bien déterminé avec 
rintérieur de la cour. 



4o DBSC&IPTION 

Le projet de Pierre Lesoot avait été éten<lu , oomme 
on Ta vu, sous Louis XIII , par Le Mercier. Déjà les 
deux étages du rez-de-chaussée et du premier étaient 
plus ou moins avancés dans le pourtour du quadran^k 

de îa ( OUI actuelle. On tenait à conserver ce qui était 
fait I et ce système de conservation que POTaiilt avait 
fait valoir contre le projet dù Bemin , lui imposait 
d'autant plus Fobligation d'y être iidele* 

Gq;>endant quand Perrault eut élevé sa colonnade , 
de manière que le dessus du soubassement se trou\d. 
au niveau du premier étage de la cour , il dut s'aper* 
cevoir que les croisées de la colonnade ne correspon» 
daient point à celles de cette cour. Ce défaut parait 
l'avoir engagé à supprimer les croisées dans son fron- 
tispice , et à y pratiquer des niches. Il est certain du 
moins f et Ton en a dernièrement acquis la preuve, 
que cette colonnade fiit destinée d*abord à recevoir 
des fenêtres : on en a trouvé les baies toutes cons- 
truites et voûtées ; et la bâtisse des niches formées de 
cloisons légères a encore confirmé Texistence de ce 
fait. 

Mais l'élévation de la colonnade en question , devait 

devenir le principe d'une difiicuité plus grande encore , 
dans le raccordement de Textérieur avec rintérieur. 
L'atdque de Pierre Lescot et sa toiture ne concordaient 
ni pour la hauteur , ni pour la forme , avec le cou- 
ronnement plus exhaussé et en plateforme de la co- 
lonnade : comment opérer ce raccoi(ieiu<jiit ? ce fut 
là l'objet d'une longue controverse. Charles Perrault , 
qui nous a conservé ces détàils , ne nous fait pas trop 



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]>E PàHiS» 4t 

connaître si son frère avait prévu ces difficultés , ou 

s'il avait jugé que ces difficultés amèneraient à prendre 
un parti nouveau pour l'intérieur de la cour. On est 
étonné en effet de voir Claude Perrault s'élever contre 
le projet, qui prit alors naissance, de substituer un 
troisième ordre à Fattique de Pierre Lescot. 

Il soutenait qu on second étage de la hauteur du 
{mmier, était une disconvenance dans un palais de 
souverain , où Thabitation du Prince doit être indi- 
quée et caractérisée par un étage principal : qu'on ne 
devait point admettre deux étages - rivaux , et qu'un 
attique ou étage subalterne et peu important était de 
stricte étiquette, parce quW ne pouvait y supposer 
logés que les officiers subalternes du palais , et que 
cela n'eng^drait pas d'équivoque. 

Cependant il y avait , quant au goût et à Tarchi» 
tecture de ce palais , un problème de convenance plus 
sérieux encore» Pierre Lescot avait employé le corin^ 
tliien à son rez-de-cliaus&ée , et ce qu'on appelait alors 
le composite , c'est^^dire un corinthi^ plus riche et 
plus léger ^ au premier étage. Gomment trouver à 
placer au dessus un ordre plus riche et plus léger que 
celui qui était déjà le non plus ukrà de ces deux ca- 
ractères en architecture. Le dorique et Tionique , plus 
courts et plus simples , ne pouvaient trouver place 
au-dessus , eux qui auraient dû être an*des8ous. On 
proposa alors un ordre caryatide , et U me parait que 
les figures du pavillon de Le Mercier , dont on a parlé, ^ 
suggérèrent cette idée. Cependant quand on en vint 
à réfléchir qu'il faudrait cen^ trente caiyatides avi 

6 



43 OBSCm-PTIOir 

pourtour de la cour, le sentiment de eette'monotonie 

décorative fit abandonner le projet. 

Alors prit naissance Fidée ridicule d'un ordre fran- 
çais. Un prix lut proposé pour cette invention chimé- 
rique : le concours ne produisit que des chapiteaux 
corinthiens 9 modifiés dans leurs ornements. Mais, 
comme le vrai caractère d'un ordre ne consiste pas 
dans son chapiteau ^ toutes ces prétendues inyentions ne 
servirent qu'à mieux faire connaître les bornes de l'art. 

Cependant Perrault éleva un troisième ordre qu'il 
n'acheva point , mais dans la proportion corinthienne. 

Ce pas line fois fait, et lexemple donné, Fidée de 
Fattique s'éloigna de phis en plus. Sous le r^ne de 
Louis XV on acheva , dans le système de IVrratdt, 
toute la partie de la cour du Louvre qui forme l'angle 
depuis le vestibule ou le parillon de la colonnade, 
jusqu'à celui de la rue du Coq. Perrault, à ce quil 
parait , n'avait pas laissé de détails des ornements du 
troisième ordre. Ik ont été exécutés sous la direction 
de M. Galii iel ; et la vérité force de dire que toute 
cette partie de décoration , soit pour le goût , soit 
pour Fexécution , ne répond pas au caractère de h 
sculpture faite du temps de Pierre Lescot. 

Les choses en étaient là depuis près de ^ ans , et 
l'intérieur de la cour du Louvre offrait toujours un 
procès à décider entre un système et l'autre. Il y avait^ 
comme Fobserve Blondel , sept douzièmes d'attique, 
contre quatre douzièmes du troisième ordre, et chaque 
«ystéme avait pour et contre soi de bonnes raisons et 
île fortes objections. * 



££ PARIS. * 4^ 

£niin , Bonaparte vint. 

Il fallait tout Tascendant d'un caractère habitué à 

> 

vaincre les diilicultés dans tous les genres , il fallait 
d'heureuses et de glorieuses circonstances pour entre* 
prendre raclièvement du Louvre. 

On 7 a procédé par la route qui était peut-être la 
seule capable de conduire au but. Dans de vastes en- 
treprises , soit à commencer , soit à raccorder , on 
perd ordinairement trop de temps à la délibération. 
Lorsqu'on pousse Texàmen trop loin , lorsqu^on veut 
agir d'après un plan universel , où tout soit prévu ^ 
combiné et calculé d'avance , il arrive que les difficul- 
té épouvantent : un désir immodéré de perfection 
appelle l'esprit de critique et de 'discussion , Firréso* 
lution arrive enfin , et Toccasion de faire est passée. 

U est heureux que cette fois-ci on ait agi autrement : 
011 a commencé par faire Tindispensable , c'est-à-dire 
par couvrir toutes les parties achevées du Louvre , et 
par mettre chacune d'elles en état de recevoir sa cou- 
verture. Aucune des façades intérieures de la cour ne 
ressemblant à une autre, on n'a pas tardé à être frappé 
de la bigarrure qui naîtrait de l'irrégularité seule des 
toitures, sans parler de celle des ordonnanc*es. 

Alors il a fallu décider entre Tattique de Pierre 
Lescot et le troisième ordre de Perrault. La hauteur 
de trois des façades extérieures ne pouvant s^accorder 
ni avec Tattique , ni avec son toit , la continuation du 
troisième ordre a été décidée , et elle est maintençtnt 
exécutée dans trois des faces intérieures de la cour. 

On a laissé subsister la quatrième qui. est celle de 



44 DESCRIPTION 

Fiem Lescot avec rattique^ et l'on .a même exécuté 
de lautre c6îié du payillon de Le Mercier, trois bas- 

relieis dam les Iro nions des avant -corps, pour com* 
pleller la symétrie de cette façade. 

La cour du Louvre se trouve donc aujourd'hui 
composée de trois façades semblables, et d'une qui 
malheureusOTient est en discord avec elles , par* la 
ligue de son courouiieaient , et par la disparité de son 
attique. Tout porte à présumer que ce sacrifice de la 
ré^Iaritë de Fensemble, en faveur de quelques bas- 
reiiels qui pourraient, comme on en a déjà Texeniple,. 
trouver place ailleurs , n'est qu'un sacrifice du. mo- 
nu uî. Ce qui le fait croire, c'est que la face de cette 
partie de la coui' est celle qui , par son côté extérieur, 
est destinée à être mise en regard avec les Thuileries. 
Or, cuiiiuie on Ta déjà dit, et comme Bernin Favait 
pensé, cette façade, lorsque la place sera dégagée, 
commandera le plus impérieusement un remaniement 
qui la rende digne de sa destination. 

11 'j a dans les ouvrages de Tart, et snr«toat de 
Varchitecture , une force de choses dont on ne saurait 
prévoir la puissance , mais dont il est en déiinitif im- 
possible d^éluder l'action. Il faut donc attendre du 
temps et des rappoi ts nécessaires qui se développent 
dans les édifices par les changements qu'on leur fait 
éprouver , les leçons que la meilleure théorie ne sau- 
rait donner. 

C'est en se conformant à ces leçons que les archi- 
tectes actuels du Louvre ont produit des améliorations 
'Sensibles dans toutes les parties de ce grand édilice. 11 




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devenait nécessaire d'ouvrir les niches de la colon- 
nade du Louvre. Cette seule ouverturç , qui fut d^abord 
dans les projets de Perrault, 6te à la vérité à ce tableau ' 
d'arcliitecture une partie de la tranquillité dont l'œil 
y jouissait , mais lui enlevé aussi le défaut de n'être 
qu\in tableau ou une décoration oiseuse. Il faut un 
eiuplui visible à un monument , et celui-là n'e^fi avait 
point. On doit savoir gré aux architectes du Louvre ^ 
d'avoir , par la plate-bande de la porte bâtie sous l'ar- 
cade y rétabli Tunité entre les deux colonnades , et fait 
disparaître le vice de ce grand cintre qui interrom*^ 
pait i ordonnance générale , et détruisait Tidée de 
communication entre une colonnade et Tautre. 

Il est à désirer que le ragrément ou nétoiement de 
la colonnade du Louvre , donne lieu de pratiquer des 
refends dans son soubassement , ainsi que dans celui 
de la façade du Lord de Teau. Ce ne sera pas s'écarter 
du respect dù à Perrault , que de corriger sans aucune 
addition la froideur de ce soubassement : d'aussi lé- 
gères modifications , quand elles sont dictées pa^ Topi- 
nion universelle et le goût de tous les gens instruits , 
loiud altérer Touvrage et l'invention des grands maîtres 
passés , y donnent en quelque sorte ce dernier fini 
qu'ib y auraient donné eux-mêmes 8*ils eussent pu 
vivre assez, pour entendre les jugements désintéressés 
de la postérité. 

Le public commence à jouir déjà de quelques par- 
ties terminées de ce grand édiiice. Déjà le vestibule 
d'entrée, du côté de la colonnade, a reçu son dernier 
ragrément. C'est là qu'un a trouvé le moyeu de placer 



46 ABSCEIPTIOlf 

heureusement deux bas-reliefs des cintres de Tattique 
démoli de Pierre Lescot, Cette sculpture, quoique 
destinée à figurer d'un autre point de vue, n'en &it 

pas un moins Lun effet au heu d'où on la voit. On 
achevé en ce moment le ragrément de deux autres ves- 
tibules, savoir, celui de Le Merder et celid de la rue 

du Coq. 

Quelque considérables que parabsent les travaux 

commencés et terminés depuis trois ans , l'on jugerait 
bien imparfaitement de rétendue des ouvrages faits ou 
qui restent à faire par les façades de Tédifice. C'est 

dans les iiilLTicurs qn'il laudrait conduire le lecteur, 

pour lui faire apprécier la grandeur de cette entreprise* 
Des voûtes construites, réparées ou rétablies dans tout 
le pourtour du rezrde-cbaussée , des percés et des dé* 
gagements nouveaux, des charpentes immenses , des 
plafonds de tout genre , achevés ou près de Tétre , at- 
testent l'activité qu'on a portée dans toutes les parties 
de ce monument. Il y aurait aussi à rendre compte 
d'un grand nombre d'ouvrages de sculpture exécutés 
au dehors et au dedans, ou qui sont sur le point d'être 
terminés. Hais cette décoration n^étant pas achevée 
dans toutes ses parties , nous n'en pourrions donner 
qu'une description incomplète* 

» 



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t6inà^ , 4 

H 1 1 



? ^* 

ccnape H.^ni^ «aILp dLei* TlieniieB de Jaliea.> 



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1>B FAEIS*^ 4^ 



PALAIS DES THERMES. 



(^d'on ne s'étonne point si nous omettons au nombre 
des palais de Cette villç- la ruUie préoiettse dont on 
Toît la représentation, ( planche 36), L'existence de 
cette ruine romaine, est un dei titïres de^Tancienneté 
de Paris ^ et la preuvé du haUt degré de culture que 
Tart de bâtir avait reçu dans les Gaules, à cette époque 
éloignée. Le nom de Palais des Thermes, qu'on n'a 
cessé de donner à ce beau débris de construction, et 
la certitude c^ue là furent les thermes appelés de Ju- 
lien, tout iiAmnrise à penser que œ mdnuçaeufl^t être 
aussi la résidence de Tempereur qui le £it construire , 
et que dans la réalité il fiit an palais. .^v; 

On ne s'étendra point ici sur lliistoirer de ce mo- 
nument. On ne recherchera point comment un palais 
des empereitfè romains , et ensuite des rois de France , 
a pu devenir une propriété particulière , et se trouver 
réduit à être aujourd'hui le magasin d*un tonnelier (i). 
Lliistoire ne donné b-dessus que des lunfderes dou- 
teuses, et Ton ne trouve point de renseignements qui 
aillent au-delà de Tan' laiS (a). 011*»^ même aucune 

(t) On y entre pir .une porte qui donne me de le Harpe » n^ 63* 
(%) Sinval, tome II, pege 3i4. • 



48 BS^CaiPTIOH 

certitude que la fondation de ce palais soit l'ouvrage 
de Julien T Apostat, ee qui en porterait la date vers 
Fan 357 ; et c^est sans autorité que Saînt-Foix, dans 
ses Essais Historiques sur Paris ^ fix.e la première 
construction de ce palais à l'an 36i • L'empereur Julien, 
(|ui s'est plu dans ses écrits à rendre compte de beau* 
coup de détails sur sa résidence à Paris , ne dit rien 
de cette construction , et l'auteur de la vie de ce prince , 
Anmiien Marcellin, garde aussi le silence là-dessus. 

Ge que l'on peut assurer, c'est qu'une des causes 
les plus vraisemblables de la destruction de ce mo- 
nument, aura été le changement de résidence des rois 
de France, qui transférèrent leur demeure dans la 
Cité, et y bâtirent ce qu'on appelle aujourd'hui le 
Palais, qui fit donner aux bâtiments des Thermes le 
nom de Palais yieux. C'est ainsi qu'il est nommé 
dans une Chronique de Tabbaye de Yezelay. ^ 

Précédemment encore un palais, appelé aussi par 
analogie à son voisinage Palais des Thermes y et refait 
depuis sous le nom dUHâtel de Clugny , avait été bâti 
dans le goût gothique, aux dépens et sur l'emplace- 
ment des Thermes. C'est à cette époque que doit 
aroir commencé la d^adation de TouTrage des 
Bomains. 

On trouve une notion précieuse sur ces deux cons- 
tnietions dans un procèfr>Terbal de visite des monu* 
ments de Paris, fait en 1678, d'après les ordres de 
Colbert, par les commissaires de l'académie d'archi- 
tecture, et signé le i3 juillet de la même année: Lb 
P autre, JBruand^ M^gnard, Felibien. En voici l'ex* 



'Irait. 9 Jlétd de Clugny^ rue des Mathurins».». au*. 
« trefois appelé le Palais des Thermes^ lequel est bâti 
«'de pierres dure» dao& les premreres assises et le reste 
« de Saint-Leu fort beau et bien conservé. L'extérieur 
« des murs de ce qui reste des Thermes de Julien 
« TApostat eât construit en parements de quatre rangs 
«de briques par bandes, et six rangs de moellons 
« entre les briques, lesdits moellons taillés de liais 
« très-dur ) de quatre pouces sur six pouces de face, 
« ayant envuon six pouces de queue*. Maison du, 
« palais des Thermes, £n Tan i324> on appelait en- 
« core riiotel de Clagny la Maison des Thermes, Jean 
« de Gourtenay Favait vendu , quelques années aupa- 
«rayant à Févéque de Bayeux. Jacques d^Amboise, 
« abbé de l>lugny, le fit ensuite rebâtir tout^de neuf, 
« on ne sait en quelle année. » 

L'an i544i fouillant près de la porte Saint- 
. Jacques, pour faire un rempart contre Tarmée de 
Charles-Quint, on découvrit les aqueducs souterrains 
qui amenaient Teau d'Arcueil aux Thermes, dits de 
Julien. Deux de leurs voûtes existaient encore en 1724» 
On en a retrouvé de nombreuses correspondances 
dans plusieurs caves des maisons de ce quartier, il 
y en a dans une petite cour du bâtiment des Ma«* 
thurins, où était une inscription moderne, indiquant 
qu'il s'était fait anciennement un enfoncement près 
de ce lieu , et que cet enfoncement avait fait découvrir 
un conduit souterrain , communiquant à la salle des 
Theimes- 

Qu'est-ce qu'était dans T^nsemble de^ Thermes de 

7 



! 



r>0 DESt:Kià»HUN 

Julien, la belle salle qui subsiste encore aujourd'hui 
en son entier , et dont on a représenté le plan et Télé* 

vation intérieure sur sa coupe eu largeur? C'est ce i 
qu'il a^est pas facile de décider en voyant cette {Mece 
détachée de tout le corps dont elle faisait partie. Les 
thermes des aucieus comprenaient une multitude de 
pièces qui toutes ne ae rapportaient point à Tusage 
dc6 haias. Pour assigner à celle-ci son emploi précis^ 
il faudrait la considérer dans son rapport de ressemr 
blance avec de pareilles pièces- des thermes de Borne ^ 
il faudrait sur-tout rétabhr sur les indications des fon« ^ 
dations'et des ruines adjacentes, l'ensemble approxi* 
matif des salles contiguës. Le «plan des Thermes de 
Julien n'existe dans aucun des grands ouvrages qui 
ont traité de cette partie de Pantiquité. On en Terra 
la première restitution dans le IT volume des Anti'- | 
quités de la France « par M. Clmsseau. C'est là que 
les amateurs pourront satisfaire leur curiosité sur cé 1 
beau reste de construction romaine. 

On se bornera ici à donner les détails de ce qui est ' 
exclusivement relatif à l'objet le plus frappant de ce 
fragment d'édifice , tel qu'il existe , c'est*à-dire les 
détails de sa construction. 

Son plan , comme on peut le voir , est presque 
quarré, si l'on excepte l'espèce d'avant-^alle qui pré- 
cède la grande pièce, l^^u iace de Teutrée est une grande 
niche circulaire, accompagnée de deux plus petites, 
moins profondes et quadrangulaires. De chaque cAté, 
on aperçoit dans les nmrs latéraux un enfoncemcot 
dont on ignore l'objet. Les dimensions de la salie-sont 



OEPARIS. 5t 

de cinquante-huit pieds en long sur cinquante-six pieds 
en largeur ; sa hauteur est de quarante pieds au-dessus , 
du so^ actuel de la rue de la Harpe. Une grande fe- 
nétrey en forAie d'arcade ,.y introduit une belle lumière. 
Elle est pratiquée en face de Pentrëe, au-dessus de la 
grande niche, et précisément sous le cintre de cette 
partie de la Toùte. Celle-ci est, comme dans presque 
tous les thermes de Rome, faite en voûte d*arête, 
genre de couverture peu dispendieux et des plus so- 
udes, parce que toutes les poussées sont divisées, et 
qu'il ne s y opère aucun travail. 

Si quelque chose pouvait le démontrer, ce serait 

bien sans doute la datée extraordinaire de (X^tLe voùie, 
qui résiste depuis long-temps aux causes de destruction 
)es plus actives. 

On n'apprendra pas en effet sans intérêt et sans 
étonnement, que depuis un grand nombre d'années, un 
jardin est pratiqué sur la voûte de cette grande salle. 
Un petit chemin pavé, d'environ trois pieds , est pra- 
tiqué dans tout son pourtour, et le milieu est chargé 
d'une couclie de terre végétale de trois à quatre pieds 
d'épaisseur environ , portant à-nu sur les reins de la 
voûte d'arête dont on a parlé. Ainsi cette voûte reçoit 
continuellement les eaux pluviales et celles de Tarro- 
aement journalier des légumes, arbres et arbustes cul- 
tivés en pleine terre sur son extrados , et elle ne paraît 
point en être sensiblement altérée. Toutefois elle n'est 
composée que d'un blocage de briques et de moelhms, 
liés entre eux par un mortier composé de chaux et de 
«sble de Paris. 



I 



5a DBSc&i^Tioir 

La construction des murs de la grande salle est 
gënéraieinent (comme l'avaient observé les commis* 
satreft académiciens cités plus haut) de trois \)ftngëes 
de moellons , séparés par quatre rangs de briques, d'un 
pouce à quinze lignés seulement d'épaisseur^ Les joints 
qui les séparent sont également d^un pouce, et œtte 
mesure de joints est uniforme dans toute cette cons- 
truction. Les quatre briques aréc leurs joints forment 
ainsi une épaisseur de huit pouces, et les deux rangs 
de briques avec les moellons qui les séparent, ont en« 
semble trois pieds six pouces. Les moellons ont de 
quatre à cinq pouces de hauteur. 

Le genre de bâtir que l'on voit ici est généralement 
celui des Romains, et on le retrouve dans un très-, 
grand nombre d'édifices à Rome et par toute Tltalie. 
Ce modèle que le temps a respecté au milieu de Paris y 
, . y est malheureusement trop peu connu, et mériterait 
f d'être imité. Faire de grands et solides édifices avec 
de petits et de vulgaires matériaux , c'est ce que se sont 
presque toujours proposé les Romains, c'est ce que 
Von ne connaît plus aujourd'hui. Il est vrai que ce 

système exige de l>ons morîiers ei de beaux enduits. 
• Les murs de notre salie étaient recouverts d'une 
couche de stuc dont Tépaisseur était de trois , quatre 
. et même cinq pouces. 11 en ijeste encore quelques 
parties. Le reste pai^t avoir cédé plus à la main de» 
hommes qu'à celle du temps. 

On trouve sous la grande salle un double rang en 
hauteur de caves en berceaux, ou plutAt de larges 
conduits de neuf pieds de large et de neuf pieds de 



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DE PA^IS. 53 

liaut sous clef. Il j avait trois berceaux parallèles, sé- 
parés par des murs de quatre pieds d'épaisseur^ et se 
communiquant par des portes de trois eif. quatre pieds. , 
pieds de large. Le premier rang de ces ToAtes se trouva 
à dix pieds au-dessous du sol^ ou y descend par quinze 
marehes* Le second rang «st six pieds plus bas* La 
longueur de ces voûtes souterraines est inconnue. On 
ne pénètre pas au-delà de quatre-vingt-dix pieds. Les 
décombres en interceptent Tissue. Les voAtes sont 
composées de briques, de pierres plates et de blocages, 
à bain de mortier, La construction des murs est en 
petits moellons durs , de six pouces de long sur quatre^ 
pouces de haut, L^épaisseur du mortier dans les joints 
va depuis six lignes jusqu à un pouce. 

Quand on pense avec quelle avidité on recueille des 
renseignements sur des ruines lointaines , avec quel 
zèle on dessine de toutes parts des débris de construc- 
dou romaine moins çurieux et moins bien conservés 
que celui qui nous occupe , il y a lieu de s'étonner du * 
peu de soin apporté jusqu^à présent soit à la conser* 
Talion de ce monument , soit à sa publication. On peut 
affirmer qu'il n'a point encore été gravé d'une manière 
complète et satisfaisante. 

Avant la révolution , M. le baron de Breteuil , mi- 
nistre de Paris , avait chargé M. Verniquet de figurer 
sur un plaa tous les restes de ces anciennes construc- 
tions, et de les faire connaître au public. Les troubles 
qui sont survenus ont empêché l'exécution de ce projet. 
Depuis ii en a été présenté de nouveaux et de plus in- 
téressants encore. On avait proposé de faire de cette 



J4 DBSCAIFTIOH 

•aile restaurée et dragée dans tous ses alentours^ un 
Muséum d^architecture et de oonstructioii. Il y a au* 
jouicrimi , plus que jamais, lieu d'espérer que le vœu 
des amateurs de Fantiquité se trouyera réalisé, et qa^un 
monument qui contient, si Ton pent dire, les titres 
généalogiques de la ville de Paris , qu'un édifice riche 
en souvenirs, et fécond en leçons de tous genres pour 
J'art de bâtir, sera enfin désobstrué dans ses abords, 
fouillé dans ses fondations , soustrait aux agents des- 
tructeurs qui hâtent sa ruine, et mis en état d'offrir 
de longs et importants exemples au peuple qui veut 
marcher sur les traces des Romains. 




« 



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• 



LE PALAIS DE JUSTICE. 



Oet édifice auquel on dôirne 'aussi simptemeitt le 
nom de PcUais^ doit cette dénominatiori à ce qu'il fut 
autrefois le palais des vois de France.;!! fut sinon fondé 
ilu moins restauré et considérablemeiH augmenté par 
Saint-Louis, qui Fhâbica\**ety ajolita einM aiîtres la 
chambre qui porte encore son' nom , larsaUe a^|telëe 
depuis la Grand-Chambre et la Sainte-Chapelle. Phi- 
lippe-le*Bel y fit ensuite de si ^ndes'angmelitaitîons 
que les historiens lui attribuèrent tout Thonneur 4e sa 
reconstruction, laquelle fut achevée^en i3i3;- ' 

Louis«le4kitin «ordonna *que le pctrletn^nt^'j^tînt ses 
séances et que la justice y fût rendue , ce qui n'em- 
pêcha pas'quélqiies roïs ^'y:fa»e kur demourê/Lorsque 
Charles Y l'abandonna pmtr aller 'oiH!ti|>ef*l'ifôl!él de 
Saint-Paul eu i J64> ce n'était encore qu'un assemblage 
de grosses tours qui communiquaient ' les unes aux* 
autres par des galei iti6. Celles qu'on voit sur le quai de 
rUorloge peuvent donner Tidée de ce ^enre de palais^* 
Charles VI y demeurait en x383 ^ et Prtfnçoi^ ^^ 
en i53i. • ^ . • " ' ^ ■ 

C'était dans la grande salle de ee palais ^que les rois 
recevaient les ambassadeurs, qu'ils donnaient les fes- 
tins d apparat, et faisaient les noces des enlants de 
France» Elle éuit ornée des statues des iiois depuis^ 



S6 DBScftfRtioir 

Pharamondf et au-dessous de chacune d^elles était une 
inscription qui contenait le nom , la durée du règne , 
et l'année de la mort de chaque roi. 

A un des houts de cette salle était une table de 
marbre ) de la plus grande dimension, sur laquelle se 
faisaient les festins royaux. Les empereurs, les rois, 
les princes du sang , les pairs de France et leurs fenames 
avaient seuls le droit d*y manger. Lés autres seigneurs 
étaient placés à d'autres tables. 
' n ne faut pas confondre cette table avec un autre 
bloc tic marbre tiès-volumineux aussi , qui existait 
dans la cour du palais, et dont il est parlé dans la 
Chronique de Saint-Denis , à Toccasion des seigneurs 
^e le prévôt Marcel fit assassiner dans la chambre du 
dauphin, et traîner dans la cour du palais, devant la 
pierre de marbre. 

Mais, et la table et le bloc de maibre ont disparu 
lors de l'incendie de 1618. 

Il serait aussi fastidieux qu'inutile de donner ici 
^histoire de tous les changements survenus dans ce 
labyrinthe inextricable de bâtisses dont il n^existe plus 
que des fragments incertains et des souvenirs douteux. 
Le grand incendie de 161 8 a achevé de rendre mécon- 
naissables les vestiges des plans primitifs. 

La grande salle ayant été alors consumée, I. Des* 
brosses, Tarchitecte du palais du Luxembourg, fot 
celui qu on chargea de reconstruire celle qui existe 
aujourd'hui (v. planche 37), et elleiiit termiifée eh 1613. 
fille se compose de deux immenses nefs collartiales 
voûtées «n pierres de taille, et séparées entre elles 



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BB PA&IS. 57 

par un mng d^arcades qui portent sur des piliers. Ce 
vaste local ne reçoit le jour que par les grands cintres 
vitrés qui sont à Textrémité de chaque nef. Cette ma- 
nière d'éclairer a qûelque chose de noble et de grand^ 
Peut-être la lumière y est -elle insuffisante pour la 
longueur de Fédificc qui, dans quelques parties, reste 
un peu sombre. L'ordre dorique préside à la décoration 
de cette salle, et il convient à son caractère. Desbrosses 
s^j est permis , comme dans rajustement du même 
ordre et de sa frise, soit auLuxenibourg, soit au portail 
de Saint - Gervais , des disparates qu'on aimerait à 
ne pas rencontrer dans un ordre dont la régularité fait 
la principale condition. Il se trouve aussi quelques 
irrégularités entre les deux arcades du bout de la salle. 
On remarque qu^il y a un demi'-pilastre de moins du 
coté de la plus petite. Alais, généralement parlant, ce 
morceau d'architecture fait honneur et au génie de 
Desbrosses et à celui de son siècle. 11 y a un caractère 
de grandeur dans la disposition , et une manière large 
et bien prononcée qui ne s'est plus retrouvée dans les 
édifices même du siècle de Louis XIV. 

La grande saUe qu'on vient de décrire, qu'on appelle 
la suUe des pas perdus , et qui sert de pruiuenoir aux. 
Hens de palais, donne entrée dans diverses pièces plus 
ou moins étendues , qui renferment les tribunaux , les 
grefies et autres services. Leur réunion ne présente 
aucun ensemble qui mérite d'être décrit. Toutes ces 
distributions se sont opérées successivement et sans 
procéder d'un plan général. 

Quelques années avant la révolution, la nécessité 

8 



58 DESCUTPTIOH 

de donner au moins à toutes ces bâtisses discordantes^ 
une décoration extérieure qui annonçât avec quelque 
dignité le Palais de Justice, lit entreprendre le corps 
de bâtiment dont la planche 38, ci-jointe, présente 
Télévation et Taspect. 

MM. Moreau, Desmaisons^ Couture et Antoine, 
architectes et membres de l'académie d'architecture , 
furent chargés d'entreprendre les travaux propres à 
opérer le raccordement de cet ensemble. Leur plan 
embrassa non seulement la cour actuelle, mais un 
projet d'alignement dans les rues adjacentes, et la 
place demi-circulaire qui fait face au principal corps , 
de l'édifice. i 

1 

Celui-ci s'élève au fond de la cour sur un perron 
assez élevé, formé par un grand escalier qui donne 
assez de noblesse à cette masse , d'ailleurs assez peu re* 
marquabie, sur-tout pour son caractère. Un corps 
avancé de quatre colonnes doriques orne la façade, 
composée du reste d'un rang d'arcades à rez-de- 
chaussée , et de fenêtres ^en attique. Une sorte de 
dôme quadrangulaire couronne cette masse. Au bas 
du perron et de chacun de ses côtés sont deux ar- 
cades dont Tune sert de passage, et l'autre donne 
entrée dans ce qu'on a])pelle La Conciergerie , prison i 
bâtie sur le terrain qu'occupait anciennement le jardin 
des rois; on le nommait alors le Préau du Palais, 

Les deux ailes de la cour sunt cuiaposées d'un étage j 
décades à rez-de-chaussée, servant de soubassement 
sur la rue à une ordonnance dorique, dans la hauteur i 
de laquelle sont compris deux étages. 



BB PARIS. &9 

On trouve dans raile, à droite, un gfrand escalier 
richement orné , qui conduit à la grande salie du 
palais. 

Les deux ailes sont réunies sur la rue par une 
grille qui ferme la cour qu^on appelle encore la Cour 
du Mai. On vante cet ouvrage qui peut avoir son 
mérite sous le rapport de la serrurerie. Les gens de 
goAt'Se plaignent en le voyant, d*abord de ce qu^on 
a porté une assez grande dépense à un genre d'ou^^ 
vrage peu intéressant en hu-méme, lorsqu'à moins 
de frais on pouvait produire, par les- moyens 'de Tar- 
cliitecture, une clôture plus noble et plus analo^^ue 
au monument. Us se plaignent en outre de la lour«> 
deur qui règne dans la coiuposition de cette grille , 
et du genre peu choisi de ses ornements. 

Il y a dans^ les nouvelles constructions du Palais 
de Justice des objets qui méritent d^étre remarques. 
Tel est, entre autres, remplacement des archives 
placées dans le comble , au-dessus de la grande salle. 
Ce local, qui renferme des registres et des manuscrits 
précieux échappés aux précédents incendies , est 
voûté en briques creuses , d'une fabrication très- 
curieuse , et qu'on doit aux talents de M. Antoine. 

Les circonstances ont enipcché Tachévement du 
nouveau plan qui devait coordonner toutes les parties 
dont se compose le Palais de Justice. On projette en 
ce moment et de nouvelles additions , et la démolition 
des échopes qui obstruent les anciennes constructions 
du cùté du Pont-au-Chaiige et de la rivière, et la res- 



6o DESCRIPTION 

tauration de toute la partie qui donne sur le quai de 
VHorloge* 

Le nom de ce quai tient à Thistoire du Palais. Cette 
dénomination lui vient de la tour quarrée très-élevëe 
qui lorme Tangle vis-a-vis le Pontsui-Change. C'est 
là que fut placée la première grosse horloge qu'il j 
ait eu à Paris. Elle fut faite par Henri de Vie, que 
Charles V fit venir d'Allemagne, en iSyo. Le cadran 
fut réparé sous le règne de Henri III, et décoré des 
finiras de la force et de la justice , par (jci main 
Pilon. Les armes de France et celles de Pologne y 
étaient réunies. Ce sont ces armoiries qui ont fait 
détruire les figures et leurs accessoires pendant la 
révolution. 

G^est au sommet de cette tour quVtait la cloche 

qu'on appelait le tocsin du Palais. Elle fut fondue 
pendant la révolution ; mais on voit encore tout en 
haut le petit lantcrnoa ouvert dans lequel elle était 
suspendue. 



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Plan Au PalaiB du Sniat et d'une partie ilu iTax*tKn . 

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DE PARIS. ^ ' 61 

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PALAIS ' • • ■ 

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DU LUXEMBOUHG, 

DIT A'Ui01TH*liWùl'^ ' 

DU SliNAT CONSERVAÏJEUR. 

, 11^- 

^* , ^ • e 

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Ob .palais fut bâti par la reim Mane de Mëdîcis, sur 
les ruines de ThAtel de Luxetnbouig qui tei ià^onné 
son nom, ainsi qu'à tovit quî^rt^^r.^ : \ j 

L'hôtel de Luxembourg tpmb^it »n ruinés , :Qt il ne 
fut vendu, dit-on , à la reine, que la, somme dequatre- 
vingt-dix mille livresen.i^Sl-i. 1^1^: J jaignit-le terrain 
de quelques autres maisons par ticulier^^, et chargea 
Ûesbrosses , son architec^ , de lui ériger 4ur C0t em- 
placement le palais dont on voit le plan et les éléva- 
tions (aux planches 3<), J\o el ^i.) 

Long-temps abandonnévicet édificeveut besoin de 
fortes réparations, qui furent faites de|luis 1783 
jusqu'en i^36. Le nom de Palais d'Qrléan^qu^ porta, 
et qui était inscrit aurdessus de la florte dWlrée^ date 
de la possession qu'en obtint Gasto\i de France, duc 
d'Orléans, second fiU ^de ^ M^ri^/ Médicis , à qui 
cette reine l'avait l^ué- par. testament. EehiA- depuis 
pour moitié à la duchesse de Montpensier,.il passa 



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6a DBSCEirTIOH 

ensuite à la duchesse de Guise ou d^Alençon^ qui en fit 
dou au roi eo i^4* -tjiiin, occupé successiveineiit 
par la duchesse de Branswick et par M^e d*Orléans , 
reine d'Espagne, il est rentré, à la mort de cette prin- 
cesse , dans le domaine du roi. Louis XVI le donna en 
1779 à Blonsieur. Déserté pendant les premières années 
de la révolution , il fut commencé de ragréer et mo- 
difié dans ses distributions intérieures par ce qu^on 
appelait alors le Directoire, vers 1798. C'est aujour- 
d'hui le palais du Sénat Conservateur qui a achevé le 
ragréroent de tout Tedifice , et y a fait des embellisse- 
> meuts dont on parlera en leur lieu. 

Le palais dont on vient de donner l'historique abrégé 
occupe a Paris le second rang après celui du Louvre. 
Il a eu jusqu'à présent sur lui l'avantage d'être en* 
*tier, uniforme, et terminé dans toutes ses parties. 
Hors les palais des souverains , on n'en citerait guère 
en Europe qui réunit à plus de grandeur un ensemble 
plus achevé. Le Bernin avouait sincèrement qu'il n'y 
en avait point de mieux bâti , ni de plus régulier. 

Son plan occupe, ainsi qu'on peut le voir, (Pl. 89) 
une vaste superficie de terrain. Sa grande dimension 
est en longueur, de soixante toises ; sa moindre , c'est- 
à-dire soit celle de la façade sur la rue de Tuui noii, 
soit celle du coté qui donne sur le jardin, est de 
cinquante toises. Ce plan ^ à la réserve du corps des 
bâtiments du jardin , forme un quarré presque exact, 
' dont toutes les parties se correspondent avec art et 
symétrie, avantiijje tics -rare à rencontrer dans les 
grands édifices. 



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DS >AAI8« 63 

La simplicité du plan répond à sa régularité. 11 
consiste en une seule et vaste cour, environnée de 
portiques y et flanquée de quatre corps de bâtiments ' 
quarrés qu'on appelle pavillons, ha. seule irrégularité 
que l'on y remarque est occasionnée par la saillie que 
les deux pavillons du fond Je la cour produisent sur 
les ailes des portiques latéraux. Cette avance qui an- • 
lionce le corps principal du bâtiment, était d'autant 
mieux motivée avant la restauration, qu'elle venait à 
la rencontre de la terrasse, laquelle produisait un bon 
effet au-devant de cette partie Je rédifice. Aujourd'hui, 
cette terrasse et cette montée ont été supprimées pour 
feire que les voitures aient la facilité d'approcher de 
rentrée du palais. 

Ainsi, selon la différence des usages ^ les édifices 
doivent changer, et ces changements ne consul teut 
pas toujours le plaisir des yeux. Il en a été opéré un 
dans le plan de cet édifice , auquel sa disposition inté- 
rieure a heaucoup gagné , c^est celui de Tescalier et 
du vestibule qui conduit au jardin. Cette partie de 
1 ancien plan était la inoins recomniandahle. L'escalier 
était mal situé , d'iui aspect on ne peut pas moins 
heureux, et d'une grande lourdeur. Il vient d'être re- 
porté dans l'aile droite de la cour , qu'il occupe presque 
toute entière. On y a prodigué toute la richesse de 
l'architecture et de la sculpture, ainiii que dans la 
petite galerie et le vestibule par lesquels on passe 
pour aller au jardin. 

Il semble que le plan du Palais du Luxembour^^ eût 
été plus heureux sans cette espèce d'addition des deux 



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64 BSSCEIPTION 

énormes paTÎUons qui donnent sur le jardin, et qoi^ 
avec le corps du milieu, doublent en quelque sorte, de 
ce cùtéy répaôsseur du bâtiment, mais produisent aussi 
par cette sorte d'accouplement de pavillons, une très- 
grande luutdeur dans Taspect de rélévation. 

Les pavillons qu'on rencontre dans l'architecture 
de ce siècle tirent leur origine de ces tours dont étaient 
flanqués tous les châteaux gotliiques. Le type s'en 
est conservé dans presque tous les édifices français , 
et si de loin l'aspect j ga^ue, il n'eu va pas ainsi de 
près, surtout avec les ordonnances grecques , qui 
demandent le plus souvent de rë^alitë dans les lignes 
et de la r^ularité dans les niasses. Toutefois Des- 
brosses a su en tirer un parti assez heureux dans la 
composition de son Palais. 

Sous ce rapport, l'élévation de ce palais mérite des 
éloges , et l'on n'en citerait point qui présente plus de 
pittoresque à la l'ois, et plus de sjmuiétrie dans les 
masses* On peut s*en convaincre par la vue de la 
planclie 4o i est représentée la face qui donne sur 
la rue de Toumon, 

Le mérite particulier de celte façade consiste sans 
doute dans la disposition des deux pavillons et de la 
cotipole qui s'élève au-dessus de la porte, dans l'accord 
heureuv de ces masses pyramidales^ dans la manière 
dont elles sont liées par les deux terrasses^ et dans 
les rapports d'ordonnance qui existent entre toutes 
ces parties. On doit faire observer qu'autrefois les 
corps de bâtiment qui forment terrasse de chaque 
coté de la coupole sur la rue de Tournon^ étaient 



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DE PARIS. 65 

pleins. Entre les pilastres Accouplés de Tordonnance 

régnait un mur massif, coupé de bossages dans le goût 
général de Fédilice. Ce plein donnait de ce côté un 
repos toujours favorable à Farchitecture. On ne saurait 
dire qu'en ouvrant ce mur et perçant ces massifs d'ar- 
cades en tout point semblables à celles de la cour, le 
palais y ait perdu, des arcades s'accordent bien arec 
le reste de 1 ordonnance , introduisent de la légèreté 
dans renaemble, et peuvent, à quelques égards, passer 
pour une amélioration. 

Toute rordonnance des élévations du palais est 
conçue dans le système le plus régulier. H n'y a point 
de partie qui ne corresponde avec exactitude à une 
autre. Au re^e-chaussée règne tout à Tentour , dehors 
comme dedans , un ordre prétendu toscan , ajusté par 
colonnes ou pilastres accouplés , produisant ressauts 
dans tous les trumeaux. Les vides sont des arcades 
tantôt libres comme dans les portiques de la cour, 
tantôt rétrédes par des croisées inscrites dans.leurs 
ouvertures. 

Le premier étage , en tout conforme au rez-de- . 
chaussée pour la disposition , est orné dans le même 
style d'un ordre dorique également accouplé, égale-* 
ment ressauté sur les trumeaux, et à^txn rang de 

croisées qiiairées avec chambranles. Upie frise en mé- 
topes et en triglypbes, est la seule chose qui établisse 
quelque différence entre cette ordonnance et celle du 
rez-de-chaussée. 

Xf'étage supérieur ne règne ni généralement, ni d'une 
oianiere uniforme, dans toutes les parties de T^difice. 

9 



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66 SBSCRIPTIOH 

il n'exi&le point dans les ailes de la cour* Dans les pa- 
villonSy sa haut«ur est égale à cel&e du premier étagei 
et il j est décoré selon le même style , d*un ordre dont 
le chapiteau est ionique. Au corps principal de bâti- 
ment, Q^est-à^dire à celui du fond de la cour et à celui qui 
donne sur le jardin, ce second étage s'annonce sous la 

forme d'attique , et reçoit pour décoration Fespece' 
d'ordre auquel on est conrenu de donner ce nom. 

Ce qui frappe le plus .dans tout Tenseiuble de ce 
palais est ce style de bossages dont tous les murs , tons 
les ordres et tous les étages sont couverts. On sait que 
ce goût est particulièrement ciomiaaut à J^lorence. 
Marie de Médicis, dit-on , voulut que son palais lui 
rappelât ceux de sa patrie, et Ton est assez d'accord 
que Desbrosses, en se conformant à son désir, eut en vue 
dHmiter au palais du Luxembourg le palais Pitti. H j 
a effectivement quelques rapports entre eux, sur-tout, 
dans le genre des ordonnances coupées par des bos* 
sages. Ce qu'on peut dire de ce goût de bossages, en 
lui-même vicieux , c'est que , lorsqu'il est traité avec 
beaucoup de bardirâe dans de grandes masses, il 
porte au plus haut degré l'idée de la force et le carac- 
tère de la solidité, ce qui rend toujours toute archi* 
tecture respectable. C'est ainsi que l'ont traitée les 
architectes florentins* Desbrosses au contraire n'est 
arrivé eîi ce genre que jusqu'au lourd. Il a cru adoucir 
la dureté des bossages en les arrondissant , et il n'a 
produit qu'un caractère pesant et monotone. 

On doit avouer aussi de ce style de bossages dont 
l'applicatiou est toujours plus ou moins répréhensible, 



1>B FAmis. 67 
sur^ut aux colonnes et aux ordonnances isolées , quQ 
Faspect en parait d'autant plus étrange à Paris , que ce 
palais y est le seul de ce genre. 

Nonobstant cette défaveur, il frappe le spectateuF 
par la solidité de sa construction ^ par la symétri^ de 
5a disposition, par Taccord de ses masses, et par un 
ensemble régulier et fini qu*iji est rare de rencontre^ 
dans les grands édifices. 

Les intérieurs de ce palais n'avaient pas été jadis 
entièrement terminés quant à la décoration. Les ap- 
partements, distribués et ornés dans le goût du temps, 
avec beaucoup de richesse, n'offîmient toutefois rien 
de fort remarquable. On y voyait d^normes plafonda 
en menuiserie , surchargés de dorures ; mais les deux 
ailes qui donnent sur la cour devaient être deux mo* 

numents précieux de la peinture. 

L'une de ces galeries, c'est-à-dire celle qui est à 
gauche en entrant, devait représenter lliistoire et la 
vie de Henri lY . Rubens n'eu acheva que deux tableaux 
qui se voient à Florence* 

L*autre galerie, si fameuse sous le nom de galerie 
de Rubens , était particuhèrement consacrée à Marie 
deMédicis.Tout le monde connaît cette rare collection, 
dont tous les tableaux sont autant de chefs-d'œuvre 
sous le rapport de la couleur. 

Le besoin d^employer à fisure un escalier Taile qui 
renfermait ces tableaux, a déterminé à les déplacer. 
On les a reportés dans Taile correspondante, où ils se 
▼oient aujourd'hui , non plus composant une galci ic 
historique, mais formant un cabinet de tableaux ou se 



68 DESCRIPTION 

trouve aussi réunie la suite si intéressante des peintures 
de Le Sueur aux chartreux. 

Les intérieurs du palais contiennent encore un assez 
grand nombre d'ouvrages de Técole moderne de France, 
dont la liste allongerait trop cet article. 

Il faudrait aussi parler des jardins établis jadis, avec 
beaucoup de magnificence, par Marie de Médicis, 
tombés depuis dans un tel état de dégradation , qu'on 
a été forcé de les rétablir sur un plan nouveau. D'assez 
grands terrains y ont été ajoutés aux dépens des maisons 
voisines et de l'emplacement des Chartreux. Les alen- 
tours de cette promenade offrent aujourd'hui autant 
de gaieté, d'agrément et d'étendue, que son ancienne 
clôture présentait de tristesse et de monotonie. 

M. Chalgrin , membre de l'institut, est l'architecte 
auquel on doit les améliorations , changements et aug- 
mentations du palais et du jardin. 



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fin. du PaLûs «La Coxps L^iaiatif. 



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B£ PAKIS. 00 

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LE PALAIS BOURBON, 

Ali J O U Ud'hUK ' ■'• 

PALAIS DU CORPS LÉGISLATIF: 



0 E palais doit sa première construction à L. T^, du- 
cliesse de Bourbon , et pi^êndere douairière de 4se nom. 
C'est en i^ad qu'il s'éleva sur lés dessiné de Girardini y ' 
architecte italien. Il fut continué par l'Assurance, élevé 
de Jules Hardouin Mansnrd, '«t succjessivemeht aug- 
luenté par Gabriel Barreau , Charpentier, Beiisan et 
autres. On avait, dans ces augmentations, compris et 
xëvni au palais primitif ThAtel de Lassay , de manière 
à ne former qu'un seul ensemble de bâtiments, dans 
l'intérieur desquels lés princes de la maison* de Condé 
avaient rassemblé tout ce qtie la distribution a de plus 
commode et de plus recherché, tout ce que la déco- 
ration et le luxe d'ameublemenis ont de plus élégant* 
La position de ce palais sur les bords de la Seiiie, en 
face des Thuileries et des .Champs-Elysées en faisait 
une maison de plaisance autant qu'un palais, et du 
côté de la rivière le caractère de Tédilice semblait 
tenir plutât de la première de ces destinations. 

Son aspect sur cette face se coinposait de deux pa- 
villons en longueur , symétriques par la dimension 



HBSCRIPTION 

seulement , et formés chacun d'un simple rezrde» 
chaussée. Mais lorsque Louis XVI eut fidt bâtir, en 
r avant du premier de ces pavillons, le pont qui porta 
son nom , Tobligation où l'on fut de relever, de ce coté, 
le terrain , fut cause que la laçade de ce pavillon se 
trouva masquée dans son soubassement , et parut de 
loin comme enterrée. La petitesse de Tordonnance gé- 
nérale en devint de plus en plus choquante, et très- 
probablement le prince, propriétaire de ce palais , 
aurait éprouvé le besoin de présenter à l'issue de ce 
pont , un frontispice qui fût d'accord avec rempla- 
cement. 

La révolution en ordonna autrement. Le palais 
Bourbon fut un des premiers dépouillés, et il resta 
sans destination jusqu'à l'an 1797, où l'on j établit ce 
qu'on appelait alors le Conseil des Cinq-cents. (Il 
est occupé aujourd'hui par le Corps Législatif). Une 
salie d^assemblée fut exécutée dans le pavillon qui 
est en fiice du pont. On éleva un attique sur Tordoii*» 
nance , ce qui exhaussa un peu la masse , sans la 
rendre beaucoup meilleure. Euiin,on bâtit aujourd'hui 
en avant un péristyle £dt pour servir de perspective au 
pont et de pendant à l'église de la Madeleine. 

Le palais dont on voit le plan et les deux élévations 
(planches 4^1 4^ et 44) n'est plus qu'une partie dti 
palais Bourbon , mais cette partie est de beaucoup la 
plus belle et la plus riche en architecture. 

Son entrée qui donne sur la rue est la plus magni- 
fique de toutes celles qu^on cite à Paris. £Ue consiste 
en une grande porte accompagnée, de chaque c6té, 

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I 



DE PARIS. 

dWe colonnade d'ordre corinthien. Ce vestibule an- 
nonce un ^rand et riche palais. 

La première partie de la cour n'y répond que par 
5on étendue.' Les bâtiments dont elle est formée n^ont 
aucun caractère. Mais la seconde cour offre un assez 
bel ensemble de portiques et des masses bien distri- 
buées (planche 4^), Au fond de cette seconde cour 
s'élève et se détache sur le nu du mur un portique 
orné de colonnes corinthiennés qui annoncent la salle 
des séances , dont l'intérieur et l'extérieui' ont été dé- 
corés par M. Gisors , architecte* 

Le frontispice qui se construit aujourd'hui en face 
du pont est du dessin de M. Poyet. L'éiëva tion qu'où en 
Toit (planche 44) est Timage fidèle. Elle consiste en 
douze coloiuies corinthiennes surmontées d'un iroMion 
dont le sujet n'est pas encore connu. Le mérite de 
Farchitecture dépend tellement de son exécution qu'il 
serait difEcile de porter aujoui'd hui un jugement sur 
ce morceau. Mais tout annonce, et c'est à quoi l'on 
doit se borner pour le présent, que ce frontispice rem- 
plira Fobjet principal qui Ta fait élever f c'est-à-dire 
quHl offinra un point de vue bien combiné ayec son 
emplacement. 

L'intérieur de la salle des séances mérite les regards 
des curieux et des étrangers. On y remarque la statue 
en marbre de l'Empereur , par M. Chaudet. Les salies 
adjacentes contiennent plusieurs tableaux estimés, des 
artistes vivants et de l'école moderne. 

Tels que les portraito en pied de L. M. rËmpereur 
et l'Impératrice, par MM. Ingrès et Lethiere. 

ff 



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7^ 0BSGKIPTIOir 

*£a mort de Socraie, par M. Peyron. 

IJ Empereur honoroiU le malheur des blessés en^ 
nemis, par M. Debret. 

Le Traité de Léoben^ par M. Lethiere. 

Péridès et Anaxagare , par M. Belle. 

Philoctète, par M. Leihière. 

Héro et Léaridre, par M. Taillasson. 

OEdipe et Antigorte, par M. Thévenin. 

Les escaliers des tribunes sont ornés de deux groupes 
en bronze, d après Tantique ; Le Laocoou^ Arie et - 
Pœtus. ^ 



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Plaxi du Palais Acjyal et galerie du côté du Jardin- 



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LE PALAIS-RO.YAL. 

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* , . . < j * « I 

On appelle du nom |le Palaisi-Royal , l'ensemble de 

palais, de jardin et de galerie environnante, dont on 
voit les plan et élévation, (planches 4^ et 46)* ^ 

Peu d'ëdifices ont subi d'aussi nonibreux. et d'aussi 
grands changements dans Tespaceld'un siècle et demi; 
il en est peu aussi dont les Vicissiiu^S'huinàines aient 
plus souvent changé le nom. On, va rendre un compte 
sommaire de 1 origine ^ides^vanatic»^,. et de l'état ac«^ 
tuel de ce palais. . . . 

En 1629 le cardinal de Richelieu le fit bâtir d'après 
les dessins de J, Le Merctei:^ célèbre architecte, sûr 
un terrein qu'occupaient alors les ruines des hâtels de 
Mercœur et de lianibouiiiet , et.quejques autres mai- 
sons* 11 se trouvait être; partie en dèidans,^ partie en 
dehors de la clotuie de la ville, laite du temps de 
Charles V. 

Le plan de ce palais s'augmenta. successivement, à 

mesure que s'agrandit la fortune du cardinal. Le nom 
d!Héteide Richelieu, qu'il portait au commencement^ 
fut bientôt chan<;é en celui -de l^alais CardinaL 
U fut achevé en i636,' et son, ensemble, formé d'ad- 
ditions successives, semblait étîrel'imagejde'la fortuiie 
du maître. £n iQi^ le mmiitre^ devenu plus puissant, 

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^4 DBSC&I»9iOX 

•n osa faire la donation an roi ^ arec les meubles et 
effets précieux quUl contenait î comme il en avait 
cmiserfé rusufruit jusqu'à sa mort, il en renouvela 
le don par testament fait à Narbonne en 1642. 

Uannëe suiTante la reine Anne d'Autriche r^nt8| 
le roi Loois XIV mineur, et le duc d'Anjou , son frère , 
quittèrent le Louvre, et vinrent s^établir au Palais^ 
Cardinal^ qui prit alors le nom de Pédais^Royal^ et 
le conserva depuis, quoique l'inscription Palais-'Car' 
dinal j eut élé placée par ordre delà reine, àla prière 
de la dudieMe d'Aiguiflon. 

Alors fut formée la place en avant du palais sur la 
me Saint-Honoré, aux dépens du terrain de ThAtel 
Saint^Méry . On rapporte aussi à cette époque la cession 
^pii fut faite de ce palais par Louis XIV à Philippe de 
France son frère unique, pour en jouir sa Tie durant. 
En 1692 le roi en fit donation entière à Philippe 
d'Orléans 9 duc de Chartrss, son neven, à Toccasion 
de son mariage avec Marie-Francoise de Bourbon. 
Alors fut réparé le grand corps de bâtiment qui se ter- 
minait à la rue de Ricfaelien^ et que le cardinal anrait 
destiné à contenir sa bibliothèque. 

Ce palais renfermait dans Taile droite, en entrant par 
' la place ^ une grande salle de spectacle capable de con- 
tenir trois mille personnes, où jouèrent les Italiens et 
la troupe de Molière jusqu^en 1673 ^ époque de la mort 
de ce grand poëte. Depuis , ce local iut consacré à 
Topéra et aux bals ( c'est au même lieu qu'avait été 
bâtie en 1^63 la salle d'opéra qui fui bi ùlée en i j8i ).. 

Xi.'aile gauche du palais, sur la rue, était occupée par 



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une vaste galeri^ , dont la voûte avait été peinte par 
Philippe de Champagne , et représentait les principales 
actions de la vie du cardinal de Richelieu. On déu^isit 
cétte galerie et l'oo j prati^ un appartement pour 
Philippe de France, frère unique du rot. 

On se rappelle encQ^e quelle était la décoration de 
la seconde cour du palais ou celle qui donnait sur le 
jardin. On y remarquait tout-à-i entour des proues de 
vaisseau3t sculptées en relief^ avec des ^nCM» et d'au- 
tres attributs de marine. Ces attributs étaient égale- 
ment très-raultipKés au château de Richelieu i ib fai- 
-saient aUusioit à la àmggt de surintendant de la ma- 
rine et du commerce dont le ministre était revêtu. 
On vient de les enlever de fticheKett^ et ib Yom été 
du Pïdais^Roy al , km dosa d«miere restaut^ation. La 
cour où on les a vus jusqu'fidors était irréguliere : elle 
se prësentaitsur sa largeur, et son axa n'était plus le 
même que celui de la première cour : disposition fâ- 
cheuse qui contrariera toujqiirs Farcktteete chaîné de 
terminer ce palais* C*est déjà pour remédier à ce dé- 
£iiut qu'on a imaginé les deux avant-corps de. cette 
cour, et le parti de décoration adopté dans toute cette 

lacadc. 
» 

Louis XIV avait fort agrandi le Pàlais-Koyal ; il y 
avait réuni Pancien palais BrioU) bftti rue de Riche* 
lieu par le duc de Banville, et où les académies de 

pmntuieetd'arohitecturetinrentd^abord^leuraséances. 

Jules Hardouin Mansard avait érigé sur cet emplace- 
ment une magnifique gsilerie , où Antoine Coypel avait 
peint en quatme tableaux les principaux sujets de 



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^6 BBSCftIVTtOV 

i'Eoëide. Le duc d^Oiiëmft régent y ajoQta le salon 

d'entrée , bàu sur les dessins d Oppenord , architecte 
elon fort en wgae, et an mauvais goAt duquel on a 
di\ la propagation du genre bizarre d'orDemeni^ (£ui a 
r^né si long-temps* 

Le grand escalier de ce palais a toiqoiirs été 'vanté 
parmi les ouvrages de ce genre. On cite Desorgues 
poor en avmr donné le premier dessin. Il a depuis été 
restauré, orné de peintures et ndeux éclairé, et il pr^ 
sente aujourd^iui une sorte d'eÊTet théâtral, ménagé 
sans doute à dessein de corriger le peu de profondeur 
de Tespace qu'il occupe. Sou aspect plaît au premier 
coup d'œil, <{iu>ique Texamea puisse y £ûre découvrir 
plus d*un dé&ut de proportions. Sa rampe en fer pdi 
est un ouvrage de serrurerie achevé dans son genre. 

La galerie des hommes illustres occupait Vaile 
gauche de la seconde cour. Le cardinal de Richelieu 
avait voulu qu'on j déployât la plus grande magnifia 
oence, et qu'on mît toute la redierche possible dans 
son exécution. Il avait choisi lui-même les vaigt-ciuq 
personnages célèbres <lont les portraits étaient peints 
par Champagne , Vouet , d'Egmont et Poersons. De 
plus petits tableaux représentaient les principales ao 
tious de la vie de ces grands hommes, avec leurs devises. 
Des bustes antiques, la plupart en marbre, séparaient 
ces peintiures , et introduisaient, une agréable variété 
dans cet ensemble où figuraient aussi , plus pour le 
plaisir de Tesprit que pour celui des yeux, des épi- 
graphes et des distiques latins. 

Le Palais-Iloyal avait du au duc d'Orléans, régent, 



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DE PAniS. fjtj 

d'aatres sortes d'embeilissemeiits. On ne saurait passer 
sous silence cette prëcieuse collection de tableaux dont 
les Sept Sacrements du Poussin faisaient partie. Le 
Kgent les avait fait acheter , en HoUamle , la somme de 
cent vingt mille francs. On connaît, par les gravures, 
la belle collection de pierres gravées antiques, qui 
formaient une des richesses dé ce palais. On y avait 
réuni un beau cahinet d'histoire naturelle et de miné- 
ralogie. 11 s*y trouvait aussi une réunion de modèles 
de toutes les -productions des arts et métiers , et des 
différents outils qu'ils emploient. Tous ces modèles 
étaient sur une échelle commune d'un pouce et demi 
pour pied, ce qui facilite singulièrement la comparaison 
qu'on peut en faire. Ces travaux avaient été exécutés 
50US la direction de BfM. Perrier, frères. 

Mais il serait trop long de rapporter ici tout ce que , 
ce palais possédait d'embellissemenu et de curiosités 
de tout genre. Presque tous ces objets à commencer 
par la précieuse collection de tableaux ont disparu. 

Le palais a lui-même été successivement modifié et 
re})àti. 

C'est sur les dessins de M. Contant dlvry, archi« 
«acte, qu'avait été commencée la décoration actuelle 
de la seconde cour; et c'est de lui qu est 1 ordunnance*» 
d'un des corps avancés dont on a parlé, et à Tinstar 
duquel a été élevé le second, lors de la construction 
des galeries du jardin qui devaient se raccorder avec 
cette cour. 

Quant à la fa<^ade de la p lumière cour sur la rue 
Sftint-Uonoré , elle fut rebâtie , ainsi que la salle de 



y9 DESCRIPTIOÎf 

Vopëra brûle, sur les dessias de M. Moreau,archiiectft 
d» la Tilie. Les sculptures sont de M. Pajou. 

Avant de quitter ce côté et de passer à Tépoque des 
tsonstniclioiis aouveUet du Palais<»Eojal| il ÙMt ob* 
serrer que ra^ndissement de la phoe date de 17 19, 
et que la construction du château d^eau qui iait face 
au palais^ esi de Robert de Goste,' architecte du roi« 

Ce château cFcau 11e mancjue pas de mérite ; l'intention 
de l'architecte y est au moins assez marquée. On cite 
la belle inscription : Quoi ei quantos effundk in tisus. 
Les moyens hydrauliques de la ville de Paris ont long- 
temps accusé de mensonge cette inscription ; enfin, 
depuis un an il coule de Feau de cette fontaine, et 
l'épigraphe n a plus l'air d'ime épigramme. 

On doit au duc d^Orléans régent le jardin du Palais- 
Royal. Du temps du cardinal de Richelieu, il était 
des plus irrégaliers; il oont«MMt un mail, un manège 
et deux bassins ; le tout disposé sans ordre et sans sy- 
métrie. Ce terrain fut replanté en ijSo par Deso^ois, 
architecte du roi et neveu du célèbre Le jNétre: il fut 
orné de treillages et de statues de marbre exécutées par 
Leremberg, 

L'ancien projet du cardinal avait été de faire bftnr 

autour de ce terrain des maisons symétriques, et d'ou- 
Trir trois principales ratrées; savoir. Tune sur la me 
de RicheHeu, Tautre sur la rue des Petite-Champs, la 
troisième sur la rue des Bons-£nfants« 

Le dernier dttc d'Orléans a exécuté en quelque sorte 
ce projet , et Ta fait servir à une de ces spéculations pé- 
cuniaires qu'on eût ja4fia trouvées indignes d'unprince. 



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DE PARI5. 

mais auxquelles Tesprit puMic était fort porté ayant 
la révolution. On imagina de bâtir autour du jardin, 

un corps de bâtiments symétrique > et de prendre sur 
le terrain , l'espace d'une rue nouvelle, de manière 
que les maisons qui donnaient jadis sur le jardin , ne 
ae trouvent plus que sur une rue fort monotone. 

La nouvelle construction , en diminuant de beau^ 
coup le jardin, a offert au public l'agrément d'un pro* 
menoir continu et couvert , où chaque arcade est une 
boutique. C'est là qu'est établi Vempire de la mode. 
Ce lieu, le plus fréquenté de Paris, est le rendez-vous 
universel des gens d'affaires et des gens de plaisir. Le 
projet d'une aussi grande construction , s'il eût pu être 
réalisé avec toutes les ressources de l'art et d'ime belle 
architecture, eftt sans doute été mis au rang des plus 
grands monuments. Mais l'esprit de calcul et d'intérêt 
qui l'avait fait entreprendre, ne pouvait s*acco]*der 
avec la dépense qu'eût exigé une bâtisse proportionnée 
à rétendue du pian. Tout cet ensemble a été trop légè» 
renient construit. La décoration qui consiste en petites 
arcades séparées par des pilastres coruitliiens, est aussi 
mesquine que mal exécutée. On peut vanter les agré* 
ments de ce lieu et en louer la conception générale f 
mais ce sera toujours en faisant abstraction de Tarchi- 
lecture, qui est de M. Louis, auteur du. théâtre bâti à 
la mcnie époque dans la même enceinte du Palais- ^ 
Hojal, et dont i entrée donne sur la rue de Kichelieu. 

Les nouvelles constructions dont on vient de parler 
devaient, comme on Ta dit, se raccorder avec les ailes 
de la seconde cour du palais. La révolution, dont ee 



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8o DESCRIPTION 

nouveau rendez- vous lut au commencement le pnn« 
cipal arsenal, yint arrêter rachévement du projet. Le 

prince n'eut plus de ioiids pour le rachever, et bien 
des personnes ont expliqué cet effet par son influence 
sur la révolution ; le rôle cpi'il y joua est assez connu. 
On sait comment , devenu 1 opprobre même du parti 
dans lequel il s'était enfoncé, il crut devoir ^abdiquer 
le nom de ses ancêtres pour recevoir le sobriquet 
à! Egalité* Son palais le porta pendant long -temps, 
c'est-à-dire pendant tout le temps de la furem* révo- 
lutionnaire. 

Cet édifice ayant été depuis affecté anx séances d'un 

, corps, qui n'est plus, nommé Tribunal, il fut appelé de 
ce nom, A cette époque, on a ragréé le second ayant- 
corps de la seconde cour, et Ton y a construit une 

. salle devenue aujourd'hui sans objet. 

Il est question maintenant de placer dans ces bâti- 

ments, la Bourse, le tribunal de Coiumerce, et d autres 
établissements semblables. 



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• ♦ 

L'HOTEL-DE- VILLE. 

J^VA Jî T de dire ce qu'est aujourd'l^ui i Hùtel-de-Ville^ 
et de £iire présumer ce qu'il isera pu ce qu'il devrait 
être , nous allons pi éscuter en peu de mots riiistoire 
<le soB état ancien et des changements qu!il a éprouvés. 

Au commencement du règne , de la troisième race^ 
les ofiiciers-municipaux de la Tille de Paris s'asâem* 
blaient dans une miatison située sur les' ri^.de ia 'Seine^ 
au lieu que Ton nommait alors la vallée de Misère > 
lequel fait aujourd'hi^ partie du quai de la Mégisseriew 
des officiers^Hiùiicipatix "avaient succédé aux magis^ 
trats défenseurs des cités sous les Gaulois et sous. les. 

Komains , et choisis patmi le^ nau^ PuKUhcî oix 
commerçafnts par eau, -dont \» eoi'pa subsista après là 
conquête des Francs , souS|les ix)isde la' première et do 
la seconde rac6» La maison' oti IW.s'asîsémblait alors 
pour traiter des afl^ires de çom^^rce , prit le nom de 
éMaison de la MarcUn^uime. 

Lesassembléesl^e titfrentensutledaiis uti lôcal voisin^ 

près du grand Chàtelet, que roa nomiiva V ar louer aujc 
Sourgeoisj elles lurent transférées péu- après à 1à 
< Porte Saint-Michel ^ dans de tieQles tours appartenant 
à la ville. * , 

Enfin, en lîS; le corps de ville acheta la Maisoft 

n 



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8!i n&scmvfi^ 

de Grci'e, ainsi quelle se iioraniait déjà en 121 2 , lors* 
que PhiUppe-Augusteracheud^ùnchanoinedeNotre- 
Dame. Elle fut ensuite nommée Maison aux Piliers^ 
à cause de ceux qui i'avoisinaieat et de ceux qui iai- 
laient partie de la fiiçade; elle avait auparayant porte 
le nom de Maison aux Dauphins^ lorsqu'elle lut 
donnée par Philippe de Valois aux deux derniers dau** 
phins du Viennois^ en i324 et i335. 

Ce fut en x53a^ sous le règne de François que 
Ton acquit quelques maisons Toisyies de la maison de 
Grève , pour Tagrandir et en former rHôtel-de- Ville* 
La première pierre en fut posée le i5 juillet i533^ 
par Pierre Niole, alors prévôt des Marchands. La fa- 
fade fut élevée jusqu'au second étage dans le style 
gothique; ce goilkt commençait alorsàtomberenFrànoe^ 
c'était le beau siècle des arts en Italie et déjà quelques 
irayons de cette lumière avalent percé au^dehors. On 
se dégoûta du projet gothique et on en suspendit la 
construction. Un architecte italien (Dominique Boc- 
cadoro, dit Gorlone), présenta au roi Henri 11^ à Saitil* 
Germai n-eri-Laye, un nouveau projet Tan 1549. C^t 
celui de Fédifice qui subsiste aujourd'hui. Mais il ne 
fut achevé qu'en i6o5 , sous le prévôt des Marchands 
Miron, et du règne de Henri XV, dont il plaça la statue 
équestre de bronze en bas»relief dans le cintre qui 
surmonte la porte d'entrée , sur le fonds de marbre' 
noir que Von y voit encore* Elle passait pour être le 
clief-d'œuvre de Biard, habile statuaire du temps. Dé- 
gradée pendant les guerres civiles, en i652 elle lut - 
assez mal réparée par Biard le fils et elle a été détruite 



V 



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ȣ PAEIS. 83 

pendant la révolution avec une autre statue de bronze 
de Louis XIV. Gelle-ci était pédestre et avait été placée 
sous Farcade de la cour qui lait iace à celle de Tentrée. 
G^ëtait un ouvrage de Goysèvox, statuaire célèbre; il 
fut exécuté en i6Sy et remplaça une autre statue de 
marbre du même roi, moins par&ite, de la main de 
Guérin et qui fut donnée au président de Foui'cy, alors 
prévôt des marchands. 

L'Hôtel-de- Ville, dont on voit le dessin ( pl. 4y) ^ 
fut un édifice assez considérable pour le temps oii il 
tat bâti. Gesij comme on Ta dit, un dès premiers oii 
Farcfaitecture se soit dégagée du goût gothique. Il y 
règne une ordonnance qui annonce le retour aux arts 
de l'antiquité. Les entablements , les profils , les charn* 
branles des fcnctres et les détails de la sculpture d'or- 
nement répandue tant au dehors qu'en dedans, font 
voir une tendance vers la régularité des formes et le 
vrai style de décoration. 

Si cet édifice est devenu sans proportion avec la ville 
de Paris, s'il ne s'accorde pas avec les usages actuels, 
puisqu'il n'offre pas même d'entrée aux voitures, on 
ne peut en aociîser les hommes d'alors. Paria est plus 
que doublé depuis ce temps, en étendue et en popula- 
tion, et le luxe des commodités de la vie s'est accru 
dans une proportion beaucoup plus grande encore. 
L'Hôtel-de-Ville n'était d'ailleurs destiné jadis qu'à 
quelques cérémonies annuelles, et il n'était à vrai dire 
le centre d'aucune grande administration. Une vaste 
salle pour les banquets publics^ était la partie la plus 
importante de ces bâtiments appelés Hôtel-de-ViUe. 



8{ DESCRIPTIOX 

C'est encore dans ce système qu'est bâti TRÔteMe- 

Ville dWinslerdain , un des beaux édifices de l'Europe. 

Celui de Paris offre uiie cour assez spacieuse pour 
le bâtiment ; elle est environnée de portiques ; on y 
avait déployé une dsscz grande richesse de marbres et 
de sculptures. Les portraits en médaillon des prévètf 
des marchands faisaient le principal ornement des por- 
tiques. Tous ces objets ont été dégradés pendant la 
révolution. 

La grande salle et les pièces environnantes furent 
aussi dépouillées de leurs tableaux et de leurs eme* 
ments. Livré, pendant les orages révolutionnaires, à 
tous les g^ires de tumultes, d'excès et de dégrada* 
tions, abandonné depuis pendant plusieurs années à 
uiie mcurie peut-être encore plus destructive, cet édi- 
fice, après avoir été le théâtre des phis grandes hor- 
reurs , semblait voué à l'oubli ^ lorsqu'on forma , en 
2801, le projet d'y placer 1 administration de la Pré* 
fectiu« et de le ^cendre en quelque sorte à son antique 
destination. 

Sa restauration s'est opérée par les soins de M. Fio- 

chot^ préfet du département de la Seine. Une distri* * 
but ion nouvelle s'est exécutée dans toutes les parties 
du bâtiment. Plusieurs fêtes, en accusant Fexiguité de 
soii ensemble, ont déjà fait préparer les moyens pro- 
près à l'augmenter. Ces événements ont fourni aussi 
Poccasion de décorer et de meubler l'intérieur avec 
une simplicité qui n'est point dépourvue d'élégance. 
La cour a été ragréée et remise à neuf, et si la façade 
sur la place n u point encore participé aux améliora- 



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1 DB PARIS. 85 

tions et restaurations dirigées par M. Molinos, ar- 
chitecte de la ville et du département, c'est qu'on a 
senti la nécessité de faire à FHôtel-de-VîIle des addi- 
tions et des changements qui seront cause peut-être 
que cet édifice deviendra simplement partie d!un 
nouvel ensemble. 

L'H6tel-de- Ville actuel, depuis qu'on Fa destiné à 
recevoir une administration très*^tendue et qui ne 
peut y être conteuue en son entier, depuis qu'on lui 
a rendu le privilège d'être le chef-lieu de la ville et le 
tliéàtre des cérémonies et des fêtes municipales est, 
sous tous les rapports , hors de mesure avec les besoins 
actuels ; et il ne faut pas douter que son agrandisse- 
ment ne fasse partie des projets d'amélioration et d'em- 
bellissèment qui s'exécutent de toute part dans Paris. 

Mais le projet d uu nouvel Hôtel-de- Ville , en con- 
servant l'édifice actuel, ne fut-ce que comme monu- 
• ment hiistorique, a toujours présenté beaucoup de dif- 
ficultés, aux architectes qui s'en sont occupés. La révo- 
lution a levé quelque^uns de ces obstacles. Un des 
plus grands était jadis Texisténce de l'église de Saint- 
Jean-en-Grêve, adossée à l'Hôtel-de-Ville. Cette église 
a été dëmoUe et l'espace de terrain qu'elle occupait est 
aujuuid liui disponible , mais il reste encore à coin i- 
lier plusieurs points difficiles et dispendieux, si l'on 
considère combien est obstrué tout ce quartier et com- 
bien, lors des fêtes et des cérémonies ^publiques, il 
serait nécessaire d'y multiplier les dégagements. 

11 paraît qu'il devrait y avoir une communication 
directe et facile entre les palais du Louvre et celui du 



86 DESCRIPTION 

notnrel HAtel-de* Ville ^ et cela indépendamment de 

celle qui a lieu par les quais. 

La place actuelle de THAlel-de-Ville doit être 
a^ranilie et régularisée auumt que pourront le per- 
mettre les dispositions du locaL 

3p Les fêtes sur Feau exigent que le principal agran- 
dissement de Tancien édi£ce soit porte du côté du 
Port4iu-Blé. Là, devront r^er des galeries et des 
salons dappaiàt^ dont les ouvertures et les croisées 
offriront la facilité d^assister à couvert au spectack 
des fêtes et des feux d'artifice. 

4^' Ou doit ménager, en pratiquant ces construc- 
tions et leurs abords, une place devant le .portail de 
Saint-Gervàis , et à la rue Saint-Antoine une autre 
issue que celle de Taicade qui lui sert aujourd'hui de 
débouché sur la place de Grève. 

5^ Un percé considérable doit découvrir sur le quai 
extérieur de la Cité, le Parvis NotroJ)ame, et donner 
la £icilité de jeter au besoin un pont provisoire sur ce 
bras de la Seine, pour multipher dans les fêtes les com- 
munications avec rHôteUde-Ville« 

6^ On doit opérer du coté de la rue de la Verrerie 
et du marché SaintJean , par des redressements et de 
nouveaux dégagements, des issues nombreuses et com« 
modes pour la circulation facile des voitures pioticu- 
lières, et empêcher qu'elles ne se confondent avec celles 
des cortèges. 

7^ Enfin, la distribution de Tintérieur de rH6tel«> 

de- Ville et la disposition de tous les services, doivent 
être tellement combinées que dans les temps ordinaires 



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les bureaux attachés à radministration de la Préfec^ . 
ture, et les appartements du Préfet soicni établis suivant 
un ordre simple et propice au travail. 11 laut que dans 
les temps de fi^te, ce travail ne se trouve pas interrompu 
par les préparatifs et les travaux, et que ceux-ci ne 
puissent pas, comme il arrive aujourd'hui , arrêter la 
marche des affaires. 

Le nouvel Hôtel«de- Ville, pour être assorti aux be^ , 
6oin8 actuels et aux convenances de sa destination, doit 
réunir toute la richesse des palais , toute la grandeur 
et la commodité des distributions en dedans, et au 

, dehors toutes les sortes de dégagements possibles. 

.Tels sont les éléments et les conditions diverses ^ue 
M. Molinos , architecte de la viUe et du département, 
6'est efforcé de rassembler avec art, dans un projet de 
restauration et d'agrandissement complet de l'Hôtel- 
de- Ville de Paris, en conservant Tédifice actuel et la 
plus grande partie de ses dépendances. 

Tout doit faire espérer que ce beau projet ne tar- 
dera pas à être entrepris. La ville de Paris, appelée 
par ses nouvelles destinées à voir idéaliser tous les 
genres de gloire , resterait en arrière des grandes cir» - 
constances où elle se trouve, si, lorsque toutes les 
sortes d'embellissements, d'augmentations et d*amé» 
liorations se pressent et se multiplient dans son sein , 
le palais municipal, ce chef-lieu de la g:rande cité , ne 
participait point à la nouvelle magnificence. 

Destiné à recevoir les souverains aux époques les 
plus solennelles , à devenir le théâtre des fêtes les plus 
nombreuses, à rassembler dans sou enceinte le plus 



\ 



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88 DESCRIPTIO!^' 

grand eoncom de citoyèiis, Tédifiee municipal doit 

être en quelque sorte Hmage de la capitale , comme le 
palais du prince est en abrégé celle de Tempire. 

Uezpérience a dû prouver déjà que Téconomie 
commode mai du r etard apporté à certaines dépenses 
du genre de celles dont on parle. Que si on calcule en 
effet ce qu'il en a déjà coûté pour rendre, dans cer- 
taines occasions, THotel-de-Ville actuel propre aux 
fites et aux cérémonies qui s^y sont célébrées, soit en 
agrandissant son enceinte par des constructions tem- 
poraires, s<Mt en rembellissantd^omements épbémeresi 
on se persuadera que Texécution d'un monument du- 
rable serait plutôt une source d épargnes qu'un sujet 

dépenses» 



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2>B PAai$. 89 

t 



LE PALAIS . ' ; 

DE LA LÉGION-B'HOJSWEUR 

■ 

CX-DEYANT 

HOT£L DE SALM. • 



Xj^hôtel de Salm est un des plus éiëganrs édifices 
que Paris •puisse citer. BÂti, peu ainsnt lâréTolutioii 
pour être rkabitation d^un prince étranger, sur leS 
dessins de AL Rousseau, dn;hitecte, peut-être méi^itait- 
f-il le reproche de soÀir du caractère propre d^habî'- 
tatiou et même de palais, et d^affecter les apparences 
de monumeant public, c'est-à-dire, d'un édifice cotisa* 
cré a des institutions et a des usages qui exigent de 
rëteudue dans les, pians et une sorte de pompe exté- 
rieure. Peut^tre ce bâtiment, en changeant de desH'- 
nation , a«t-ii perdu l'espèce de défaut qu'un goût sage 
pouvait troaveif dans la composition de son ■ensemble, 

lorsque cet ensendjle n'était que celui d'un hôtel. 

Tel est peut-être en efièt, pour iarchitecture , Tin- 
coniFcnient qui vésidte de ce certain unisson de mœuri 
et d'usages entre. tous les ordres de la société. Lorsque 
les prérogatiTes dtt rang n'établissent plus dedistinction 
extérieure, la fortune ieule et la richesse y suppléent. 



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I . - . 

Dès^loi'S plus de convenances marc[uéeâ , plus de grt- 
datioDi dans le genre et l'appaience des habitatîoiis. 
Plus de caractère distinctif entre les édifices. L'archi- 
tecture est l'art le plus étroitement lié avec les insti- 
tutions ei^iles et politiques de chaque pays. Aucun n'a 
autant que lui la propriété de iiiaiiiiester par les signes 
extérieurs les distinctions sociales. Cetter inégalité de 
luxe , de richesses et d'ornements , qui constitue ses 
différents modes , s^applique fort naturellement aux 
différentes physionomies des bâtiments. De là nut le 
caractère propre à chacun. Et de robseivance de ce 
caractère procède un genre de mérite et de plaisir qui 
n'existe plus , lorsque une sorte de promiscuité dans 
l'emploi des formes et des ornements rend cet emploi 
Tulgaire et son effet insignifiant» C'est ce qui arrite 
quand aucune éticpiette de biens^nce ne règle la com« 
position des habitations. Toute inaison prétend à être 
-un palab| et tout palais affecte Tair d'un monument 

public. 

Quoi qu'il en soit de ces réflexions théoriques et cri- 
tiques , elles s'appliquent plus- aux mœurs du temps 
qu'au talent de Tarchitecte qui a bâti cet hôtel. 

Sa porte d'entrée qui donne sur la nie de Lille, 
faubourg Saint-Germain, est dans la forme' d\m^ a^c 
de triomphe Hanqué de chaque côté par une colonnade 
d'ordre ionique, qui s'appuie à des corps debâtiments 
dont la masse est parallèle à celle de la porte, et dont 
l'Attique orné de bas-reliefs, rattache ces corps ayancës' 
à la décoration et au motif de l'ensemble. 
. ' La colonnade se réunit dans l'intérieur de la cour, 



HE PARIS. gi 

à ceUe des ailes ou parties latérales de cette cour, et 

forme tout autour un promenoir couvert et continu, 
cpd . aboutit à un firontispice eu colonnes d'ordre co- 
rinthien , lequel s^ëleve au fond de la cour, annonce le 
corps de logis principal , et donne entrée dans un ves- 
tibule où Ton monte quelques marches pour arriver au 
sol des appartements. 

La partie de l'édifice qu'on vient de décrire est de 
beaucoup la plus remarquable quant à Parchitecture ; 
le reste consiste en cours adjacentes et en un corps 
d'habitation, qui se prolonge sur le quai Bonaparte et 
se termine par une partie demi -circulaire et deux 
corps de bâtiments continus. Cette partie, qui forme 
le derrière de l'édifice, étant devenue*, par les circons^ 
tances qui en ont dégagé l'aspect, celle qu'on voit le 
plus, le public regrette que sa façade ne reponde ni 
par sa décoration , ni par son élévation au reste de la 
composition. 

Les appartements de ce palais sont décorés avec une 
élégante simplicité , soit en stucs , soit en peintures , 
soit en bois précieux, suivant le caractère des diffé- 
rentes pièces. Le salon principal qui donne sur le quû 
et occupe le demi-cercle apparent tlout on a parlé, 
s^'éleve en forme de rotonde sur un plan circulaire 
dont le diamètre est de 4o pîeds ( i3 mètres). Le pla* 
fond était décoré d'un bas-relief en grisaille régnant 
tout alentour sur une mosaïque d'or. Cette peinture 
de Sauvage a été tout-à-fait dégradée par l'humidité , 
et ne laissait plus apercevoir que de faibles vestiges de 
son ancienne richesse. 



DESCRIPTION 

Le besoin de placer dans cet hôtel k grande chan* 

cellçrie de la Légion d'honneur, y a fait opérer diverses 
additions et restaurations , par M. Pejre, architecte, 
membre ée Flnstitat. D*assez nond>reax embeUisse» 
menu ^nt projetés : en voici quelijues-uns dont Texé- 
Ctttion est arrêtée. 

Dans le salua qui précède la rotonde, des tableaux, 
peints par M. Sauvage^ dans le genre du bas-reiief, 
diaprés les dessins de MM. Moite et Lethiere, re- 
présenteront un dioix des principales actions de 
r£mpereur, 

La coupole de la rotonde sera ornée de quatre sujets 
historiques du même genre et relatif à Tinstitution de 
la Légion dlionneor. Ces sujets seront séparés par des 
trophées d'armes , peints aussi par M. Sauvage , d après 
les dessins de M* Peyre. 

La circonférence de la rotonde sera successivement 
décorée des statues en marbre des membres de la Lé- 
gion dlionneur décëdés, auxquek il aura été jugé 
convenable d'accorder cette distinction. 



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PALAIS 

DES SCIENCES ET DES ARTS. 



Tbi« est le nom ^u'il parait arrêté qae portera doré- 
nayant le monument dmt on Yoit la façade ( Pl. 5o} , 
et dont on a déjà représenté une partie , à IWtîde des 
Eglises. On a dit que ce fut autrefois le collège de 
MazariBf quand et par qui il fut bâti. 

L'intérieur de cet édifice n'a point été terminé. Les 
académies et les écoles, d'ar^ 7 ayant été trans£érées 
depuis peu , et Texiguité de son looal aein^d ne pouvant, 
dans rétat qù il $e trouve fournir 4 c^ établissements 
qu^un asile précaiie et temporaire , tout porte à cnure 
que de là naîtront l'occasion et les moyens de terminer 
l'ouvrage du cardinal Mazarin, c'est-à-dii*e la grande 
cour dont une seule aîle est achevée. 

Cette cour supposée terminée selon Fancienplan^ 
n'o£Erira jamais qu'un bâtiment médiocre quant â la 
. construction , et de nulle valeur quant à rardiftécture. 
On ne s'était proposé alors que d'en faire un collée , 
et il y a loin de ce qu'çxige un assemblage de classes 
et de dortoirs à ce que semble demander le nouveau 
titre de Palais des Sciences et des Arts. 

La seule partie de. Fintérieur qui y réponde est la 
première cour , où l'on trouve , de chaque côté , un 



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BB«CIllPTION DE PJLB.ia« 

portique èn vtonàcê, orné d% pilastres oorinthiens. 
L*un mené à lu bibliothequé mazarine, dont il a dtîja 
été gestion plus hauu Vwtré conduit à ranctenne 
église ^ décrite aus^ , mais convertie depuis peu en une 
salle d^assemhiée publique de Tinstitut. 

Rien n*a ndeux fait Toir combien les métamorphoses 
sont difiiciies en architecture. Il est -vrai qu'un local 
plus ingrat ne pouvait être offert à la nouvelle desti* 
nation ; et tout le talent de Farchitecte, M. Vaudoyer, 
chargé de cette translormation, n'aurait pu vaincre les 
obstacles de tous genres q u i semblent s*étre réunis pour 
empêcher que cette salle réponde à son ()l>jet. On 
prétend âussi que ce n*est pas à lui qu!'û £àut s'en 
prendre du caractère bizarrement théâtral qu'offre la 
disposition intériéure de ce local, caractère qui ne 
saurait apparténir i une salle de séances académiques, 
sans un contre-sens ridicule. Mais . ce que ce théâtre 
d'un genre nouveau offre de plus curieux ^ c'est qu'il 
est tout en spectateurs. Les membres de Tlnstitat, 
placés eux-mêmes en ampUitiiéàtre , devant le public 
en amphithéâtre, semblent ne venir là que pour voir 
et pour être vus. Spectatum veniunt spectentur ut ipsi. 

On a réparti dans quelques parties de ce local les 
statues des grands hommes qui ornaient avec beaucoup 
de dignité l'ancienne salie de l'Institut \ mais elles sont' 
perdues pour le public aux lieux qu'elles occupent, et 
elles ne semblent plus faire corps avec l'Institut. 

FIN DB LA SECONDS PAHTIB BT DU PRBUIBR ITOLUMB. 



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